BibliothĂšque de Joyeuse - Jâai appris, avec le temps, Ă porter ma solitude comme on porte un manteau trop grand : avec une forme de maladresse touchante. Je veux que lâon devine, en me voyant, que je suis un homme qui a un coeur sensible. Pas seulement les mots, mais ce quâil y a derriĂšre. Les silences. Les hĂ©sitations. Les choses trop lourdes pour ĂȘtre dites.
Si une femme me regarde, je dĂ©sire qu'elle voit en moi un refuge. Juste un endroit oĂč poser sa tĂȘte, oĂč poser ses peurs, oĂč poser ses rĂȘves sans crainte quâon les brise.
Elle se mettrait Ă la table dâen face, ou peut-ĂȘtre Ă cĂŽtĂ© de moi, et je sentirais son parfum avant mĂȘme de lâavoir vraiment vue : quelque chose de doux, de vĂ©gĂ©tal, comme une forĂȘt aprĂšs la pluie.
Je ne lui parlerais pas tout de suite, peut-ĂȘtre jamais - trop timide et ce n'est pas nouveau ! Et puis, un jour, nos regards se croiseraient.
Je ne sais pas si elle existera, un jour. Peut-ĂȘtre nâest-elle quâun rĂȘve, et de mon besoin de croire que la beautĂ© peut encore advenir. Mais je continue Ă venir ici, Ă cette table, Ă cette heure, comme on va Ă un petit rendez-vous du bonheur.
Je crois aux rencontres qui mĂ»rissent lentement, comme un fruit au soleil. Ă celles qui naissent dâun regard, dâun sourire qu'on avait pas prĂ©vu.
Je ne sais pas si elle viendra. Peut-ĂȘtre que je ne la reconnaĂźtrai pas, quand elle sera lĂ . Peut-ĂȘtre quâelle passera Ă cĂŽtĂ© de moi sans que je lâaie vue. Mais je continue Ă croire que certaines choses sont Ă©crites, quelque part, dans un langage que nous ne comprenons pas encore.
Demain, peut-ĂȘtre, sera le jour oĂč tout basculera.













