CLASROOM LEARNING TIME - Chap. 04 : Eren â La criminalitĂ© au sein des murs - Partie 2
[ Texte en anglais : ici ( @tsuki-no-ura) ]
[ La sĂ©rie Classroom learning time rassemble des histoires qui traitent de sujets de sociĂ©tĂ© Ă lâintĂ©rieur des murs (la criminalitĂ©, le sel, la corruption, ...). Les histoires ont Ă©tĂ© publiĂ©es sur lâappli Au Smartpass en 2015 et les personnages concernĂ©s sont : Armin, Sasha, Hansi, Eren, Marco, Jean, Nile, Mike, Reiner, Annie, Hannes, Dita Ness, Ymir, Connie, LivaĂŻ, Marlowe, Mikasa, Grisha, Historia, Dot Pixis, Bertolt, Rico, Moblit, Dimo Reeves et Erwin. Seule la deuxiĂšme partie de lâhistoire dâEren et la premiĂšre partie de lâhistoire de LivaĂŻ sont disponibles en ligne. Source : ici ]
Une corruption qui court les rues
Dans lâancien siĂšge du Bataillon dâexploration, Eren et lâescouade chargĂ©e de le surveiller avaient passĂ© la matinĂ©e Ă nettoyer le vieux chĂąteau, oĂč ils logeaient temporairement. Ils sâĂ©taient ensuite retrouvĂ©s autour dâune table, une tasse de thĂ© Ă la main. Eren demanda :
« Hum⊠Pour revenir Ă la conversation de ce matin, Ă propos des enlĂšvementsâŠ
- Tu veux savoir ce qu'il advient des gens qui se sont fait enlever, une fois quâils ont Ă©tĂ© vendus ? Il est facile de deviner ce qui leur arrive en temps normal⊠Mais depuis quâon a abandonnĂ© le mur Maria, on dirait bien que le trafic dâĂȘtres humains est moins important quâauparavant⊠maintenant que jây pense, difficile de savoir ce que deviennent les victimes aujourd'hui. »
Un peu plus tĂŽt dans la matinĂ©e, ils avaient discutĂ© de lâincident qui Ă©tait arrivĂ© Ă Hansi : celle-ci avait croisĂ© la route dâun pickpocket, ce qui lâavait amenĂ© Ă mettre au jour une organisation criminelle active, laquelle Ă©tait impliquĂ©e, en outre, dans le trafic dâĂȘtres humains. Eren, quand il Ă©tait petit, avait lui aussi eu affaire Ă ces criminels : il Ă©tait venu en aide Ă Mikasa, qui allait visiblement se faire kidnapper par des trafiquants dâĂȘtres humains. Le jeune homme voulait alors savoir ce qui serait arrivĂ© Ă son amie dâenfance sâil avait Ă©chouĂ© Ă la sauver ce jour-lĂ âŠ
« Je nâai pas bien entendu ce que disaient les ravisseurs⊠Ils parlaient de vendre Mikasa dans la Capitale, ou quelque chose comme ça. »
Le matin, LivaĂŻ avait motivĂ© ses subordonnĂ©s Ă faire le mĂ©nage en promettant de leur donner plus de dĂ©tails sur le trafic dâĂȘtre humains Ă la fin de leur corvĂ©e. Il prit alors la parole, sa tasse de thĂ© Ă la main :
« Câest exact. Avant la chute du mur, certains riches aux mĆurs dĂ©pravĂ©es sâintĂ©ressaient Ă ces personnes⊠comme ton amie⊠qui sont de type asiatique et ont des yeux ou des cheveux d'une couleur inhabituelle⊠Il existe un marchĂ© noir pour lâachat de telles personnes. »
Petra frissonna et fronça les sourcils :
« Acheter et vendre des ĂȘtres humains... câest ignoble.
- Ouais, tu as raison, poursuivit LivaĂŻ. Ces trafiquants, ainsi que les victimes qui rĂ©ussissaient Ă fuir les riches auxquels elles avaient Ă©tĂ© vendues, se cachaient dans les Bas-Fonds de la Capitale royale⊠Je crois qu'on ne les traitait pas lĂ -bas comme des ĂȘtres humains : tout le monde les regardait de travers. Ton amie dâenfance, Eren, serait devenue le jouet de quelque riche si tu ne lâavais pas sauvĂ©e ce jour-là ⊠VĂȘtue de beaux habits, trimballĂ©e Ă droite et Ă gauche comme une poupĂ©e.
- Mikasa serait... »
Eren pĂąlit et grinça des dents. Erd, en voyant la rĂ©action de son jeune camarade, pencha la tĂȘte sur le cĂŽtĂ© :
« Caporal, qu'en est-il de ce trafic aujourdâhui ? MĂȘme si les victimes sont traitĂ©es comme des animaux, il faut de lâargent pour leur acheter de quoi manger et sâhabiller, nâest-ce pas ? A lâheure actuelle, depuis que le mur Maria est tombĂ©, certains individus qui Ă©taient riches avant se sont retrouvĂ©s sans argent ; il est possible que certains acheteurs ne soient plus en mesure de subvenir aux besoins de leur jouet.
- Parmi celles qui avaient Ă©tĂ© achetĂ©es, les victimes qui ne pouvaient plus ĂȘtre entretenues par leur propriĂ©taire ont pris part aux opĂ©rations de reconquĂȘte du mur il y a quatre ans⊠Pour reprendre les mots de ce vieillard, elles ont Ă©tĂ© sacrifiĂ©es pour rĂ©duire le nombre de bouches Ă nourrir. Câest rĂ©voltant⊠Mais si je me fie Ă ce que jâai entendu de la bouche de quelques riches qui font partie de nos mĂ©cĂšnes, câest bien ce qui sâest produit.
- Câest horrible, en effet. »
La conclusion morose de Gunther mit fin temporairement Ă la discussionâŠ
*
La journĂ©e fut terriblement chargĂ©e : marche dâentraĂźnement, nettoyage des parties du chĂąteau qui nâavait pas pu ĂȘtre fini en un jour, et expĂ©riences sur les pouvoirs de transformation dâEren.
Quand ils purent enfin souffler, les soldats se retrouvĂšrent Ă nouveau autour dâune table pour dĂźner. Puisque lâescouade dâHansi avait supervisĂ© ce jour-lĂ les expĂ©riences sur le jeune homme, elle Ă©tait Ă©galement prĂ©sente au repas.
« Au fait, dit Hansi, Ă propos de lâaffaire du pickpocket : Moblit a reçu un accusĂ© de rĂ©ception de la part des Brigades spĂ©ciales. Elles nous remercient dâavoir mis au jour cette organisation criminelle, et apparemment le chef du rĂ©seau se cache, pour une raison indĂ©terminĂ©e, dans les Bas-fonds de la Capitale royale. Il est fort probable quâune enquĂȘte plus poussĂ©e et Ă plus large Ă©chelle soit menĂ©e. Cependant, ce sont les Brigades spĂ©ciales elles-mĂȘmes qui vont sâen occuper. »
Toutes les affaires concernant lâordre public au sein des murs relevaient de la responsabilitĂ© des Brigades spĂ©ciales et de la Garnison. Le Bataillon dâexploration Ă©tait tenu en dehors de ces affaires. Le lieutenant dâHansi hocha imperceptiblement la tĂȘte en prenant la lettre que lui tendit nĂ©gligemment sa supĂ©rieure, avant de la mettre dans sa poche.
« Une enquĂȘte⊠qui va ĂȘtre remise aux mains de la fameuse PremiĂšre division des Brigades spĂ©ciales⊠Combien de temps avant quâils ne soient corrompus dans cette affaire ? Jâaimerais bien le savoir.
- Ils mĂšneront lâenquĂȘte jusquâau moment oĂč cela va gĂȘner les nobles, non ?⊠Ils sont obligĂ©s dâaller jusque lĂ s'ils veulent qu'on les achĂšte et que l'enquĂȘte leur soit bĂ©nĂ©fique. »
En entendant lâĂ©change moqueur de LivaĂŻ et Hansi, Eren demanda :
« Il y a une collusion entre les criminels et les nobles ?
- Ah, durant la formation des cadets, on vous parle du fonctionnement de la sociĂ©tĂ©, mais sans entrer dans les dĂ©tails, nâest-ce pas ?⊠Pour rĂ©pondre Ă ta question : câest exact. Je mentirais si je te disais quâil nây a pas de collusion entre eux.
- Pour la contrebande de produits sur le marchĂ© noir, lâassassinat de rivaux dans les affaires⊠de nombreux riches recourent aux services de criminels. Ces derniers Ă©tant des professionnels, il est trĂšs difficile de retrouver leur trace. MĂȘme si, par le plus grand des hasard, lâun dâeux se fait attraper, il lui suffit de feindre lâignorance la plus totale. Si des soldats un peu trop honnĂȘtes essayent de remonter jusquâau commanditaire, on verse alors de lâargent Ă lâensemble du corps dâarmĂ©e qui mĂšne lâenquĂȘte, sous la forme dâune donation. Ce procĂ©dĂ© est assez courant.
- Ah bon ? On laisse ces gens faire ce quâils veulent⊠et personne ne fait rien pour les arrĂȘter ? »
Eren Ă©leva la voix et donna lâimpression quâil allait bondir de sa chaise. Afin de calmer le jeune homme, Petra dit en soupirant :
« Je comprends ce que tu ressens, Eren. Cependant, mĂȘme si câest de lâargent sale, nous en avons besoin pour financer nos activitĂ©s. Par les temps qui courent, les coupes budgĂ©taires que subit le Bataillon dâexploration ne nous permettraient pas de mener Ă bien nos missions de façon indĂ©pendante... »
CalmĂ© par les paroles de sa camarade, Eren se tut. Il prit conscience que son objectif - le seul lui tenait vraiment Ă cĆur -, exterminer les titans, demandait aussi des fonds ; et que les individus quâil avait devant lui, Ă savoir LivaĂŻ, Hansi, et leurs subordonnĂ©s, ainsi que les autres hauts gradĂ©s du Bataillon dâexploration, travaillaient dur pour rĂ©colter cet argent.
*
« ...Est-ce qu'aujourd'hui jâai rĂ©vĂ©lĂ© Ă Eren trop d'informations qui peuvent le perturber ? » murmura LivaĂŻ au moment oĂč il croisa lâescouade dâHansi qui sâapprĂȘtait Ă retourner dans son campement pour la nuit.
Eren était parti se coucher lui aussi, et les subordonnés de Livaï avaient commencé leurs tours de garde pour le surveiller.
« Il allait apprendre ces informations tÎt ou tard. Qu'il les entende de cette façon ou d'une autre, qu'est-ce que cela change? »
Devant lâattitude dĂ©tachĂ©e dâHansi, LivaĂŻ fit clapper sa langue â non pas par agacement parce quâil avait posĂ© une question stupide, mais plutĂŽt Ă cause de la situation dans son ensemble.
« âŠLe jour oĂč Eren deviendra quelquâun dâimportant, jâespĂšre quâon vivra dans une Ă©poque oĂč les soldats ne seront plus obligĂ©s de sâĂ©craser et faire des courbettes devant ces satanĂ©s nobles. Car ce gamin en est bien incapable : il a une tendance Ă l'insoumission.
- Pareil pour toi : je suis sĂ»re que si tu nâavais pas Erwin et Mike pour tâĂ©pauler, faire les visites de courtoisie avec toi, etc, tu serais incapable de gĂ©rer les relations avec les nobles.
- Je nâai pas besoin dâentendre ça venant de toi, la Binoclarde, qui endors tout le monde avec des tirades Ă nâen plus finir sur le charme que dĂ©gagent les titans ! »
Moblit Ă©mit un « Oh ! » en sâinterposant entre Hansi et LivaĂŻ, qui sâĂ©taient lancĂ©s dans un Ă©change de rĂ©pliques sans fin. Il fit un bref salut et dit :
« Chef dâescouade, allons-y. Les chevaux sont prĂȘts.
- TrÚs bien. On se voit demain, Livaï. Je compte sur toi. »
Du haut de son cheval, Hansi ajouta en sâĂ©loignant :
« Enseigner Ă un petit nouveau les rĂ©alitĂ©s de ce monde, nâest-ce pas une chose formidable que tu rĂ©alises en tant que supĂ©rieur ? Je pense que tu ne dois pas tâen vouloir pour ça. »
En regardant, les yeux dans le vide, la lumiĂšre des torches qui sâĂ©loignaient, le soldat le plus fort de lâhumanitĂ© soupira et dit :
« Les rĂ©alitĂ©s du monde, hein ? Sâil nây avait que les titans, ce monde serait ennuyeux... Quel sujet compliquĂ©. »
Il tourna les talons et referma la lourde porte du chĂąteau.











