La ville de Marveil accueille le plus grand centre pénitentiaire d’Europe. Comme un voisin indésirable, un jumeau maléfique. L’un comme l’autre font la même taille. Cent quarante hectares exactement. Si l’on prend la carte de Marveil et la plie en son centre, ville et prison se recouvrent entièrement, parfaitement, avec la symétrie d’un test de Rorschach.
Pour parfaire le malaise, les prisons portent simplement le nom de l’endroit qui les accueille. Ainsi, lorsque l’on dit vivre à Fresnes ou à Fleury-Mérogis, celui qui vous écoute vous imagine déjà assassin ou violeur. Marveil n’échappe pas à la règle.
Une prison aux dimension d’une ville, dont le maître serait le directeur, dont les surveillants seraient les policiers et les habitants, tous des criminels.
A cinq cents mètres du centre-ville et des familles qui font leurs courses de la semaine, se trouvent les premiers grillages barbelés protégeant les remparts décrépis du monstre de béton à l’architecture étouffante. “Modèle du système carcéral français”, avaient-ils dit le jour de l’inauguration, en 1970.
Aujourd’hui ce n’est plus qu’une jungle de violence que les surveillants contrôlent de loin, sans oser pénétrer ni dans les cellules, ni dans la cour de promenade. Un milieu dans lequel le plus aguerri des salopards devient vulnérable comme une bulle de savon.
Et c’est dans ce chenil d’enrages que Nunzio Mosconi, dit Nano, vingt-deux ans, plutôt mignon, pas bien baraqué mais surtout pas du tout préparé, venait d’atterrir à la suite d’un braquage de bijouterie, pourtant réussi. Une bête histoire de montre de luxe numérotée qu’il n’aurait jamais dû porter. Une erreur de gamin, de novice.
[...] Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime.
Mauvais karma Nano.
Surtension, Olivier Norek

















