Web Metropolis
Selon l’artiste Dennis Knopf, le Web s’est développé à la manière de la métropole que décrit le philosophe Georg Simmel : il tisse ses réseaux à travers le monde dans une volonté d’expansion sans cesse grandissante. Devant la production et la mise en circulation exponentielle de contenus, la gestion du flux est devenue un enjeu majeur. Conférer du sens à cet ensemble de données n’est cependant pas l’unique motivation. La commercialisation du Web s’est en effet rapidement opérée au cours des années 1990 et son fonctionnement s’est teinté du capitalisme de la société dont il est finalement le produit. Le Web est devenu un territoire à investir. Pour gagner du terrain, il faut imposer à l’utilisateur une vision du monde, une réalité préfabriquée. Il doit la lire passivement et l’accepter comme production hégémonique 16. L’investissement passe donc avant tout par une gestion des données et, par conséquent, de l’information. Selon Derrida, les gardiens de l’archive n’étaient-ils pas ceux qui avaient le pouvoir de l’interpréter et de dicter les lois qui s’ensuivaient ?
Détenir les données, c’est pouvoir les interpréter, donner à voir cette interprétation et véhiculer une vision particulière avec des réactions d’audience calculées. N’est-ce pas là le propre de la segmentation du marché ? Les plateformes et les réseaux sociaux ont alors un rôle clé. Présentés comme des environnements conviviaux, ils témoignent de l’organisation d’une vie sociale en ligne. Ne jouent-ils pas sur l’affect, en offrant à l’utilisateur une possible individualisation dans un environnement bouillonnant qui le noie dans l’anonymat ? Cela se traduit avant tout par un profil, nourri d’informations personnelles – exactes ou non d’ailleurs. Dans sa quête d’individualisation, l’utilisateur alimente donc paradoxalement des bases de données massives 17 – souvent réutilisées à des fins commerciales par des grands groupes servant leurs intérêts. Dennis Knopf compare ainsi le Web à un système post-fordiste avec segmentation d’une immense audience en groupes homogènes.














