Neuroscience : vers une recherche durable
Le NewYork Times se penche sur un couple de chercheurs en neurosciences. Guidé par de hautes exigences éthiques et scientifiques, leur laboratoire est un symbole de la science de demain. Une science responsable.
 Ann Lam referme dĂ©licatement la glissiĂšre dâun mini frigo de laboratoire dans lequel elle vient dâinstaller une tranche de cerveau humain. Elle referme la lourde porte puis se dirige vers une rangĂ©e dâordinateurs afin de contrĂŽler son expĂ©rimentation scientifique.
Elle utilise un des microscope les plus sophistiquĂ©s au monde afin dâĂ©tudier la distribution des mĂ©taux lourds dans le cerveau dâun patient Ă©pileptique.
Les techniques habituelles dâinvestigations des tissus cĂ©rĂ©braux humains produisent des rĂ©sidus et des pertes nocives pour lâenvironnement. De plus elles sont souvent rĂ©alisĂ©es sur des animaux.
Une chose que le Dr Ann Lam veut Ă©viter Ă tous prix. Les radiations qui illuminent son microscope provenaient auparavant de dĂ©chets produits par des accĂ©lĂ©rateurs de particules. Aujourdâhui elles peuvent ĂȘtre utilisĂ©es, recyclĂ©es en quelque sorte et il est possible de les utiliser pour examiner les tissus humains, Ă©thiquement identifiĂ©s, prĂ©levĂ©s sur patients, et non plus sur animaux.
Des considĂ©rations importantes pour le Dr Lam. En effet, de nos jours,  beaucoup de scientifiques sâinquiĂštent que les neurosciences ne deviennent un « sale boulot », car encore trop souvent on retrouve dans les laboratoires des produits toxiques, des instruments dangereux et tranchants, et bien sĂ»r de malheureuses victimes animales.
De plus, la question de lâemploi et de la finalitĂ© des dĂ©couvertes se pose.
Le fait quâelles puissent ĂȘtre employĂ©es dâune maniĂšre inattendue, Ă des fins dangereuses est une prĂ©occupation rĂ©elle pour certains chercheurs.
Dâimportantes questions morales sont forcĂ©ment soulevĂ©esâŠ
 Un laboratoire de neuroscience guidé par la réflexion
En 2012, le Dr Lam et son Ă©poux le Dr Elan Ohayon ont donc fondĂ© le green neuro science laboratory, un laboratoire de « science verte » (« verte » dans le sens de « durable ») dans un ancien bĂątiment industriel aux environs de San Diego (Californie - USA). Des panneaux solaires sâĂ©tendent sur le toit, tandis quâun ravissant jardin occupe le deuxiĂšme Ă©tage.
Ce couple de scientifiques refuse lâexpĂ©rimentation animale, un des piliers de la recherche neuroscientifique, et refuse la recherche ayant une finalitĂ© militaire.
Notre rĂȘve est de crĂ©er un programme dâentraĂźnement Ă©ducatif «durable » en neuroscience dans lequel les participants pourraient vĂ©ritablement Ă©tudier lâĂ©thique, la philosophie et lâexpĂ©rimentation scientifique en mĂȘme temps.Â
Ă une Ă©poque oĂč les chercheurs semblent considĂ©rer lâĂȘtre humain comme une simple marionnette dotĂ©e de neurones, Ann Lam et Elan Ohayon recherchent avant tout des projets dĂ©montrant Ă quel point le fonctionnement du cerveau est reliĂ© Ă la volontĂ© et Ă la libertĂ© individuelle. Ils croient Ă©galement en la transparence et en un accĂšs plus ouvert Ă la science : ils souhaitent publier leurs dĂ©couvertes sans restriction, parfois mĂȘme en direct pendant le dĂ©roulĂ© de lâexpĂ©rimentation.
Des idĂ©es qui ont interpellĂ© la communautĂ© scientifique. Ce lab est un de ceux qui ont une chance de voir lâĂ©mergence dâune intelligence artificielle dĂ©clare Hava T Siegelmann, un professeur des sciences informatiques Ă lâuniversitĂ© du Massachusetts (USA).
Mais leur stricte opposition Ă lâexpĂ©rimentation animale a un prix.Â
Ils ne jouent pas le jeuÂ
dĂ©clare W. Mc Intyre Burnham, un neuropharmacologue de lâUniversitĂ© de Toronto (Canada). Ils reprĂ©sentent peut-ĂȘtre le futur, mais ils auront du mal Ă trouver des soutiens aujourdâhui.
Ce couple engagĂ© dans cette recherche durable a eu une prise de conscience en 2011, lors dâun voyage Ă Vancouver. Le Dr Lam sâinquiĂ©tait alors de la direction que prenaient les neurosciences. Ils nâĂ©taient pas les seuls, ainsi ils rejoignirent le neuro-scientifique Jay S Coggan et commencĂšrent par partager des bureaux au sein de son institut le neurolinx research institute. Le Dr Coggan de son cĂŽtĂ© avait depuis longtemps nourri une inquiĂ©tude sur « lâestablishement » de la recherche.
Un domaine dans lequel il devenait difficile de différencier la recherche académique du pur profit.
Il dĂ©marra son propre laboratoire de recherche avec son argent personnel et aujourdâhui se fait financer par des soutiens privĂ©s et diverses bourses de recherche.
 Une ligne de conduite « verte »
Son institut soutient une variĂ©tĂ© de projets allant de lâĂ©tude du sommeil des dauphins Ă lâexploration de nerfs humains endommagĂ©s par la sclĂ©rose en plaques.
Bien que pionnier dans la simulation informatique du systĂšme nerveux humain, il a pendant dix ans stoppĂ© net tout projet Ă cause des inquiĂ©tudes sur le devenir de ces recherches, notamment Ă de potentielles applications militaires. Chose quâil refuse.
Aujourdâhui de retour dans ses laboratoires, il sâassure que les dĂ©couvertes ne puissent ĂȘtre utilisĂ©es Ă mauvais escient. Nous devons considĂ©rer ces dĂ©couvertes de la mĂȘme maniĂšre que des armes de guerre.
LâĂ©quipe a dĂ©gagĂ© deux composantes essentielles Ă maintenir dans leurs projets : lâaspect familial et expĂ©rimental et de maniĂšre plus inhabituelle une ligne de conduite « verte » sur la maniĂšre de conduire la recherche de maniĂšre Ă©thique et dâen assurer une juste utilisation. Le Dr Mam et Dr Ohayon ont Ă©galement commencĂ© une sorte de tournĂ©e Ă travers les Etats-Unis afin de promouvoir ce nouveau paradigme. Faire des adeptes sera peut-ĂȘtre lâĂ©tape la plus difficile.
 Traduit, résumé et adapté par Arnaud Gavard
Source : http://www.nytimes.com/2015/01/06/science/research-with-a-scientific-and-moral-purpose.html?_r=0