Marco Bellochio rĂ©ussit Ă rĂ©sumer deux dĂ©cennies de mafia italienne en 2h31 de film, un exploit merveilleusement mis en scène autour du personnage principal de Tommaso Buscetta qui Ă dĂ©faut de ne pas avoir Ă©tĂ© le premier repenti, fut le plus cĂ©lèbre. Bien sĂ»r, mĂŞme si beaucoup de dĂ©tails sont donnĂ©s, beaucoup d’autres sont occultĂ©s et Bellochio se permet la libertĂ© de nombreuses ellipses biopictiques pour nous rendre cela un peu plus digeste. Tout commence au dĂ©but des annĂ©es 80 alors que la Pieuvre tente de calmer les dissidences au sein de son organisation en faisant signer ses diffĂ©rents chefs un traitĂ© de paix... Mais les corleonosi avec Ă leur tĂŞte Toto Riina ne l’entendent pas ainsi et tentent de prendre tout le pouvoir en essayant d’éliminer tous les pro-Palerme et leur famille. La première partie du film se consacre de façon assez efficace Ă ces diffĂ©rentes Ă©liminations tandis que Tommaso Buscetta se la coule douce avec son Ă©pouse et leurs enfants au BrĂ©sil, loin des massacres qui toucheront pourtant sa famille, notamment ses deux fils aĂ®nĂ©s. Le film prend toute son ampleur dans sa seconde partie, lors notamment des scènes de tribunal, vĂ©ritable théâtre, oĂą les mafieux se donnent en spectacle, les uns derrière leurs barreaux comme des animaux en cage et l’autre dans  sa cage de verre entourĂ© d’une armĂ©e de carabineri faisant barrage entre lui et ceux qu’il accuse. Tommaso Buscetta, jouĂ© avec brio par l’incontournable Pierfrancesco Favino, nous est prĂ©sentĂ© favorablement comme celui qui parle non par trahison mais pour dĂ©fendre un code d’honneur que ceux qu’il accuse auraient perdu: ce n’est pas lui le traitre, mais eux qui par ambition et/ou cupiditĂ© ont assassinĂ© les leurs. Les joutes verbales sont savoureuses, souvent drĂ´les en dĂ©pit de la gravitĂ© des faits. Seul l’attentat contre le juge Falcone, vĂ©ritable monument symbole de la lutte anti mafia en Italie, nous ressort de la Commedia dell’Arte qu’est ce maxi procès de Palerme pour nous ramener dans la rĂ©alitĂ© tragique.  Â