Shining, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.
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Shining, par Nicolas Prouillac pour RAGEMAG.

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Le langage et la poésie rendent l’être plus fort, et lorsque l’on y pénètre assez loin, on ne craint plus ni l’échec – qu’il soit social ou personnel - ni même les jugements moraux, ou tout ce qui peut contraindre l’esprit de l’homme à ne pas se laisser dénaturer par la politique, l’ambition dénuée de sens, la mode, le dogme… Toutes ces barrières tombent devant le Verbe et la poésie.
Lucio Bukowski pour Ragemag
C’est long, mais c’est important: l’entretien de Ragemag avec le sociologue Gérard Bronner, intitulé « Nous sommes des feignants intellectuels » est une de ces lectures qui mérite qu’on lui consacre un bon quart d’heure (merci, au passage, à Bertrand Dunogier sur G+ pour le partage). Oui, c’est long; j’avais prévenu.
Auteur d’un ouvrage récent intitulé La démocratie des crédules (il y a des fortes chances que je vous en reparle, du coup), Gérard Bronner parle dans cet entretien de la notion de démocratie, de religion, d’éducation, se politique et d’Internet. Tout ce que j’aime, quoi.
Surtout, il pose un certain nombre de concepts très intéressants, notamment sur le mécanisme de la croyance et sur la notion d’esprit critique. Une des citations qui m’ont marquées, dans l’entretien, est la suivante:
Le système éducatif devrait développer ce que l’on appelle l’esprit critique mais le vrai esprit critique, celui qui comprend qu’il y a un droit au doute, mais aussi des devoirs et en particulier celui de se méfier de ses propres intuitions.
J’ai été éduqué – comme sans doute beaucoup de gens de ma génération – dans la notion que l’esprit critique était important et une bonne partie de mon éducation, à partir du lycée, a consisté en la construction des outils pour cet esprit critique. Ce que dit Gérard Bronner, c’est que cela ne suffit pas de mettre en pièce un document, un écrit, une pensée, il faut être capable de reconstruire quelque chose par-dessus.
Il met là le doigt sur ce qui est un peu la face cachée de la culture contemporaine: une tendance à détruire les croyances du passé, mais sans la capacité de les remplacer par quelque chose d’utile pour la société et les individus d’aujourd’hui. C’est, si j’ai bien compris, une des raisons pour laquelle si la religion et la radicalité reculent, les croyances et superstitions sont elles toujours là.
Je ne vais pas résumer tout l’article. Il est trop long, trop dense, trop intéressant pour mériter qu’on le réduise à une version TL;DR. On y trouve une mine de réflexions passionnantes sur des sujets tels que la recherche (le paragraphe sur les Faucheurs volontaires est du genre à me faire réviser mes propres convictions) ou Internet et la mutualisation de la connaissance.
Certes, on pourrait dire que c’est une réflexion sur la réflexion, une sorte de masturbation intellectuelle et c’est peut-être bien le cas, mais d’une part je ne vois pas trop le mal qu’il y a à la masturbation, même intellectuelle, et d’autre part, vu qu’il y a visiblement des bugs dans notre façon de penser, je soupçonne que ça n’est pas si inutile que cela.
Et puis un article qui dit qu’il faut être critique vis-à-vis de l’esprit critique ne peut pas être totalement mauvais.
(Image par Frédéric via Flickr sous licence Creative Commons non-commerciale, partage dans les mêmes conditions)
Cet article L’esprit critique ne suffit pas a été publié initialement sur Blog à part, troisième époque.
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