Du latin ritus. Le fondement, l'organisation, la dévotion.
Les rites fondent les sociétés, notamment les institutions morales et religieuses. Les rites, devenus profanes pour la plupart, avaient à l'origine une fonction spirituelle. S'ils sont appauvris de leur caractère sacré, ils n'en conservent pas moins leur rôle de socialisation et de sécurisation.
Les rites ont donc toujours une fonction spirituelle, sociale ou initiatique.
Au niveau spirituel, ils permettent d'exprimer, d’extérioriser et de manifester sa foi, sa croyance et sa dévotion. On les trouve particulièrement à l’œuvre dans les prières, les postures de méditation ou de recueillement, les fumigations, la gestuelle, les récitations sacrées, le jeûne et le pèlerinage.
Au niveau social, ils soudent le tissu relationnel, relayent les lois, et permettent le sentiment d’appartenance, notamment au travers des modifications corporelles : scarifications, tatouages, coiffures, mais aussi au travers des danses, chants, codes alimentaires, funérailles, mariages, etc. A l'époque moderne, la mode, mais aussi la consommation de masse ou le sport, avec ses supporters, ses hymnes et ses mascottes, remplissent la fonction sociale dévolue originellement aux rites sacrés.
Au niveau initiatique, ils instituent le passage d'un âge à un autre (notamment de l'enfance à la condition adulte) ou d'un état à un autre (du profane au sacré). Dans ce dernier cas, les rites comportent systématiquement une composante douloureuse, visant la transcendance, le dépassement de soi ou la mort symbolique. On peut citer, à ce propos, les marches sur des braises ardentes, les flagellations, les premiers combats, etc.
Si l'importance des rites est attestée dans toutes les traditions, le bouddhisme se démarque nettement de cette approche universelle, en contestant au contraire la valeur fondatrice du rite et en relevant son caractère aliénant. L'attachement aux règles morales et aux rites figure parmi les dix liens qui lient l'homme à sa condition insatisfaisante. Pour atteindre l'éveil, l'homme doit se libérer des rites, des principes et des cérémonies.
Lao-tseu prévient aussi contre les dangers de tenir les rites en si haute estime que l'homme en oublie l'essentiel, et finit par s'attacher plus à la forme qu'au fond.
A l'échelle individuelle, le fait de ritualiser recouvre une valeur positive car il permet la concentration et apporte la sécurité psychoaffective, par la répétition des mêmes actes ou des mêmes paroles. En revanche, si la ritualisation devient pathogène, elle prend une forme obsessionnelle et évolue du rite à la manie, jusqu'à alimenter les troubles obsessionnels compulsifs.
Corinne Morel, Dictionnaire des symboles, mythes et croyances, ed. L'archipel, 2004.