Les Marées de l'Aube Rouge
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Chapitre 19Â : Jouer avec le feu
Chapitre 18 - Chapitre 20
â ââ©â©â©ââ ââ©â©â©ââ
Porter la lame la plus lĂ©gendaire du monde n'est pas anodin. RĂ©vĂ©ler qu'on en est la Protectrice l'est encore moins. Lorsque Yoru rĂ©pond Ă sa voix et que son poids disparaĂźt dans ses mains, les regards changent. Respect. CuriositĂ©. Fascination. MĂȘme Shanks comprend soudain : BĂ©atrice n'est pas qu'une simple alliĂ©e. Elle porte un hĂ©ritage que peu peuvent revendiquer.
â ââ©â©â©ââ ââ©â©â©ââ
« Le véritable pouvoir est celui que l'on choisit de ne pas utiliser. » Voltaire.
â Bien, nous avons pu arriver jusquâĂ lâentrĂ©e de lâunitĂ© dâinformation, souffla Shanks en scrutant attentivement autour dâeux.
Comme prĂ©vu, la maisonnette Ă©tait vide. Les informations dâAmbre frĂŽlaient lâindĂ©cence tant elles Ă©taient exactes : le salon pouvait accueillir tout le monde, et les uniformes quâelle avait subtilisĂ©s correspondaient parfaitement Ă leurs tailles. Une prĂ©cision qui suffit Ă leur donner un petit frisson.
En premiÚre intention, ce serait Holy qui partirait en renfort si un imprévu apparaissait : son visage moins connu que celui des autres et sa facilité déconcertante à embobiner les gens étaient de véritables atouts.
Tout Ă©tait prĂȘt : Building Snake avec l'aide de Roux avaient posĂ© leur matĂ©riel de communication afin de rester Ă leur Ă©coute en cas de pĂ©pin, ainsi que des tenues supplĂ©mentaires. Ambre analysa chacune de ses clĂ©s et son carnet de notes. Bien qu'elle ait quittĂ© la Marine, lors de sa carriĂšre, elle avait fait les doubles des clĂ©s et demandĂ© des cartes d'accĂšs en plus, car elle avait « perdu » les autres. L'idĂ©e qu'un jour elle puisse quitter la Marine avait toujours Ă©tĂ© une certitude plutĂŽt qu'un mythe, et elle avait toujours su que ce serait aux cĂŽtĂ©s de sa meilleure amie.
Cette derniĂšre se fit entendre Ă lâĂ©tage, elle venait dâatterrir sur le balcon en haut et enjamba la mezzanine pour arriver prĂšs de la cuisine ouverte.
En relevant ses yeux, BĂ©atrice tomba immĂ©diatement sur son pĂšre et son frĂšre, prĂ©occupĂ©s. Elle pouvait comprendre que pour eux, en l'espace de quelques minutes, ils l'avaient vue partir avec Ćil de Faucon, qui n'Ă©tait pas rĂ©ellement un alliĂ© des Ă©quipages pirates prĂ©sents. Maintenant, ils regardaient attentivement un Ă©lĂ©ment dans son dos.
Lâarme faisait plus de deux mĂštres pour sa petite stature : un contraste qui fit glousser Ambre. Elle avait vu la brune passer des mois Ă apprendre Ă porter Yoru sans dĂ©foncer chaque mur ou encadrement de porte sur son passage.
Vraiment, tout le long de ces années, la blonde avait pu se régaler du spectacle, contrairement au propriétaire de la lame.
â Dis-moi que ce n'est pas Kokuto Yoru dans ton dos, BĂ©a ? demanda sans y croire son petit frĂšre.
â Tu veux que ce soit quoi d'autre, Aaron ? rĂ©pondit BĂ©atrice, lĂ©gĂšrement blasĂ©e par le ton qu'employait le pirate.
â La question, câest comment tu peux la porter, elle est super lourde, intervint Holy en sâapprochant des Shine.
â C'est sĂ»r qu'elle est plus lourde que moi, rĂ©pondit-elle briĂšvement, mĂȘme si elle savait qu'en prĂ©sence d'autres Ă©pĂ©istes, la rĂ©ponse serait vite trouvĂ©e.
Et Shanks ne tarda pas.
â T'es la Protectrice de Yoru.
BĂ©atrice ne saurait, en posant ses iris sur lui, quelle Ă©motion le traversait. Elle Ă©tait consciente que les deux Ă©pĂ©istes avaient une relation complexe, allant de la plus grande rivalitĂ© connue dans le monde entier Ă celle dâamis. Mihawk n'attribuait jamais de mot Ă ses relations, mĂȘme sur la leur, bien qu'elle fĂ»t certaine de leur attachement rĂ©ciproque et tout Ă fait platonique.
â OuaisâŠ
Elle ne savait jamais trop comment se tenir face aux grands Ă©pĂ©istes. Griffon, par exemple⊠Certains murmuraient quâil faisait partie des Douze, mais rien nâĂ©tait confirmĂ©, et elle nâavait jamais demandĂ© Ă Mihawk.
â Bon, c'est Ă votre tour de sauter, dĂ©clara-t-elle, essayant de changer de sujet. AprĂšs tout, le temps les pressait. Mihawk est parti Ă la rĂ©union en retard, ce qui veut dire...
Heureusement, la mission sembla leur revenir en mémoire et surtout, en priorité. Ambre se redressa, d'attaque et motivée.
â Quâelle a commencé ! finit-elle.
Les pirates dĂ©guisĂ©s ajustĂšrent les derniers dĂ©tails, Shanks supervisa ces derniers, rĂ©capitulant les possibles alĂ©as quâils pouvaient rencontrer.
Du coin de l'Ćil, BĂ©atrice ne put ignorer Vista lorgner Yoru dans son dos. Elle ne pouvait, certes, pas comprendre l'Ă©tendue de ce que cela reprĂ©sentait pour un Ă©pĂ©iste de confier Ă autrui sa lame.Toutefois, BĂ©atrice saurait apprĂ©cier, oui elle parlait dâune lame, mais surtout de lâĂąme qui lâhabitait. De ce fait, elle aurait presque eu lâimpression de voir un semblant dâenvie dans les yeux du double sabreur. Ătait-ce un but d'avoir une des douze lames ? SĂ»rement. Ou le fait d'avoir quelqu'un de confiance Ă qui pouvoir donner son trĂ©sor le plus cher quand il ne pouvait pas le porter ? Peut-ĂȘtre. Elle n'Ă©tait pas Ă©pĂ©iste, aprĂšs tout.
Cependant, un coup dâĆil vers le groupe de Shanks, notamment son pĂšre, lui souffla qu'elle n'en avait pas fini avec les questions...
Dommage quâelle ne fasse pas partie du groupe de Marco.
Ces derniers partirent, fin prĂȘts. Holy en profita pour se rapprocher de la femme qui s'Ă©tait installĂ©e sur le canapĂ© de la maisonnette et avait posĂ© Yoru sur le cĂŽtĂ©. Ils devaient dĂ©sormais rester aux aguets et observer les alentours. Ceux qui maĂźtrisaient lâObservation balayĂšrent rĂ©guliĂšrement les environs, Ă la recherche du moindre changement suspect.
TrĂšs vite, les deux femmes se retrouvĂšrent seules : la plupart des hommes, maĂźtres de lâObservation, surveillaient depuis lâĂ©tage. Roux et William, eux, avaient surtout dĂ©veloppĂ© lâArmement. Quant Ă Shanks et Beckman⊠leur niveau parlait de lui-mĂȘme.
La femme aux cheveux Ă©bĂšnes sâassit Ă cĂŽtĂ© dâelle et entama la conversation, encore Ă©tonnĂ©e de ce quâelle venait dâapprendre.
â Ăa fait quoi, concrĂštement, dâĂȘtre la Protectrice de lame dâune arme ? En lâoccurrence de Yoru ?
La femme de Beck plaça ses coudes sur ses cuisses et prit le temps d'observer minutieusement l'arme du plus grand épéiste, n'ayant jamais eu l'occasion de la voir de si prÚs.
â Yoru fait Ă peu prĂšs soixante kilos, mais quand elle est dans ma main, elle s'adapte Ă ma force physique. Pour moi, elle ne pĂšse quasiment rien.
Les yeux étincelant de curiosité et d'admiration pour l'épée, Béatrice comprit que la femme allait bientÎt lui poser une question en particulier.
â Yoru ?
â Oui, pâtite Reine ? rĂ©pondit immĂ©diatement la lame dâun ton chantant.
â Cette femme est mon amie. Accepterais-tu quâelle essaie de te soulever ? Pour lui montrer que je suis bien ta Protectrice ?
BĂ©atrice avait toujours Ă cĆur de demander l'autorisation de n'importe qui avant d'entreprendre un contact physique, que ce soit une lame ou une personne physique. Tant que la personne avait une conscience, tous les opinions et consentements Ă©taient Ă prendre.
â Si cela te fait plaisir, alors oui. Elle ne fera que constater le poids de mes victoires et ma force !
â Est-ce que tu Ă©tais en train de parler avec lâĂąme de Yoru ? questionna Holy en observant lâexpression de BĂ©atrice Ă©voluer alors quâelle examinait le sabre.
â Oui, je lui demandais quelque chose.
Shanks descendit les escaliers pour surveiller si tout allait bien pour elles. En haut, chacun était posté et surveillait les environs. Devant elles, l'escargophone de l'équipe de Marco et celui que Béatrice avait ramené de la base Marine, qui devait sonner dÚs qu'il y avait un danger ou des intrus détectés, dormaient paisiblement.
 â Est-ce que je peux essayer de la soulever ? demanda timidement Holy, son regard Ă©meraude toujours aussi fascinĂ© par lâarme.
â Vas-y.
Son capitaine observa furtivement la scĂšne, aprĂšs s'ĂȘtre servi Ă boire, de l'eau pour une fois, lui aussi intriguĂ©. Il avait dĂ©jĂ soulevĂ© le sabre une fois et avait entendu lâĂ©cho de lâĂąme en la levant, et effectivement, elle Ă©tait lourde.
Holy attrapa avec hĂ©sitation le manche de l'arme, sentant rien que par son apparence les multiples batailles qu'elle avait menĂ©es. BĂ©atrice put mĂȘme voir les lĂšvres de Holy bouger pour remercier la lame de la laisser la toucher.
â Elle est douce, celle-ci, fit soudainement Yoru dans son esprit, la faisant imperceptiblement sursauter. Elle est toute impressionnĂ©e. C'est une personne qui reconnait la valeur des choses sans en douter !
AprÚs une dizaine de secondes, Holy se tourna vers les deux autres, un peu déçue.
â Jâarrive pas Ă la soulever.
Une moue désolée naquit sur les lÚvres de Béatrice.
â Avec ce gabarit, le poids est assez important. Pas Ă©tonnant que pour certaines attaques, Ćil de Faucon utilise deux mains, la rassura Shanks, une expression similaire sur son visage.
BĂ©atrice se leva et s'approcha du sabre, passant dĂ©licatement ses doigts gantĂ©s sur la lame noire. Elle sentit son Ăąme se frotter Ă celle de Yoru : une sorte de symbiose entre elles, comme deux tournesols tournĂ©s vers le soleil, partageant la mĂȘme ambition et la mĂȘme chaleur.
â Et lĂ , tu ressens lâĂąme de Yoru ? interrogea Holy, brisant la connexion qui sâĂ©tait briĂšvement approfondie.
â C'est compliquĂ© Ă expliquer, fit-elle dans un presque murmure. C'est une connexion entre deux Ăąmes, tout en ressentant la connexion avec son propriĂ©taire. Je ne suis pas une Ă©pĂ©iste et je ne connais pas tous les codes qui entourent cette discipline, mais cela ne m'empĂȘche pas de ressentir certaines choses et de les comprendre.
Comme pour l'illustrer, BĂ©atrice attrapa le manche et souleva de l'extrĂ©mitĂ© de celui-ci le sabre. Sans utiliser la moindre force, Yoru se dressa parfaitement Ă l'horizontal. Elle pouvait ressentir la constante prĂ©sence de l'Ăąme prĂšs d'elle, prĂȘte Ă s'Ă©nerver pour elle.
âEn mĂȘme temps, je suis presque obligĂ©e de paraĂźtre faite de papier parce que tu as une force frĂŽlant le nĂ©gatif, pâtite Reine.
â Merci, câest agrĂ©able Ă entendre, rĂ©pondit-elle en souriant.
â As-tu eu besoin de lâutiliser ? questionna Shanks.
Il savait quâun Protecteur pouvait, en thĂ©orie, reproduire les techniques de lâĂ©pĂ©iste. Mais cela coĂ»tait cher : câĂ©tait lâĂąme de la lame qui frappait, et lâĂ©nergie vitale du Protecteur qui payait la facture.
â Rarement. Mihawk est... d'un niveau trop Ă©levĂ© pour que je puisse l'utiliser trop de fois dans un court laps de temps.
En le voyant acquiescer, elle se demanda si c'était parce qu'il avait un Protecteur pour Griffon ou s'il était d'accord avec le fait que l'épéiste était trÚs puissant.
Profitant que les deux parlaient, Holy rejoignit son mari à l'étage.
Cela permit aux deux adultes de se poser et de discuter plus calmement, notamment d'un point qu'ils voulaient mettre au clair, sans en trop dévoiler sur Mihawk.
â Ce collier, c'est Mihawk qui te l'a fait ? demanda-t-il en dĂ©signant la croix religieuse.
â Tout Ă fait.
Le sang de Béatrice se glaça : elle devait faire attention : mentir, Shanks le verrait immédiatement. Et si elle évitait le sujet, il insisterait.
Ils savaient tous les deux des choses sur Mihawk : sans vouloir trahir lâami absent. En attendant, elle devait dĂ©vier son attention de lâallumette.
â Tu sais quelque chose sur Mihawk, je me trompe ?
â Peut-ĂȘtre, tout dĂ©pend de ce quâil tâa dit Ă toi.
Elle avait vraiment l'impression de jouer à ni oui ni non. à tous les coups, ils savaient tous les deux, mais ils ne voulaient pas trahir l'identité secrÚte de leur ami.
â Tu crois que si je suis la Protectrice de Yoru, il mâaurait omis ce dĂ©tail de son identité ?
Cette fois, Béatrice recula dans le canapé, le mettant au défi de continuer à faire l'autruche.
â AprĂšs, je le connais depuis plus longtemps que toi et nous avons vĂ©cu de nombreuses batailles, rĂ©pondit presque hautainement Shanks.
â On nâa jamais Ă©tĂ© ennemis ou rivaux, nous au moins. Ce nâĂ©tait pas parce quâil Ă©tait Ă©pĂ©iste quâon sâest rapprochĂ©s.
Elle croisa les bras sous sa poitrine, l'observant de loin. Intérieurement, cela lui rappela leurs premiÚres altercations : une pointe de rivalité entre eux.
â La concurrence entraĂźne la confiance et les secrets quâon se partage.
Avec une grande dĂ©ception envers elle-mĂȘme, BĂ©atrice craqua la premiĂšre. Dans un rĂąle blasĂ©, elle leva le drapeau blanc, Ă©tudiant le rictus qui naquit sur les lĂšvres du rouquin qui la dĂ©visagea avec malice.
â Bon, Ă trois on le dit.
Ce n'était pas réellement ce à quoi il aurait aimé arriver, mais au fond de lui, c'était une petite victoire. Shanks possédait donc une plus grande patience qu'elle...
â Prends pas la confiance, toi et ton petit air hautain, trancha-t-elle subitement, lisant dans ses pensĂ©es.
Ils se toisĂšrent droit dans les yeux et comptĂšrent Ă voix haute jusquâĂ trois.
â Câest lâOracle.
Acquiesçant pour elle-mĂȘme, BĂ©atrice vida ses poumons : un soulagement balaya le poids sur ses Ă©paules.
â Tout de mĂȘme, jâaurais dĂ» juste lui demander hier soir⊠pensa-t-elle Ă voix haute.
Shanks tilta sur ce détail.
â Attends, il est lĂ depuis quand ?
â Depuis⊠Deux jours, je croisâŠ
Entre sa crise et la mission dâaujourdâhui, elle doutait mĂȘme du jour quâil Ă©tait.
â Mais les Grands Corsaires ne devaient pas arriver seulement aujourdâhui ?
Oups.
â Mihawk est un peu lâexception Ă la rĂšgle puisquâil connaĂźt tous mes secrets, donc il a un sort de laisser-passer attribuĂ© par Sengoku lui-mĂȘme !
Heureusement, câĂ©tait la vĂ©ritĂ© et n'avait dit, techniquement, rien de louche. Mihawk savait qu'elle Ă©tait une Shine. Les hauts gradĂ©s de la Marine comme Sengoku et Kong le savaient aussi. Alors elle pouvait bien demander Ă ce que son Gardien vienne en mĂȘme temps qu'elle.
â Et cela fait cinq ans quâil est mon Gardien, ce qui est un record pour un pirate, finit-elle.
BĂ©atrice espĂ©rait que sa lĂ©gĂšre prĂ©cipitation ne la trahirait pas, mĂȘme si elle mentait. Elle ne savait pas rĂ©ellement cacher les choses, surtout Ă lui. MĂȘme si sa prĂ©sence ne crĂ©ait plus de palpitation comme au dĂ©but, Shanks restait quelqu'un d'intelligent.
MĂȘme si ce n'Ă©tait pas la premiĂšre qualitĂ© qui lui venait Ă l'esprit.
â Je comprends. Câest un alliĂ© de ta famille ?
Elle aurait normalement refusĂ© de rĂ©pondre : dans sa famille, les alliĂ©s ne se mĂȘlaient pas des liens des autres. Trop dangereux, trop de susceptibilitĂ©s en jeu. Mais avec Shanks⊠câĂ©tait diffĂ©rent.
Shanks savait, par exemple, que l'Ă©quipage de TĂœr et les Shine Ă©taient alliĂ©s, car ils partageaient le mĂȘme lien tous les trois ; bien que ce soit plus qu'une alliance entre BĂ©atrice et TĂœr.
C'Ă©tait pour cette mĂȘme raison que BĂ©atrice fit une entorse aux rĂšgles : elle considĂ©rait petit Ă petit Shanks comme un⊠ami. Elle gardait des rĂ©serves, se rappelant en tĂȘte que c'Ă©tait un Empereur, mais l'idĂ©e ne l'effrayait pas pour autant.
â Non, c'est vraiment une relation entre lui et moi. Reste Ă savoir quel rĂŽle il souhaitera avoir une fois que je reprendrais les rĂȘnes.
Leur façon de se parler avait tendance Ă faire oublier au rouquin que la femme devant lui allait devenir la Matriarche de la famille Shine. BĂ©atrice avait cette maniĂšre de discuter, de se mĂȘler aux autres comme une personne normale. Le fait que la majoritĂ© de ses futurs subordonnĂ©s soient de sa famille y Ă©tait pour beaucoup.
Toutefois, il n'Ă©tait pas dupe. Shanks savait qu'elle les tenait, actuellement, loin du cĆur de la famille. BĂ©atrice faisait bien attention Ă ce qu'ils ne franchissent jamais les limites de leur alliance. L'Empereur n'avait pas la modestie de penser qu'ils l'intĂ©greraient dans leurs soucis ou des problĂšmes qui touchaient la famille, comme il en avait pourtant l'habitude avec ses autres protĂ©gĂ©s. Il espĂ©rait simplement que les Shine et son Ă©quipage se rapprochent suffisamment pour aller au-delĂ de se restreindre Ă lorsque ça touchait Teach.
Soudain, l'escargophone de BĂ©atrice sonna. Son cĆur s'emballa immĂ©diatement : tout pouvait se produire, ça pouvait concerner n'importe quoi. En dĂ©crochant, elle croisa le regard du pirate en face d'elle. Son attitude Ă©tait devenue radicalement tendue, s'attendant lui aussi au pire.
â ⊠Grand Corsaire Doflamingo et Crocodile, accompagnĂ©s des sections sept et huit en approche du salon de repos quatre. RĂ©union suspendue jusqu'au retour des deux capitaines pirates.
La particularité de cet escargophone était qu'un grand nombre de personnes pouvaient « rejoindre » l'appel sans forcément y participer. Sa fonction premiÚre était de faire circuler efficacement les informations.
Une chose interpella Béatrice. Que faisait Sir Crocodile à New Marineford alors qu'il avait été démis de ses fonctions quelques mois plus tÎt ?
La deuxiĂšme chose qui l'inquiĂ©ta fut la sĂ©curitĂ© d'Ambre. Comme elle avait occupĂ© le poste de Directrice de l'unitĂ© des informations de la Marine, elle pouvait ĂȘtre la cible de ces grands pirates. Une seconde pensĂ©e vint la rassurer : aucun ennemi ne savait qu'elle Ă©tait prĂ©sente.
Alors pourquoi son cĆur ne cessait d'agresser ses tympans ? Il Ă©tait inutile de s'inquiĂ©ter. Mihawk Ă©tait prĂ©sent Ă la rĂ©union, mĂȘme s'il se fichait de beaucoup de choses dans ce monde. BĂ©atrice nourrissait l'espoir qu'il la prĂ©vienne s'il arrivait quelque chose Ă sa sĆur de cĆur.
Elle reporta ses iris sur Shanks. Ils savaient que tout était entre les mains d'Ambre et des pirates de Marco.
â ââ©â©â©ââ ââ©â©â©ââ
Pendant ce temps, quelques rues plus loin, Ambre inspira profondément. Tout se passait comme prévu pour l'heure. Déguisés en soldats de la Marine, les quatre pirates traversaient les couloirs de l'unité d'information avec une aisance inquiétante.
 Ambre sentait l'adrĂ©naline couler dans ses veines et ne put s'empĂȘcher de sourire en repensant Ă la folle ironie de la situation. Qui aurait cru que revenir ici, dans son ancien lieu de travail, serait aussi... amusant ?
Le bĂątiment Ă©tait anormalement calme. Trop calme. MĂȘme pour un lieu sensible.
 Elle jeta un coup d'Ćil Ă ses compagnons. Vista marchait Ă ses cĂŽtĂ©s, attentif scrutant chaque recoin sombre, sa main reposant sur une de ses Ă©pĂ©es, tandis qu'Aaron semblait dĂ©jĂ impatient de passer Ă l'action. Izou gardait son air stoĂŻque habituel, prĂȘt Ă sortir ses pistolets Ă tout moment, alors que Marco, avec son air nonchalant, avançait comme s'il s'agissait d'une promenade de santĂ©.
Ils arrivĂšrent enfin devant la premiĂšre porte blindĂ©e. Ambre nâeut pas besoin de fouiller longtemps dans sa poche ; elle avait tout prĂ©vu. La clĂ©, un simple morceau de mĂ©tal froid glissa parfaitement dans la serrure.
« Merci, moi du passé, t'es une putain de génie. » pensa-t-elle.
Le cliquetis du mécanisme résonna dans le silence.
â Tu as vraiment bien fait d'ĂȘtre prĂ©voyante, yoi.
Marco lui adressa un air satisfait.
â Je savais qu'un jour, ces petites prĂ©cautions me serviraient.
Elle haussa les épaules sans pour autant cacher son propre sourire fier.
Ils franchirent la premiĂšre porte sans encombre et continuĂšrent leur progression. Ambre menait la marche, se fiant Ă sa mĂ©moire pour les guider Ă travers le dĂ©dale de couloirs. Puis, soudain, un bruit de pas. Marco la prit par le bras et la poussa avec dĂ©licatesse vers Aaron pour la protĂ©ger. Deux soldats approchaient, leurs voix rĂ©sonnant faiblement dans le couloir adjacent. Sans perdre de temps, Vista et Izou se positionnĂšrent de chaque cĂŽtĂ© du mur, prĂȘts Ă neutraliser les intrus.
DÚs qu'ils tournÚrent l'angle, tout se passa en une fraction de seconde. à l'aide de leur Haki de l'Observation, les hommes passÚrent à l'attaque. Un coup précis, une poigne ferme autour de la gorge des soldats, et en un instant, les deux hommes s'effondrÚrent, inconscients. Ambre soupira de soulagement. Ils ne pouvaient pas se permettre d'éveiller les soupçons, pas maintenant.
Marco s'agenouilla prÚs des corps et posa ses mains enflammées sur les tempes des soldats. Les ecchymoses et les marques laissées par les coups disparurent comme par magie. Ambre sentit un coin de ses lÚvres se relever.
â T'es quand mĂȘme bien pratique, tu sais ?
â Faut bien que je serve Ă quelque chose, yoi.
Il haussa les Ă©paules, un sourire malicieux au coin des lĂšvres, calquant lâattitude de la blonde plus tĂŽt.
Aaron, quant Ă lui, avait dĂ©jĂ sorti une bouteille d'alcool de son sac. Il l'ouvrit avant de la placer stratĂ©giquement Ă cĂŽtĂ© des deux soldats endormis, pensant Ă©galement Ă en mettre sur leurs vĂȘtements et dans leur bouche.
â Allez, un petit coup de trop pour nos amis de la Marine. On dira qu'ils ont un peu trop bu.
Il eut un rire bref. Ambre se retint de l'imiter, mais l'ambiance de tension était irrésistiblement allégée par l'ironie de la situation. Une fois les soldats bien « disposés », ils continuÚrent leur mission.
En ouvrant la porte suivante, elle pensa briÚvement à Shanks et Béatrice, postés dehors. Leur présence suffisait à la rassurer : avec eux en soutien, impossible de perdre pied.
Elle ne pouvait pas Ă©chouer avec une telle Ă©quipe. Leur mission Ă©tait risquĂ©e, mais tout semblait s'aligner parfaitement : la planification minutieuse, l'absence d'employĂ©s et mĂȘme la chance de ne croiser que quelques soldats, rapidement neutralisĂ©s.
La porte finale se dressait devant eux, imposante, blindée, avec un panneau de contrÎle lumineux pour le code.
â Ăa, c'est la partie amusante.
Ambre sortit un petit carnet de sa poche, oĂč tous les codes Ă©taient soigneusement notĂ©s. Elle tapota les chiffres rapidement, une expression satisfaite sur les lĂšvres lorsque la porte Ă©mit un bip sonore et s'ouvrit lentement.
Ils entrĂšrent dans la salle des dossiers, un vĂ©ritable coffre-fort d'informations sensibles. Les Ă©tagĂšres Ă©taient remplies de classeurs, tous soigneusement Ă©tiquetĂ©s. Ambre se dirigea directement vers la section qu'elle savait ĂȘtre la bonne.
â On cherche Teach, donc ça devrait ĂȘtre ici.
Elle marmonna ces mots, son doigt parcourant les noms gravés sur les dossiers. Elle finit par repérer celui qu'ils cherchaient.
â Câest celui-lĂ , dit-elle, en le retirant dĂ©licatement de son emplacement.
Alors qu'elle le feuilletait rapidement, les informations défilaient sous ses yeux. Mais soudain, un bruit métallique résonna derriÚre eux. Un autre soldat, visiblement un peu plus réveillé que les autres, venait d'apparaßtre à l'entrée. Ses yeux se posÚrent sur le groupe et son visage se figea d'incrédulité.
â Quâest-ce queâŠ
Sans lui laisser le temps de réagir, Aaron l'assomma avec un coup rapide, avant de le placer immédiatement dans un coin avec une bouteille.
â SĂ©rieux, c'est une journĂ©e portes ouvertes ou quoi ? rouspĂ©ta Ambre en regardant le phoenix soigner le soldat.
« Heureusement que Marco est là », pensa-t-elle avec amusement.
Le dossier en main, ils sortirent aussi discrĂštement qu'ils Ă©taient entrĂ©s. Mission accomplie. Mais alors qu'ils se fondaient dans l'ombre des ruelles pour s'Ă©loigner du bĂątiment, Ambre ne put s'empĂȘcher de laisser Ă©chapper un petit rire.
â Franchement, dĂ©guisĂ©s en Marine et tout... Si j'avais su que ce serait aussi simple, j'aurais volĂ© plus de dossiers quand j'Ă©tais encore en poste !
Vista eut un rire doux à cÎté d'elle.
â On devrait peut-ĂȘtre y penser pour nos futures missions. Tu pourrais nous dĂ©guiser en Marine Ă chaque fois !
Franchissant les grilles de l'unitĂ© d'information, Marco sentit l'arrivĂ©e imminente de deux personnes grandement dangereuses. Un coup d'Ćil vers Izou lui confirma qu'il avait senti la mĂȘme chose. Ils avaient peu de temps pour rĂ©agir.
â Ambre, deux pirates arrivent vers nous, deux puissants, yoi.
Marco observa les alentours, la tension montant d'un cran. La blonde se retourna, la premiÚre émotion qui lui vint fut de la crainte. Mais elle savait qu'elle n'avait pas le luxe de se permettre d'avoir peur ou de fuir. Elle devait s'adapter, réagir et se montrer forte. Pour cela, elle devait se rapprocher de Béatrice, afin qu'elle puisse l'aider. Seule, elle ne possédait pas assez de ressources.
Une douce douleur s'insinua dans sa poitrine : elle ne pouvait plus compter sur la Marine. Quand l'avait-elle fait ? Ambre se retourna vers l'équipage de Marco, déterminée et imperturbable.
â Partez.
Elle glissa le dossier dans les mains du blond.
â Je vais me diriger vers la maison, le plus rapidement possible. Il ne faut pas qu'ils vous dĂ©couvrent, il y a des chances que ce soit deux Grands Corsaires.
â C'est notre rĂŽle de maintenir ta sĂ©curitĂ©, rĂ©pliqua Vista, absolument contre lâidĂ©e.
â Alors, allez vite tenir au courant BĂ©atrice. Pour lâheure, c'est elle qui possĂšde le plus de pouvoir. Plus on fait vite, plus elle aura une marge de manĆuvre.
à la mention de la blanche, les pirates comprirent également que c'était aussi protéger Béatrice en n'intervenant pas. AprÚs un dernier regard en arriÚre, Marco rejoignit aussi vite que possible la planque, faisant attention à esquiver les patrouilles qui étaient revenues depuis.
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Source de l'image : shi camellia8 sur Pixiv https://www.zerochan.net/2822550












