SNCM,  des « torpilles » en rafale
Nous lâavons vu dans lâarticle du 20 Novembre Qui veut tuer son chien⊠ les coups pleuvent comme Ă Gravelotte.
On pouvait penser que la volonté de naufrager la compagnie était arrivée à son paroxysme, et bien non. Quand il semble ne plus en avoir il en reste encore.
La Commission EuropĂ©enne (CE) et la Corsica Ferries France (CFF), viennent de lancer deux nouvelles procĂ©dures contre la DĂ©lĂ©gation de Service Public (DSP) pour les lignes Corse-Marseille, cette fois. Â
a) Corsica Ferries France au Tribunal Administratif
CFF a introduit un « recours de plein contentieux » devant le Tribunal Administratif (TA) de Bastia,  le 8 Novembre 2013.  La requĂȘte vise la DSP votĂ©e le 6 Septembre 2013 par lâassemblĂ©e de Corse et attribuĂ©e au groupement CMN-SNCM, le 24 Septembre.
La requĂȘte de CFF porte sur trois points. Nous en retiendrons un : lâappel dâoffre lancĂ© par lâOffice des Transports de la Corse (OTC) concernait des groupements de lignes. CFF estime que cet appel dâoffres aurait dĂ» porter sur « du ligne par ligne ». La  mĂ©thode employĂ©e par lâOTC serait un obstacle Ă sa candidature. « Les prescriptions du cahier des charges de la DSP ne lui permettaient pas de dĂ©poser, contrairement au groupement SNCM-CMN, une offre globale portant cumulativement sur les cinq lignes maritimes ».  (Ajaccio, Bastia, Propriano, Porto Vecchio, Balagne. NDLR). Â
La procĂ©dure dite « de plein contentieux » est relativement lente, le jugement ne devrait ĂȘtre connu avant plus dâun an.
b) La Commission Européenne « pointe » la DSP
La CE a ouvert une procĂ©dure « dâenquĂȘte formelle » sur la DSP maritime. Elle porte, notamment, sur « la procĂ©dure de sĂ©lection » des concessionnaires par l'OTC. Par ailleurs, la CE sâinterroge sur la nĂ©cessitĂ© dâune autorisation administrative, est elle « nĂ©cessaire et proportionnĂ©e en vu dâatteindre les objectifs du service public ».  Ces bribes de contenu de la procĂ©dure sont publiĂ©es par le journal Les Echos du 21 Novembre, sous la plume du correspondant du quotidien Ă Bruxelles.
Par ailleurs,  je crois savoir quâun des principaux griefs de la Commission porterait sur la mĂ©thode de nĂ©gociation directe adoptĂ©e par la CTC, pour discuter de la DSP avec les compagnies.  Câest Ă©galement un des trois griefs du recours de CFF devant le TA de Bastia.
La Commission a informĂ© le Gouvernement français par lettre, via la ReprĂ©sentation permanente de lâĂtat Ă Bruxelles.  Nous ne connaissons pas le contenu prĂ©cis  de ce courrier, classĂ© « hautement confidentiel ».
Cette procĂ©dure, entre la Commission et lâĂtat, est la voie diplomatique classique.  Cet exemple est une occasion de revenir sur le courrier du vice PrĂ©sident de la Commission, Joaquin Almunia en Juin 2013, qui rĂ©pondait Ă une lettre de Paul Giacobbi Pdt de lâExĂ©cutif de Corse. Les procĂ©dures directes entre une RĂ©gion française et la CE nâont pas de valeur rĂ©glementaire. Au mieux, elles possĂšdent une valeur indicative ou informative.  Pourtant, ce courrier avait servi « dâappui » pour suspendre le paiement des subventions du « service complĂ©mentaire » dĂšs Juillet. Voir « un courrier » blanc sein » dans lâarticle La douche Ă©cossaise.
Ces deux procédures sont initiées par la CFF. « En directe » devant le TA  et par le biais de la Commission Européenne.
La SNCM visée⊠indirectement
Les deux derniers recours, de la Commission et de CFF,  sont dirigĂ©s contre lâOTC et donc contre le vote de la CTC (CollectivitĂ© Territoriale de Corse).  ConcrĂštement, ce sont la SNCM et la CMN (La MĂ©ridionale) qui sont concernĂ©es.  Ces deux compagnies devraient bĂ©nĂ©ficier, conjointement,  de la subvention de la future DSP, pour la pĂ©riode 2014-2024.
Ces deux recours sâajoutent aux deux demandes de remboursement : de 220 millions dâ⏠ de subvention et de 220 millions liĂ©s Ă la privatisation de la compagnie (en 2006).
Ces procĂ©dures interviennent alors mĂȘme que lâassemblĂ©e de Corse sâapprĂȘte Ă revoter le 19 DĂ©cembre des OSP (Obligations de Service Public) qui concernent, cette fois,  les lignes de Toulon, Nice et Marseille. Ce nouveau vote a lieu Ă la suite du rejet, par le TA de Bastia, des premiĂšres OSP, sur recours de⊠Corsica Ferries France.
Une information est passée quasiment inaperçue.
Le 6 Novembre 2013  se tient une audience, en appel, devant la Cour EuropĂ©enne de Justice de Luxembourg.  LâĂtat français et la SNCM ont interjetĂ© appel contre le jugement du Tribunal de lâUnion EuropĂ©enne, du 11 Septembre 2012
Pour mémoire, le jugement du 11 Septembre avait cassé la décision de la CE qui avait accepté la privatisation de la compagnie, en 2008.
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                    Une audience importante et discrÚte
  Le 6 novembre, la Commission EuropĂ©enne, dont la dĂ©cision Ă©tait mise en cause, nâĂ©tait pas reprĂ©sentĂ©e devant la Cour de Justice EuropĂ©enne. LâĂtat Ă©tait reprĂ©sentĂ© par un membre du SecrĂ©tariat GĂ©nĂ©ral aux Affaires EtrangĂšres.  La SNCM lâĂ©tait par son cabinet dâavocats  ( Cleary Gottlieb Steen & Hamilton) et la Corsica Ferries France par ses avocats.
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Trois étapes vont marquer ce dossier judiciaire de la privatisation :
.Dâabord, un petit retour en arriĂšre. En Novembre 2012 la Commission convoque les reprĂ©sentants de lâĂtat Français et de la SNCM. Le propos de la CE est surprenant. DâaprĂšs nos informations, les reprĂ©sentants de la  Commission prĂ©cisent quâils vont aligner leur position sur celle du Tribunal.  En clair, lâaudience dâappel se fera sans dĂ©bat contradictoire. La Commission refuse, par son attitude, que la Cour de Justice EuropĂ©enne (lâinstance dâappel) entende une autre version. Pour certains,  la Commission abdique avant lâAppel.
Selon la formule dâun observateur bruxellois du dossier, on va donc rejuger du neuf, avec du vieux. Câest le meilleur moyen de perdre.
Cette position de la CE a pour consĂ©quence dâaccĂ©lĂ©rer la procĂ©dure. Â
.Ensuite, alors quâil y a appel de lâĂtat français et de la SNCM contre la dĂ©cision du Tribunal de lâUnion, la Commission nâattend pas le jugement de cet appel et statut en sâalignant sur les arguments de ce Tribunal : « rembourser 220 millions ».
La lecture de cette mĂ©thode est terrible. Si la Cour de Justice donne raison aux deux parties, en appel. Cela ne servira Ă rien, puisque la SNCM gagneraâŠ. morte.  En effet, les dĂ©lais sont longs. On ne devrait pas connaitre la position de la Cour de Justice EuropĂ©enne avant, au moins,  un an.
.Enfin, le 6 Novembre 2013 (jour de lâaudience dâappel), selon nos informations,  la Commission nâĂ©tait pas reprĂ©sentĂ©e.  Par son absence, la CE confirme son propos de Novembre (voir plus haut) et ne dĂ©fend donc plus ses propres arguments de 2008, oĂč elle avait acceptĂ© les conditions de la privatisation.
Que câest-il passĂ© entre 2008 et 2012, pourquoi la Commission se dĂ©juge tâelle ?
Les positions dâun Ătat⊠multiforme
LâĂtat est il un bon dĂ©fenseur de ses propres positions et dâune compagnie oĂč il est fortement reprĂ©sentĂ©. ?
Pour rĂ©pondre Ă cette question, il faudrait pouvoir rĂ©pondre, dâabord, Ă une autre : de quel Ătat parle-t-on ? Car il semble quâil y en ait plusieurs. Pour notre part, nous dirons au moins trois :
.Ceux qui semblent vouloir Ă©viter le naufrage de la SNCM : Matignon et lâElysĂ©e semblent ĂȘtre de ceux lĂ .
Dit comme cela, câest un raccourci. Â Mais une chose semble ĂȘtre sure, au plus haut sommet de lâEtat on est au moins attentif Ă ce dossier.
.Ceux qui se cachent, Ă peine, pour estimer que la « SNCM ne doit pas vivre ». Nous ne citerons pas les personnes ici, leur nom est sans importance. En revanche, nous pouvons dire quâon les retrouve bien rĂ©parties dans lâappareil dâĂtat et dans diffĂ©rents cabinets  de plusieurs ministĂšres. Dans cet « appareil », les Finances, notamment mais pas seulement,  ne sont pas de farouches avocats.
.Ceux qui sâexpriment, plutĂŽt positivement, mais pas forcement avec efficacitĂ© et Ă propos.
A chaque « torpille » le MinistĂšre du Redressement productif se fend dâun communiquĂ© de soutien commun, avec celui des Transports et de lâEconomie et des Finances (2 Mai et 20 Novembre). Voir lâarticle Qui veut tuer son chienâŠ
Dans ce dossier, pour lâinstant, le MinistĂšre du Redressement ressemble au MinistĂšre de la parole.
Celui qui sâexprime le plus, câest celui des Transports. Logique me direz-vous. Â La derniĂšre expression en date, est plutĂŽt singuliĂšre.
Le droit « pur » ou la volonté politique?
Dans un entretien accordé au journal La Provence, le 23 Novembre, le Ministre des Transports Fréderic Cuvillier répond à une interview.
Sur les dĂ©cisions qui se succĂšdent, FrĂ©dĂ©ric Cuvillier estiment quâelles « (âŠ) sâapparentent Ă un vĂ©ritable acharnement ».
Un des thÚmes abordé est le reproche fait par la Commission à la France de ne pas avoir lancé de procédure pour recouvrer 220 millions du service « complémentaire ».
Question : « vous ne demanderez donc pas le remboursement ? »
RĂ©ponse : « Non. Nous ne laisserons pas faire ce qui conduira Ă la disparition de la SNCM. Il y a une procĂ©dure dâappel, nous sommes engagĂ©s dans une course contre la montre. LâĂtat est acteur offensif.».
A la lecture de cette interview, on croit comprendre quâil existe une volontĂ© gouvernementale  pour « ne pas perdre la SNCM ».
Comment lâĂtat peut-il concilier une volontĂ© politique et les rĂšglements europĂ©ens ? Tout le travail est lĂ , les contradictions de ce mĂȘme Ătat aussi.
Nous avons vu, plus haut, que la Commission EuropĂ©enne nâavait pas attendu les jugements en appel pour accĂ©lĂ©rer le tempo. Nous avons vu Ă©galement que lâĂtat sâĂ©tait mis dans le rythme de la CE pour permettre Ă lâOTC de ne pas verser prĂšs de vingt millions dâeuros de service « complĂ©mentaire », pourtant effectuĂ© cet Ă©tĂ©, Ă la SNCM. Lire « âŠune opĂ©ration⊠blanche pour lâĂtat et la CTC », dans lâarticle Qui est Machiavel ?
En dâautres termes, on voit un ministre afficher une volontĂ© politique, dire que « le Gouvernement assume ce dossier », mais on aimerait connaitre le plan.  Dans quelle direction le gouvernement est-il « un acteur offensif » ?
Lâobservation dâun Ătat multiforme, voire protĂ©iforme, laisse septique. Sauf Ă trouver rapidement un chef dâorchestre qui arrĂȘte la cacophonie des contradictions.
Avec la double action de CFF contre la future DSP (en directe au TA et par le biais de la CE) on voit bien que ce nâest pas seulement le « service complĂ©mentaire qui est attaquĂ©. La future DSP, ne concerne que le « service de base ».
Pour les observateurs du dossier, lâaction devant le TA de Bastia a une signification prĂ©cise.  Faire peur aux actionnaires de VEOLIA,  pour les convaincre de ne pas financer le plan de relance de la SNCM.
En effet, le « capital » de la compagnie câest lâattribution du marchĂ© Corse-Marseille pour les dix prochaines annĂ©es. Seule lâassurance de ce marchĂ© peut justifier un investissement dans un renouvellement de flotte et une politique offensive.
Si mĂȘme ce marchĂ©, gagnĂ©, en Septembre, est remis en cause en Novembre par une incertitude judiciaire, les actionnaires peuvent ĂȘtre refroidis. Pour certain, câest le sens des procĂ©dures contre la DSP, installer une incertitude juridique sur au dessus de la tĂȘte de la DSP.
Peut importe que ces actions nâaboutissent pas, il nâest mĂȘme pas certain que lâon veuille quâelles aboutissent.
Cette explication tient la mer. Nous pouvons prendre date ici que, si la SNCM venait Ă disparaitre, les actions contre la DSP seraient retirĂ©es. Câest du billard Ă Â douze bandes.
En effet, la  future DSP concerne, presque Ă parts Ă©gale, la SNCM et la CMN.  En cas de naufrage de la premiĂšre, la seconde est garantie dâassurer le service. Voir article 43 du contrat de service public. Â
Si les derniÚres procédures affolent le tempo, elles rendront service, objectivement, au « partenaire » restant.
Nous auront lâoccasion de revenir sur les partenariats officiels et les officieux.
Extrait requĂȘte Corsica Ferries France contre la DSP
En tout cas, dans sont interview Ă La Provence, le Ministre des Transports conclu par un appel aux actionnaires de la compagnie.  « (âŠ) lâĂtat a accomplit sa part, quâils doivent en consĂ©quence remplir la leur ».
Pour lâinstant, cela  ressemble au jeu du « mistigri ».
Une SNCM passive
Depuis trĂšs longtemps la compagnie est attaquĂ©e de toute part.  Elle connait plus de « procureurs » que « dâavocats ».  On peut parler de dizaines de procĂ©dures devant divers instances (Commission et justice europĂ©enne, TA, AutoritĂ© de la concurrenceâŠ). La plus part de ces actions ont Ă©tĂ© menĂ©es par son principale adversaire, la Corsica Ferries France.  JusquâĂ prĂ©sent, la plus part de ces actions contre la compagnie, mais aussi contre lâOTC, ont Ă©tĂ© perdues par CFF. Mais Ă ce jeu, une seule « « torpille » suffit Ă couler un navire.
Au dĂ©but, on pouvait croire Ă la thĂšse « officielle » : âil sâagit de rééquilibrer le marchĂ©â qui avait Ă©tĂ© occupĂ© par deux compagnies (CMN et SNCM). Mais depuis 1996 ce nâest plus le cas. La CFF est montĂ©e en puissance et occupe aujourdâhui 60% de ce marchĂ©.
Les derniĂšres « pĂ©ripĂ©ties » judiciaires sont loin de mener Ă un Ă©quilibre du marchĂ©. Il faudrait ĂȘtre aveugle et sourd pour ne pas comprendre que le but recherchĂ© est la disparition, corps et Ăąme  de la SNCM.
Quel que soit le rĂ©sultat, nous approchons de la fin dâun long processus de conflits juridiques, pour lâinstant unilatĂ©raux.
La SNCM nâa fait que se dĂ©fendre. A part une action rĂ©cente pour obtenir le paiement de surplus carburant par lâOTC, devant le TA de Bastia, nous nâavons enregistrĂ© aucune procĂ©dure contre son concurrent ou contre les autoritĂ©s.
Dans cette derniĂšre tempĂȘte, va-t-on assister Ă une contre offensive et si oui sur quel thĂšmes ? Â A suivre.
Alain VERDI
Nov 24th, 2013














