
seen from United Kingdom
seen from United Kingdom

seen from France
seen from Malaysia

seen from Israel
seen from China
seen from Israel
seen from United Kingdom
seen from China

seen from Israel
seen from Israel

seen from United Kingdom

seen from Jordan
seen from China
seen from France

seen from Germany

seen from Mexico
seen from United Kingdom

seen from Italy
seen from Mexico

Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
Free to watch • No registration required • HD streaming
L’odeur du figuier
Texte de Maud Roche
Sicile, Nicolas de Stael, 1954
L’Odeur du figuier est un roman qui mêle deux voix. « Elle », jeune femme, s’est installée à la campagne avec compagnon et enfants ; on suivra, au gré du récit qu’elle livre, le détricotage de sa vie cousue trop serré. Suzanne, en contrepoint, s’adresse à elle depuis la mort. Elle était sa voisine, femme seule et âgée, à la présence sûre ; elle avait traversé heurs et malheurs et savait être simplement aimante. L’extrait qui suit, au détour d’un arrangement fictionnel, évoque un paysage bien connu de cette région du Nord-Isère entre Tignieu et l’Isle-Crémieu.
On entend d’abord la voix de Suzanne qui évoque les nouvelles habitudes d’ « Elle », quand elle quitta sa vie rangée d’épouse et de mère. Puis la voix d’ « Elle » prend le relais, décrivant une géographie familière aux habitants du plateau. L’autrice, sous son nom d’emprunt Maud Roche, vit à Crémieu. Un grand merci à elle pour ce partage.
Suzanne
Tu t’es trouvé ce lieu, à la sortie de la ville. Au milieu de nulle part, entre ce qu'est la ville et ce qui n'est plus rien, au bout de cet axe qui part du bord de la ville, trace droit dans la plaine, pour s'éparpiller ensuite entre les différentes routes du Plateau. Il y a de plus en plus de monde sur le Plateau, alors la nationale s'est élargie, ponctuée de verrues disgracieuses: centre commercial, casse automobile, pépiniériste, grosse chaîne de boulangerie ou de fruits et légumes. Les gens s'arrêtent devant pour prendre leur pain, leur viande, ils remontent dans leur voiture et rentrent chez eux sans avoir parlé à personne. Et puis au bout de tout ça, après le rond-point où tout le monde part à droite pour monter sur le Plateau, il y a cet endroit ; au milieu de nulle part ; le long de la grande route et loin avant la ville d'après. Un hameau de containers et de préfabriqués, rouillés pour certains. A l'entrée un œuf de télécabine, et sur l'un des containers un petit avion à hélice ! Le Village des Brocanteurs, ça s'appelle. Comment tu as connu ça, au début, que c’est jamais sur ton chemin, je ne sais pas. Peut-être en accompagnant tes fils à un laser-game pour un anniversaire, quelque chose du genre. L'avion, ça t’a fait bizarre, quand tu es passée en voiture, et que tu l'as vu de loin ; n'importe quoi! Mais quand même, quitte à tuer le temps, pendant que les garçons se tiraient dessus dans un hangar...
Ça fait comme deux rues, comme au far-west. Par terre, c'est du sable, quand il pleut ça fait des coulées de boue. Au bout, là où se rejoignent les allées, il y a une place : un pylône de métal planté là, comme un immense moulin à vent de gosse, ils soufflent dessus pour le faire tourner. Tu l'as jamais vu tourner avec le vent, ce truc ; tu sais pas pourquoi il est là, comme l'avion et le télécabine.
Tous les containers et les préfab, c'est des brocantes; y a des trucs de partout. Tu as acheté des choses pas chères pour décorer ton appartement. Ton tout nouvel appartement. Depuis tu y retournes, ça te plaît de chiner, tu y retournes dans le plaisir des objets, et de la vie qu'ils te racontent. Tu déniches toujours quelque chose, une vieille tasse, de vielles bonbonnes en verre jaune dans lesquelles tu mets les fleurs que tu cueillies, quelques couteaux à aiguiser, de quoi habiller ton intérieur comme s’il n'était pas tout neuf, de quoi lui refaire une vie.
Et tu as pris l'habitude d'aller dans ce caté, aménagé dans un préfabriqué, qui donne sur cette place. Tu l'appelles le Bagdad caté, à cause du sable de la place et de ce grand truc qui s'élève devant, et que y'a que des femmes qui le tiennent, ce café.
Tu aimes surtout ça, que ce soit paumé, au bout du bout de la route, et tu y retournes de plus en plus, et tu t'installes sur la banquette, tu y restes toute l'après-midi avec un thé qui refroidit, et tu lui écris.
Tu lui écris ta tristesse, son absence, tu lui écris le manque, tu lui écris ta nouvelle vie, et puis tu t'es mise à lui écrire comme s'il était à côté de toi et que tu lui parlais. Je me demande si tu ne frises pas un peu la folie.
Elle
Maintenant que j'ai trouvé cet endroit, que j’y vais pour me poser, pour acheter un vase ou une vieille nappe, quelques tasses la dernière fois, je monte sur le Plateau aussi. Avant, c'était soit ma montagne, soit les criques des fois quand on descendait tous ensemble marcher, ou le bord de la mer même si Matthias s'ennuyait quand on faisait journée plage, et que ça l'assombrissait.
J'aime monter sur le Plateau : ce n'est pas la rigueur de l'altitude, juste un peu d'élévation, on prend un peu de hauteur sur la vallée, mais il n'y a pas la dureté de la montagne ; juste un peu le confort d'être au-dessus. Les paysages s'étendent, il y a de l'ampleur, de la place. Ce n'est pas comme chez nous où tout est confiné, où les espaces se superposent. Je vois, à perte de vue, des cultures qui oscillent comme une grande vague, des lignes de peupliers que le vent fait vibrer, des nuances de vert, de beige ou marron quand la terre vient d'être retournée, et les caillasses blanches comme malaxées dans le sillon du tracteur. Il y a de l’espace entre la terre et le ciel, et même les différents niveaux de nuages s'épandent : du blanc au gris, sombre ou noir même, étales ou tourmentés, avec quelques déchirures de bleu aussi.
Les routes sont bordées de pierres plates dressées qui ceignent les parcelles ou les jardins des maisons. Les villages ont des noms qui coulent, qui n'ont pas la rocaille et se déchirent moins dans la bouche que les noms de la montagne : Reluisant, Sainte-Baudille, Châlans, Mielle.
Les routes traversent l'espace, en ligne souple, lisières de bois ou champs cultivés ; fluorescence des couleurs dans ce printemps, boutons d'or et coquelicots.
Le paysage respire, entre colombiers et lavoirs, ils ont de la place pour tout ça, de grosses églises larges et repues et des jardins plats, moi qui ai toujours pensé mon univers en restanques : la planche où tu as la corde à linge, la planche où jouent les enfants, la planche du potager, la planche de la grande table où les amis s'amassent - la table où on mangeait tous les cinq on la mettait sur la première planche, mais avec la corde à linge, on pouvait pas mettre une trop grosse table.
Ici, sur le Plateau, les paysages respirent, et les routes sinuent un peu, souples, lorsque l'on quitte le contrefort pour monter à nouveau, atteindre encore un replat. Lignes droites et amples alors, puis on descend de l'autre côté. Et c'est un tout autre paysage qui s'ouvre, une vallée que je connaissais à peine, traversée d'un fleuve large, moi qui avais surtout l'habitude de ma vallée encaissée autour de la Siagne, et des parois abruptes dans lesquelles nos villages se sont creusés.

Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
Free to watch • No registration required • HD streaming