Solastalgie, Montmorency, 2022
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Solastalgie, Montmorency, 2022

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Lueur d'espoir pour l'espèce
Ce qu'il y a de bien dans l'indifférence des gouvernements successifs à la sixième extinction de masse, c'est qu'on peut enfin sérieusement envisager d'en avoir bientôt fini avec la survie de l’herpès.
Etre ou ne plus être. Choix du siècle. L'anxiété climatique gagne de plus en plus de jeunes
Mal. Thomas, 30 ans, qui fait un master en journalisme, se sent "mal". "Envie de tout plaquer et aller vivre en communion avec la nature", nous dit-il suite à un appel à témoigner lancé sur notre site. De nombreux jeunes y ont répondu, exprimant chacun à sa façon son mal-être. Ou pas. Car tous ne voient pas nécessairement l'avenir en noir, même si, pour la majorité des témoignages recueillis, c'est bien le cas. Ceux-là souffrent, selon les termes, d'éco-anxiété, d'anxiété climatique ou encore de "solastagie", un terme formé à partir des mots solace ("réconfort" en anglais), désolation et nostalgie. Comme si l'on était dépossédé de son environnement. (Lire encadré.)
Déprime, désillusion, démotivation... Étudiant(e)s en psychologie, gestion, sociologie, biochimie, arts du spectacle, médecine, sciences économiques, journalisme..., elles et ils évoquent leur ressenti face au changement climatique. Parlant de déprime complète ou de dépression molle, découragement, désillusion, tristesse, fatalisme, anxiété, humeur en berne, difficulté de concentration, trouble du sommeil et cauchemars répétés, perte de confiance dans l'avenir, énervement envers ceux qui ne se sentent pas concernés, démotivation générale, scepticisme et agressivité à l'égard des politicien(ne)s, colère face à l'humanité dans son entièreté, phobie des tempêtes et des canicules, comportement agressif voire borderline avec les sceptiques... Ce sont autant de mots qui traduisent leur angoisse climatique. L'un dit avoir "une furieuse envie de construire des digues autour de ma maison" et éprouver des "difficultés à respirer (mon subconscient doit tenter de freiner ma production de CO2)", allant jusqu'à "ne presque plus bouger de chez moi pour limiter les comportements pas éco-responsables". Plusieurs aussi disent leur souhait de ne pas faire maintenant d'enfants dans ce contexte.
Exaspération des sceptiques climatique. De l'autre côté, il y a ce qui se disent excédés par l'omniprésence du sujet dans les médias, "l'endoctrinement", le "totalitarisme écologiste", la "manipulation", "l'escroquerie scientifique", la "paranoïa climatique", la "fumisterie". "La crise climatique n'existe que dans l'imagination des bonimenteurs et de scientifiques en mal de subventions. C'est une imposture", peut-on aussi lire. Ou encore: "Ce n'est pas la prétendue crise climatique qui m'inquiète, mais le totalitarisme qui se met en place au nom de cette hystérie climatique". Depuis quinze ans, la psychiatre Lise Van Susteren, qui exerce à Washington, se penche sur les effets du changement climatique sur la santé mentale. Selon cette Américaine, ce refus de reconnaître les risques potentiels est commun pour les personnes qui essaient de nier qu'elles sont aussi vulnérables". "Je n'ai en réalité aucune hésitation à dire que dans une certaine mesure, je crois que tout le tout le monde monde a maintenant de l'anxiété climatique", affirme-t-elle.
"Je crois que tout le monde monde a maintenant de l'anxiété climatique" Lise Van Susteren, Psychiatre à Washington
Les étudiants belges inquiets Dans les universités belges, ce phénomène est également observé. "Nous avons effectivement des étudiant(e)s qui consultent auprès de l'équipe santé de l'UCLouvain, en lien avec l'urgence climatique et les craintes/angoisses que cela suscite chez eux, nous dit Isabelle Decoster, attachée de presse de l'UCLouvain. Ils et elles ne viennent pas spécifiquement pour ces raisons-là mais la question de l'avenir de la planète est abordée lors de leurs entretiens psy. Un autre phénomène observé est la recrudescence des mémoires liés à l'urgence climatique." Même constatation à l'ULB. "Les étudiants viennent rarement consulter directement pour évoquer ce problème mais le phénomène est réel et apparaît en filigrane dans les entretiens, explique Muriel Evrard, responsable du service communication à l'ULB. Beaucoup d'étudiants militent ou sont impliqués dans des actions de lutte contre le changement climatique, certains évoquent des théories de fin du monde, d'autres parlent de leur rapport à la consommation, d'autres encore font le lien avec la question des réfugiés... Les interrogations sont nombreuses chez les sujets de nature déjà angoissée à la base quant à leur rapport à la société. On constate aussi qu'aujourd'hui, les étudiants ont plus besoin de soutien psychologique à l'approche de la fin de leurs études qu'au début, comme si le grand saut dans la société actuelle était devenu plus effrayant que la difficulté des études en elle-même."
Bientôt une étude Pour tenter d'y voir plus clair, en collaboration avec l'Université de Grenoble-Alpes, l'Université libre de Bruxelles va lancer une étude sur le thème de l'éco-anxiété. "On observe autour de nous un nombre croissant de personnes qui semblent être anxieuses pour le climat, nous dit à ce sujet Ilios Kotsou , maître de conférences à l'Université libre de Bruxelles. Raison pour laquelle nous avons voulu mener ce travail, d'autant que, à notre connaissance, il n'existe pas encore d'étude scientifique qui permette de bien comprendre le contexte de l'éco-anxiété dons les pays francophones (Belgique et Fronce). Il s'agira de voir quelles sont les personnes les plus affectées, quel est le lien entre l'anxiété, le bien-être et les comportements écologiquement responsables. Nous aimerions en effet mieux comprendre le lien entre le fait que l'on soit intéressé par le futur de la planète, que l'on ressente une forme d'anxiété pour l'environnement, et le fait d'avoir des comportements responsables, d'essayer d'agir. Nous voudrions aussi voir s'il y a des facteurs protecteurs qui permettraient de se protéger des effets potentiellement négatifs de l'anxiété tout en continuant à agir. Certaines études montrent en effet que cette éco-anxiété peut aggraver d'autres problèmes: stress, dépression, prise de substances addictives, comportements à risque..."
Source : La Libre Belgique - mardi 10 décembre 2019
L'éco-anxiété un moteur de mobilisation pour sauver la planète Colère, tristesse, abattement… Une nouvelle étude révèle l’accélération du phénomène d’éco-anxiété, l’inquiétude liée à la crise écologique, chez les jeunes du monde entier. Si ce phénomène paraît dramatique de prime abord, il est porteur d’espoir tant la nouvelle génération a une conscience aigüe de l'urgence climatique. On peut y voir un moteur de mobilisation… à condition que médias et politiques montrent qu’une alternative est possible.
"Nous avons besoin d'un nouveau récit positif qui nous inspire"
Sur le point de lancer une étude sur l'éco-anxiété, Ilios Kotsou, docteur en psychologie et maître de conférences à l'ULB, a répondu à nos questions.
Que vous évoque l'éco-anxiété? Je trouve le terme "éco-anxiété" réducteur car l'anxiété désigne généralement un sentiment diffus et sans objet concret. La peur, par contraste, est une réaction normale - et utile - face à un danger réel. En ce qui concerne les changements climatiques, il y a une partie de l'anxiété qui est plutôt une "éco-peur", relative à des problèmes existant bel et bien. En ce qui concerne les questions climatiques, la désinformation et le climatoscepticisme créent une confusion qui participe à cette anxiété. On se trouve alors dans une situation de flou. Or, nous avons besoin de savoir vers quoi on va pour nous mobiliser. Nous sommes des êtres de récit. Le modèle consumériste de la croissance débridée ayant montré ses limites, nous avons besoin d'un nouveau récit positif qui nous inspire à nous mettre en mouvement. Nous avons besoin de construire des images d'un futur désirable et durable.
La peur est-elle avant tout dirigée vers soi-même, les autres, la planète...? Tout à la fois? Assez étonnamment, une étude tend à montrer que si l'on se sent concerné par les plantes et les animaux, on éprouve davantage de stress. Une explication possible est que ces personnes ont une vision plus globale du problème, elles sont plus anxieuses car elles voient déjà les effets des désordres écologiques sur la biosphère. Se sentir concerné par la planète en général peut aussi induire un sentiment de contrôle moindre sur le problème. Nous savons que l'extinction des espèces est par exemple déjà là. Lorsque l'on se sent concerné par les autres ou par soi-même, les effets du climat apparaissent comme étant peut-être moins urgents.
Plusieurs sentiments sont mêlés: tristesse, impuissance, colère, désespoir... L'éco-anxiété est-elle forcément négative? Ressentir de la peur parce qu'il y a un danger est une réaction saine. Si l'on se trouve dans une situation de vrai problème, le manque, voire l'absence de peur peut s'avérer dramatique car on risque de ne pas agir. Éprouver un minimum d'anxiété est donc utile. Par contre, être submergé, dépassé par la peur aura un impact négatif sur notre santé psychologique et physique et risque même de nous paralyser. La question est donc: que faire de cette peur pour qu'elle soit davantage une motivation qu'un frein à nous mettre en action?
Cette éco-anxiété est-elle liée au fait de devoir faire le deuil du monde d'aujourd'hui? Oui je pense qu'il y a en effet de ça pour certaines personnes. Il y a comme une nostalgie du temps passé. On se rend compte qu'à la place de tous les rêves que l'on avait, on se trouve face à une catastrophe contre laquelle on a l'impression que l'on ne peut pas grand-chose. Comme si on devait faire le deuil d'un avenir meilleur. C'est peut-être aussi lié à cette pensée que l'humanité tout entière pourrait disparaître en raison de nos propres comportements destructeurs.
S'ajoute alors un sentiment de culpabilité? Oui, cela a du sens... Cette notion de culpabilité pourrait nous amener à réagir et à réparer les dommages que l'on a causés. Ce serait, dans ce cas, une émotion utile. Mais si l'on se sent coupable d'une chose pour laquelle on a le sentiment de ne rien pouvoir faire, ce sera très inconfortable émotionnellement. Et potentiellement négatif pour notre santé mentale. Si, de surcroît, il y a un sentiment d'impuissance, ce sera très difficile à vivre.
Que penser des personnes qui remettent tout en question, y compris le fait de faire des enfants dans ce contexte ? C'est compréhensible au vu de la teneur des informations auxquelles nous sommes quotidiennement exposés. Cela dit, cela montre peut-être aussi le niveau de pessimisme d'une partie de la population quant au devenir de la planète. S'il n'y a plus rien à faire, que l'avenir est irrémédiablement sombre, cela a-t-il du sens d'y inviter un enfant?
La surmédiatisation, qui est anxiogène, ne risque-t-elle pas de conduire à l'effet inverse, à la saturation? C'est un risque. Cela dit, dans les médias, on accorde aussi beaucoup de place aux discours climatosceptiques. L'important me semble-il, est d'être bien informé. Tout comme de trouver des solutions auxquelles chacun peut participer à son échelon. Car cela donne le sentiment que l'on peut faire quelque chose de positif et nous encourager à nous engager ensuite politiquement. ll me semble plus utile d'encourager et de valoriser l'engagement que de pointer les incohérences qui existent bien évidemment au niveau de certains comportements. Nous avons besoin de modèles positifs pour nourrir notre imagination et nous mettre en action vers un futur meilleur.
La Libre Belgique - 10 décembre 2019
Solastalgie (f.) ou éco-anciété Détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux.

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