Lâappartement sâĂ©tait rĂ©chauffĂ©, elle marchait pieds nus sur le plancher de bois. Les hautes lampes tamisĂ©es, les pierres brutes et massives de la cheminĂ©e, le coin de vinyls, la guitare, et les hautes fenĂȘtres de bois sombre marquant le coin de la rue Bowman, crĂ©aient une atmosphĂšre de Jazz Club. Lâhomme Ă©tait silencieux, vidĂ© de ses Ă©motions. Ils Ă©taient assis aux deux extrĂ©mitĂ©s du canapĂ©. Elle savait que les sorts de ses ancĂȘtres ne devaient pas ĂȘtre trop souvent utilisĂ©s, mais les longues journĂ©es dâĂ©preuve quâils avaient alors traversĂ©es laissaient devant elles un dĂ©sert de cendres mortes. Elle alluma une bougie discrĂštement, ce quâil ne vit pas car il Ă©tait perdu dans son monde.Â
âJâai tout gĂąchĂ©â, il avait dit la veille. Mais non, il nâavait rien gĂąchĂ©. Au lieu dâune cassure, la transparence Ă©tait tombĂ©e sur elle, une vĂ©ritĂ© venant de nulle part. Glaciale changeuse de monde.
Elle rĂ©cita les mots secrets.Â
- Brumâ ere tang lamer, meisop von eilifer ... Bnam chek larm ornail, veben myrr cat tainey lamd.
Elle vit les Ă©toiles, elle vit le bleu serein recouvrir lâhomme dâespoir, de candeur, de douceur. Le canapĂ© Ă nouveau Ă©tait fourrure de fĂ©lins, la nuit de multiples univers. Le vent Ă©tait chanson coutumiĂšre des soirs, il regarda son coin de vinyls, quâil adorait, et son sourire ramena la lumiĂšre. âJouons un peu de Bluesâ dit-il, en attrapant sa guitare.Â