LA BRĂCHE, par Constance Ogier
Constance Ogier a intĂ©grĂ© il y a peu la joyeuse troupe du Feu SacrĂ© comme relectrice. Elle sera lâĆil scrutateur de nos futures publications, passant au peigne fin les tapuscrits. Pour fĂȘter son arrivĂ©e, elle a acceptĂ© de nous laisser publier son premier texte. Un conte de la crypte, au sens propre. Entre poĂ©sie, humour noir, petite et grande histoire. Entre Jules Michelet et Jorge Luis Borges. Gooble Gobble, bienvenue Ă elle !
âLe prĂ©venu est un vieillard sec et jauneâ Gazette des Tribunaux du 11 mai 1856
Chaque passant de Paris se souvient avoir croisĂ©, lu, parcouru un de ces panneaux brunĂątres de lâhistoire de Paris - autrement nommĂ©s pelles Starck - qui annoncent le monument visible ou fantĂŽme auquel il faut sâintĂ©resser. Cette fois-ci, en novembre dernier, jâĂ©tais plutĂŽt interloquĂ©e par les images qui se formaient en moi aprĂšs la lecture des appositions âinventeur et victimeâ inscrites cĂŽte Ă cĂŽte sur la mĂȘme plaque. De lĂ est nĂ© un dĂ©sir insatiable - doublĂ© trĂšs vite par un long travail de fouille - de connaĂźtre et comprendre cet homme.
Le 12 janvier 1856, prenant le contre-pied des vivants qui se contentent de mourir en dehors des cimetiĂšres, un homme meurt Ă lâintĂ©rieur mĂȘme de celui de Montmartre, anciennement dĂ©nommĂ© la BarriĂšre Blanche. Ce cimetiĂšre citadin, situĂ© dans le nord de Paris, est bordĂ© par la rue Caulaincourt - ministre sous NapolĂ©on Ier - la rue Ganneron - dĂ©putĂ© et chandelier - Joseph de Maistre - fervent anti-rĂ©volutionnaire,...Tous ces noms ne nous disent trop rien quand on les dĂ©couvre, ils ont pourtant leur part de chair dans le tableau imprĂ©cis de cette histoire. De nos jours, on sây promĂšne le dimanche, rare espace de verdure pour y dĂ©poser nos regards et nos corps broyĂ©s par les secousses et les bruits de la ville. Câest un espace oĂč lâon fait communautĂ© malgrĂ© nous autour des morts, comme pour ĂȘtre tout Ă fait solidaires avec eux dans un silence rĂ©silient. Pourtant, au XVIIIe et XIXe siĂšcles, pour des raisons dâhygiĂšne, le cimetiĂšre nâest plus accolĂ© aux Ă©glises, mais dĂ©placĂ© en dehors de la ville perdant ainsi une place symbolique au sein de la communautĂ© [1].
Depuis Philippe-Auguste jusquâĂ la RĂ©volution, des agents communaux, dits les « crieurs des morts », annonçaient Ă travers la ville munis de clochettes, le nom des dĂ©funts et lâhoraire des funĂ©railles aux cĂŽtĂ©s des prix des marchandises et des lieux de noces. Comme sâils cherchaient Ă marchander la mort, sans toutefois y parvenir. Ils sont ensuite remplacĂ©s par des faire-part et des rubriques nĂ©crologiques dans les journaux qui deviennent le relais de la mort, lâespace oĂč le nom se dit en mĂȘme temps quâil se lie au moment du dĂ©cĂšs. Câest dâune Ă©tonnante violence dâinscrire un nom dans une rubrique, comme si cela actait, dâune certaine façon, l'impossibilitĂ© de ne plus lâĂ©noncer autre part. La mort de cet homme nâa Ă©tĂ© quâun Ă©vĂ©nement isolĂ© dit-on, le cimetiĂšre affiche malgrĂ© tout une plaque Ă sa mĂ©moire en guise dâaccueil, ou plutĂŽt, reporte sur lâun de ces panneaux dĂ©diĂ©s Ă lâhistoire de Paris, une anecdote assez savoureuse; il clame la mort de cet homme en fanfaron :
« Officiellement ouvert le 1er janvier 1825, le CimetiĂšre du Nord est dĂ©sormais protĂ©gĂ© contre les pilleurs de sĂ©pultures : il perd ainsi en 1856, lâun de ses conservateurs, M. de Vaulabelle, inventeur dâun systĂšme de piĂšges avec mise Ă feu, victime de son devoir pour sâĂȘtre envoyĂ© une dĂ©charge mortelle en pleine poitrine ! »
La lecture de cette plaque ne mâa pas satisfaite, je lâadmets. Je suis donc allĂ©e lire tous les articles qui me dĂ©criraient lâĂ©vĂ©nement plus prĂ©cisĂ©ment. JâespĂ©rais follement un exposĂ© prĂ©cis de ce « systĂšme de piĂšges avec mise Ă feu », et rĂȘvais secrĂštement dâun nouvel homme tuĂ© par sa propre invention, un Franz Reichelt oubliĂ© de lâHistoire, un rival de lâhomme en costume-parachute qui saute de la tour Eiffel. Ma conclusion fut bien autre, et en passant la dĂ©ception quâelle m'apporta, elle mâouvrit tout un pan de lâHistoire.
Qui dĂ©cida de faire monter les murs du cimetiĂšre Ă deux mĂštres ? Je nâen sais rien, mais le 20 et 21 juin 1856, lors du procĂšs Ă la chambre correctionnelle de la Cour ImpĂ©riale de Paris, dirigĂ© par M. Zangiocomi, un seul mot Ă©tait sur toutes les lĂšvres : « la brĂšche ». Des intrus avaient rĂ©ussi Ă faire une trouĂ©e dans ce lieu qui nâaccueille que de jour : Ă lâangle du mur qui sĂ©pare le cimetiĂšre de la rue des CarriĂšres.
Sont vĂ©ritablement en cause : trente centimĂštres de mur, trente centimĂštres manquants sur le pan de mur entre la 8e et 10e division. Qui donc appeler Ă la barre ? Il mâa semblĂ© trĂšs vite que la culpabilitĂ© et le meurtre de cet homme se logeaient dans ce vide lĂ , ce vide laissĂ© par le temps, et la peur quâil provoque chez les hommes. Ces trente centimĂštres sont tout juste ce quâil faut pour former lâidĂ©e dâescalader le mur qui sĂ©pare la ville ouverte et lâespace clos du cimetiĂšre. Interrompre le grand silence de mort qui les sĂ©pare des vivants. Ce dĂ©sir de grimper sur le mur, faire glisser son regard et son corps au-dedans, prĂšs des morts⊠qui ne lâa jamais Ă©prouvĂ© ? DĂ©jĂ , au Moyen-Ăge, le cimetiĂšre Ă©chappe Ă la loi : protĂ©gĂ© par les Ă©glises, il est formellement interdit de capturer un fugitif qui se rĂ©fugie dans son enceinte. Câest cette fracture, nichĂ©e dans la dĂ©nomination du cimetiĂšre, qui mâa dâabord intĂ©ressĂ©e : on lâappelle « le cimetiĂšre de la BarriĂšre Blanche » ; tout comme au cirque, on nomme « barriĂšre », la petite palissade qui sĂ©pare les spectateurs de la piste.Â
La BarriĂšre Blanche dĂ©signait en fait les carriĂšres de gypse sur lesquelles Ă©tait situĂ© le cimetiĂšre, exploitĂ©es depuis lâĂ©poque gallo-romaine pour le « blanc de Paris ». Le dicton dit quâil y a plus de Montmartre dans Paris, que de Paris dans Montmartre. Ce blanc provient du gypse, une espĂšce minĂ©rale qui se transforme en plĂątre Ă 120°C et câest en lui quâon a coulĂ© Paris. Au Moyen-Ăge, lâespĂšce Ă©tait tout Ă la fois adulĂ©e et honnie, admirĂ©e pour sa couleur oĂč lâon croyait voir se moirer la lune, dĂ©testĂ©e pour la rouille quâelle provoque dans les bassins selon les dires des lavandiĂšres. Cette barriĂšre est aussi le lieu des exĂ©cutions et des fosses communes lors de la RĂ©volution, celui dâeffondrements successifs, effondrements qui parlent de frontiĂšres, de barriĂšres naturelles ou reconstruites pas les hommes. Lâhistoire de ce cimetiĂšre sâest façonnĂ©e des sĂ©parations entre deux espaces quâon a voulu dĂ©finis, mais qui nâont cessĂ© de se frotter lâun contre lâautre: la ville et les carriĂšres dâen-dessous, le cimetiĂšre et les rues dâĂ cĂŽtĂ©âŠ
Le cimetiĂšre du Nord est inaugurĂ© en 1825. Ă cette Ă©poque, les pillages sont frĂ©quents dans le cimetiĂšre, et une dĂ©faillance dans le mur dâenviron trente centimĂštres est alors inculpĂ©e. Cette faille creuse de jours en jours une peur chez les gardiens du cimetiĂšre Ă qui on assĂšne ne pas en dĂ©tacher le regard. M. de Vaulabelle, le conservateur du cimetiĂšre, leur confĂšre une charge : celle de garder de nuit cette brĂšche et dâempĂȘcher tout intrus cherchant Ă entrer au-dedans. TrĂšs vite, ils croient apercevoir des formes Ă©tranges, bizarres se mouvoir de ce cĂŽtĂ©-lĂ , et sâimaginent brandir leurs armes, hĂ©roĂŻques, sauvant les possessions des disparus, dĂ©fenseurs Ă©lus de la mort et de ses biens. Lâinterdiction de franchir les portes du cimetiĂšre de nuit est enfreinte Ă plusieurs reprises et durant plusieurs annĂ©es.
Peu aprĂšs la rĂ©volution de fĂ©vrier, en novembre 1848, les ouvriers catalysent tous les comportements inadĂ©quats, transgressifs et dangereux pour le gouvernement. La Revue des deux Mondes fait paraĂźtre un discours de Jean-Jacques Baude, ancien prĂ©fet sous la monarchie de Juillet, dans lequel il dĂ©signe ouvertement les ouvriers de « bandes de bĂȘtes fĂ©roces, professant comme une religion le pillage, le viol et lâincendie » ou encore les comparant aux « hordes dâAttila ». Lâassociation des pillages aux ouvriers est dâautant plus rapide que Maxime du Camp publie un article dans La Revue des deux Mondes oĂč il signale, non sans mĂ©pris, la prĂ©sence dâouvriers Ă lâorĂ©e du cimetiĂšre: « Jadis, au temps oĂč bruissaient les Porcherons, il y avait lĂ une sorte de ferme doublĂ©e d'un cabaret; les ouvriers venaient s'y amuser le dimanche. [...] Le prix des concessions [...] est assez Ă©levĂ© pour que l'entrĂ©e d'un de nos grands cimetiĂšres [...] ne ressemble pas Ă un cabaret de joueurs de quilles. »
Les formes inconnues sont ainsi troquĂ©es par ces joueurs de quilles qui sautent par-dessus le mur, Ă lâendroit exact de la dĂ©faillance, pour y voler toutes sortes d'objets sur les sĂ©pultures. Dâailleurs, cette image est vĂ©hiculĂ©e trĂšs largement dans toute la sphĂšre sociale. Le théùtre bourgeois sâen saisit immĂ©diatement, et se reprĂ©sentent Ă Paris des vaudevilles oĂč lâadmirable tenue des patrons sâoppose Ă lâinstinct grĂ©gaire des ouvriers. Câest ainsi que le frĂšre de M. de Vaulabelle, LĂ©onore, Ă©crit quelques annĂ©es plus tĂŽt: La propriĂ©tĂ© câest le vol, vaudeville satirique sous-titrĂ© « folie-socialiste en trois actes et sept tableaux » qui parodie la formule de Pierre-Joseph Proudhon. La dĂ©shumanisation des ouvriers sâaccompagne dâautres figures et bientĂŽt, des cornes leur poussent. Dans lâesprit des gardiens, la premiĂšre rĂ©ponse Ă la peur fut la nĂ©cessitĂ© dâidentifier un visage, de dĂ©celer une identitĂ© et la seconde celle de lâĂ©loigner Ă nouveau de soi, de faire de cette identitĂ© un spectre diabolique et par lĂ mĂȘme inhumain. Il me semble quâil y a lĂ bien plus quâun bouc-Ă©missaire. De lâouvrier on fait un diable, du diable on fait lâouvrier. Ils ont en commun dâĂȘtre des Ă©corcheurs. Le dĂ©sir des couronnes dâĂ©pines en bronze et des vierges dâivoire se mĂȘle Ă celui du marbre des horloges et des presse-papier bourgeois chinĂ©s sur les marchĂ©s. Les objets volĂ©s sont tout Ă la fois objets de mĂ©moire et marchandises. Mais quelle place occupe rĂ©ellement en eux la cupiditĂ© ou le dĂ©sir de propriĂ©tĂ© ? DĂ©rober aux morts pour rĂ©concilier les espaces : peut-ĂȘtre est-ce le seul trait dâidentitĂ© qui nous reste de ces voleurs ?
En 1825 et les annĂ©es qui suivirent, Ă©pier cet espace Ă©tait devenu un enjeu de taille pour les gardiens. Quelques annĂ©es plus tard, le cimetiĂšre est bien gardĂ©. Le conservateur, M. de Vaulabelle, a postĂ© des gardiens qui exĂ©cutent une ronde solitaire de nuit. Dâabord, ils nâont quâun couteau et attendent Ă vingt-sept ou vingt-huit mĂštres de la brĂšche. Ils rĂŽdent autour dâelle, et ne doivent pas en dĂ©tacher le regard. Ce qui mâa surprise est la prĂ©cision des distances et des mesures Ă©voquĂ©es dans les journaux et en particulier dans la gazette des tribunaux qui retrace le procĂšs. Deux mĂštres, un mĂštre soixante-dix; vingt-sept ou vingt-huit mĂštres. Lâexactitude y est pour beaucoup je crois dans lâangoisse frĂ©missante et partagĂ©e des pilleurs et des gardiens, obsĂ©dĂ©s par cette percĂ©e quâils brĂ»lent de dĂ©fendre en tremblant. M. de Vaulabelle dĂ©cide alors dâarmer ses gardiens, de les Ă©quiper dâarmes Ă feu pour veiller sur ce coin de cimetiĂšre. Ce coin prĂ©sente des traces de passage qui pointent ce pan de mur comme la voie de prĂ©dilection des voleurs. Les gardiens du cimetiĂšre de Montmartre sont donc postĂ©s lĂ , chargĂ©s dâun devoir terrible : celui de surprendre les voleurs et de les exĂ©cuter. La seule prĂ©venance donnĂ©e par M. de Vaulabelle est celle de prononcer le « Qui vive ? » avant de tirer, adresser une derniĂšre interrogation Ă une ombre mĂ©connaissable et sans lumiĂšre. Selon les versions, la consigne donnĂ©e est quâil faut lâadresser trois fois au nouveau venu et attendre une rĂ©ponse avant de tirer ou, il nâest question que dâune seule occurrence, dâune unique question. DĂ©cliner une identitĂ© nominale, sinon la mort.Â
En 1856, aux environs de cinq heures, le 12 janvier, M. de Vaulabelle est tuĂ© par un de ses gardiens Ă la brĂšche. Tir de carabine. Au « Qui vive ? » de lâhomme jaune et sec, gardien ce soir-lĂ , le conservateur du cimetiĂšre du Nord sâest tu. Aucune rĂ©ponse nâa Ă©tĂ© entendue du dehors, comme de lâintĂ©rieur du cimetiĂšre. Comme si, lâhomme et sa loi, celui qui professait le « Qui vive ? » Ă son armĂ©e, sâĂ©tait entiĂšrement remis Ă lâimpossibilitĂ© de faire corps avec un nom, comme le cimetiĂšre lui-mĂȘme qui a troquĂ© le sien au fil des ans. Cet Ă©pisode est racontĂ© avec un certain amusement dans le tome quatre du Grand Dictionnaire universel du XIXe siĂšcle : « Ce fut en faisant lui-mĂȘme, au milieu de la nuit, une ronde de surveillance, que le conservateur du cimetiĂšre de Montmartre, M. de Vaulabelle, frĂšre de lâhistorien, fut tuĂ©, il y a quelques annĂ©es, par suite de lâobservation trop rigoureuse dâune consigne quâil avait donnĂ©e, et dont il ne se rappelait plus les termes. » Lâavocat gĂ©nĂ©ral Barbier a dit lors du procĂšs quâil fumait sa pipe et marchait dâun pas lent et mesurĂ©: sa ronde nâĂ©tait quâune balade auprĂšs des morts. Et pour preuve : il en perd sa main ! Que doit-on entendre dans ce silence ? Une simple dĂ©sinvolture, un homme Ă©valtonnĂ©, mesurant son existence dans lâĂ©cart entre ses bouffĂ©es de fumĂ©e et ses pas ? Jâentends dans ce silence un doute, une hĂ©sitation Ă se tenir debout dans un cimetiĂšre. Jâentends un homme qui ne connaĂźt plus son identitĂ© face Ă toutes ces pierres tombales oĂč les noms sont gravĂ©s.
M. Lachaud, dĂ©fenseur de Mabille lors du procĂšs, affirma que cet Ă©vĂ©nement dĂ©clencha la folie de sa femme, une folie hors du cimetiĂšre. Bien plus tard, en 1912, dans un autre cimetiĂšre parisien, un homme dĂ©cĂšde dans le secret. Le feu nâest pas vu, contrairement Ă ce qui est montrĂ© sur la Semaine illustrĂ©e, il nây a aucun spectateur Ă cette scĂšne spectaculaire.      Lâhomme a franchi la barriĂšre blanche, les murs des cimetiĂšres et leurs trente centimĂštres, et sâest immolĂ© sur la pierre tombale de sa femme, encore une pierre qui le sĂ©parait du corps de la morte. Les portraits et les statuettes de plĂątre ont fondu ce jour-lĂ , ou sont-elles tombĂ©es ? BrisĂ©es ? On a donnĂ© un nom Ă cet homme : le mari; comme on a donnĂ© des noms aux acteurs du fait divers prĂ©cĂ©dent: le conservateur et le vieillard, jaune et sec.
Câest un autre mariage quâil a exĂ©cutĂ© seul, sans tĂ©moins, un mariage avec la pierre, avec le gypse qui contient lâos et la peau. On nomme aussi les cimetiĂšres « champs au repos ». Le premier homme est mort de la main dâun gardien entre les tombes, « au clair de lune » dira Mabille, et le second de sa propre main sur la tombe de sa femme. Vous me direz que le lieu et le temps ne lient pas deux affaires, dâautant quâil ne sâagit pas du mĂȘme cimetiĂšre. Mais la cause du dĂ©cĂšs du premier reste inconnue, mystĂ©rieuse, la seconde a une fin. Pourquoi le vieillard jaune et sec a-t-il tirĂ© sur le conservateur du cimetiĂšre ? Par peur, oui, par peur. Et pourtant, je veux lui donner une autre fin. Ce qui me questionne nâest pas tant la cause de lâhomicide, mais lâabsence de rĂ©ponse du conservateur, qui connaissait la procĂ©dure quâil avait lui-mĂȘme Ă©laborĂ©e. Son silence mâinterroge et jâaimerais croire quâil a embrassĂ© lâidentitĂ© des voleurs, sĂ»rement sans le vouloir, quâil sâest Ă©pris lui-mĂȘme de la figure de lâombre que lui et une grande partie de la sociĂ©tĂ© associait sans vergogne au premier opposant au rĂ©gime impĂ©rial. Ce soir-lĂ , M. de Vaulabelle a troquĂ© son nom et sa particule pour redevenir un homme et son ombre.
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[1] Les cimetiĂšres Ă©taient consacrĂ©s et rĂ©servĂ©s aux catholiques ayant reçu le dernier sacrement (lâextrĂȘme-onction). De nombreux enterrements se dĂ©roulaient alors de nuit et en cachette.




















