Mes rĂŞves
Mes rêves ne sont pas des rêves. Mes rêves sont nuls. Ils ne me sont d’aucun secours. Aussi paumé dans mes rêves que dans la vie de tous les jours. Ils ne m’aident pas à résoudre une énigme ou à débrouiller une situation difficile. Ils expriment plus souvent un sentiment de perte qu’un sentiment de puissance. Même dans mes rêves, je m’ennuie. Ils n’en finissent pas. Ils ne font que souligner mes faiblesses, mes manquements. Je n’aime pas mes rêves, ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas rêver. Mes rêves sont plus près de la nausée que de la grande rigolade. Il est fréquent que je retourne à ma place d’assistant, dans l’atelier de Thomas Hirschhorn ou dans l’agence de Raphaël Confino, et je n’arrive pas à faire la besogne que l’on attend de moi, j’ai tout oublié, je mets des plombes à faire le petit peu qui m’est demandé. Dans mes rêves, je suis plus souvent englué que dégagé des contraintes matérielles. Les rêves érotiques ? Pas mieux. J’y suis minable. Je traîne dans les pissotières. Me fais dessus. Vraiment pas la joie. Mes fantasmes sont d’un médiocre. Simple décharge. Des nœuds plus que des boucles. Des portes qui ferment mal. Des fuites. L’immeuble mitoyen au mien s’effondre. Un incendie! Les flammes viennent lécher le rebord de mes fenêtres. Dans mes rêves, on pénètre chez moi comme on veut. Le nombre de cambriolages que j’ai déjà subis. Dépouillé, démuni. Quand je ne m’en sors pas, qu’ils m’agrippent, semblent se répéter, il m’arrive de les interrompre, en me réveillant en plein milieu. Marre d’être poursuivi, marre d’être traqué. Et tous ces bateaux, et tous ces trains que j’ai ratés ; impossible de rejoindre le port, la gare, tout m’en empêche. Ou je n’ai pas le temps de faire ma valise, ou je m’aperçois que j’ai oublié de prendre avec moi un truc important, il me faut revenir sur mes pas. En rêve, j’ai pu aussi échafauder de nombreuses installations in situ, dans des galeries ou des institutions renommées, quelques-unes sont réussies, la plupart ne tiennent pas, le dispositif s’écroule sous mes yeux, c’est mauvais. Et puis, il y a les engueulades, quand j’arrive à tout déballer devant celui qui me fait chier depuis si longtemps, je lui balance tout à la gueule, lui dis ses quatre vérités, l’épingle sur ses pires travers, je trouve les mots, j’arrive à lui faire mal, jusqu’à en perdre la voix. Le sentiment d’avoir vidé mon sac sans pour autant en être soulagé. Des rêves-purges, des rêves-soupapes, des rêves-alertes. La famille y est omniprésente. Ce que je préfère, ce sont ces phrases que je glane au réveil, avec l’impression de les avoir dans la bouche. Au moment de les noter dans mes cahiers, je les trouve souvent plates, sans intérêt. Je ne voyage pas non plus beaucoup dans mes rêves, je tournicote dans les mêmes endroits, toujours un peu sordides. Pas le grand exotisme. Il y est souvent question de boyaux, de merde, de sécrétions de toutes sortes. Personne à qui raconter mes rêves le matin au petit déjeuner, tant mieux ! il foutrait le camp. C’est déjà assez pénible comme ça d’écouter les rêves des autres, alors, les siens…












