Par épisode, dans ma vie, je me suis sentie comme une serpilliÚre.
Toute une partie de ma vie jâai fuis des hommes. Jâai fuis un beau-pĂšre autoritariste, un copain violent, un coloc Ă©goĂŻste, un collĂšgue oppressant sexuellement. MĂȘme en ma demeure, mĂȘme dans mon bon droit, jâai prĂ©fĂ©rĂ© partir. Jâai toujours eu peur des hommes, de leur bĂȘtise, de leur capacitĂ© Ă aller toujours plus loin dans la connerie. Jâai eu peur de leurs violences, leurs insultes, leurs coups. Alors jâai tout fait pour me faire oublier, je me suis faite toute petite, jâai souri, jâai Ă©tĂ© sage et polie et Ă chaque fois quâil fallait se confronter Ă leurs bassesses, jâai pris mes jambes Ă mon cou.
Jamais je nâai portĂ© mes droits fiĂšrement comme un Ă©tendard et bien souvent ça mâa fait me sentir comme une serpilliĂšre, quelquâun sur qui lâon marche et qui ne dit rien parce quâelle pense que câest dans son essence de serpilliĂšre dâĂȘtre Ă©crasĂ©e et de fermer sa gueule. Â
Il y a quelques mois jâai rencontrĂ© un homme, un vrai, un qui ne se contente pas dâĂȘtre un ĂȘtre vivant, câest un ĂȘtre humain avec le cĆur et les valeurs. Un de ceux qui te donne espoir en la race humaine. Cet homme-lĂ un jour mâa pris dans ses bras et il mâa dit que jâĂ©tais une femme merveilleuse, il a dit aussi « je sais que tu es forte et juste » ou quelque chose du genre. Quelque chose qui voulait dire « ne doute pas de ta valeur et de ton droit Ă exister ».
Ce soutien me donne envie dâĂȘtre la femme et la fĂ©ministe que je souhaite ĂȘtre. Car non ce texte nâest pas un message de plainte ou un message de haine. Jâai juste pris conscience que jâai le droit et la loi de mon cĂŽtĂ© et que je peux mâen saisir comme dâune arme Ă chaque fois que la connerie sâincarnera dans un proprio vĂ©nal ou dans un voisin menaçant. Â
Je nâai plus envie de ramper, dâĂȘtre la gentille serpilliĂšre qui fuit en souriant ; jâai envie dâĂȘtre une femme, un ĂȘtre humain.
Sous prĂ©texte que nous sommes des femmes on nous menace, on nous terrorise, on nous malmĂšne parce quâon nâa pas toutes lâĂ©nergie dâĂȘtre des guerriĂšres, parce que nous prĂ©fĂ©rons nous tourner vers ce qui nous fait du bien que vers la lutte mais au fond nous savons ce qui est juste, qui a raison et qui a tortâŠ
Toute une partie de ma vie jâai fuis des hommes pensant ĂȘtre une serpilliĂšre, aujourdâhui je sais que je nâen suis pas une et que les hommes qui nous font chier sont ceux sur qui on peut sâessuyer les pieds en toute quiĂ©tude en partant, la tĂȘte haute, portant Ă bout de bras lâĂ©tendard de nos droits.










