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Demons of Iomedae by Vixgo
Tuareg en  la Possessio 2016Â
Iron Butterfly - Possession
Fantasme De La Boite De Soupe Campbell's...
Pour le commun des mortels, une boĂźte de conserve nâest en rien pornographique, je vous le rappelle simplement pour vous faire prendre conscience de lâĂ©tat phantasmatique de mon trouble. Mais si la boĂźte en elle-mĂȘme nâa aucune caractĂ©ristique sexuelle ou Ă©rotique, son contenu, lui, peut porter ce caractĂšre.
 Dans mon livre, la boĂźte de sauce tomate, câĂ©tait le « Bingo », un club Ă©changiste sĂ©lect, un endroit oĂč les corps sâĂ©tendaient, huilĂ©s par des lumiĂšres indĂ©centesâŠÂ
Je rentrais par la boĂźte. Il fallait que mentalement jâouvre le couvercle, et lâouvre-boĂźte nâĂ©tait rien dâautre que mon imaginaire. Dans la cuisine de ma dĂ©mence, entre le dĂ©sir et le rĂȘve, jâai tirĂ© le petit tiroir (qui se trouvait ĂȘtre le gardien de ma folie), jâai pris lâouvre-boĂźte que je trouvai lĂ . Jâai ouvert la boĂźte. Ă lâaccroche, dans le mĂ©tal du couvercle, au lieu de la Campbellâs Soup[1] qui aurait dĂ» me dĂ©gouliner sur les doigts ou mâĂ©clabousser le visage, jâentendis des sons lointainsâŠÂ Lorsque le trou fut assez grand, je mâextirpai de ma gangue folle et mâintroduisis dans la boĂźte. Un homme Ă lâallure de mauvais garçon, portant un perfecto trop court qui lui cintrait les Ă©paules me fit entrer dans lâantreâŠÂ  Au guichet, jâai dit le mot de passe, câĂ©tait un code stupide, une sorte de compliment pour Andy. James Dean a pris mon manteau, il lâa mis de cĂŽtĂ©, sur une table, et mâa enjoint Ă le suivre dans la cylindrique et seule salle du club.
 LĂ , Marilyn, sous Mao, Ă©tait en train de sâactiver dans la pĂ©nombre. Ils se vautraient tous deux sur un matelas circulaire, ils perdaient leurs attributs et leurs timiditĂ©s dans le moelleux de coussins dâor.
Je ne savais pas quoi faire. Je nâosais pas mâavancer, jâattendais en retrait.
 Pendant quâils sâenivraient dâhypocras et ne cessaient de se toucher dans les zones off limits de la biensĂ©ance, me parvinrent des cris de jouissance animale.
 Je rougissais de tant de bestialitĂ© dans lâapproche et le contact de ces deux monstres sacrĂ©s.  Mao, le visage impassible, poussif et en nage, chevauchait la croupe peinte de Marilyn.
Elle, soumise et offerte, Ă©cartait son anus pour que (comme on le rĂȘve en secret) lâhomme puisse entrer dans la partie Ă©troite et porteuse de lâespĂ©rance, de lâorgasme dĂ©fendu.
 Leurs sueurs Ă©taient couleurs, les pigments qui avaient servi Ă les crĂ©er se mĂȘlaient quand leurs visages ou quand le sexe de Mao tsĂ©-Toung entrait dans lâadorable aven.
Le lit lui-mĂȘme portait les empreintes anthropomĂ©triques[2] des corps. Impression de femmes peintes, ballet de vingt-deux heures, que Yves Klein de sa voix et de son silence ajustait. Face Ă moi : ces deux corps, unis, avec leurs sueurs vives, leurs couleurs Ă©lectriques, dans la dĂ©bauche de lâinstant. Je dĂ©couvrais Mao comme si jâĂ©tais son intime, câĂ©tait une stature, rien Ă voir avec la logique directe inscrite et inappropriĂ©e Ă cette heure, comme des Ă©ponges en ligne, des soldats de rĂ©serve prĂȘts Ă lâinspection de leurs armes, ce Ă quoi aurait pu faire penser une toile de Claude Viallat[3]âŠ
En arriĂšre de la scĂšne, James Dean, sâennuyant sans doute de lâordinaire du « Bingo », se branlait en regardant Ă lâaide dâun kinĂ©toscope des photographies de vaches sur fond de papier peint colorĂ©. Dans la salle et autour du matelas il nây avait que des chaises Ă©lectriques en bois, de solides sangles qui me poussaient dans ma rĂ©flexion Ă me demander quelle pouvait ĂȘtre leur fonction.
 Fouillis de lâaction !
 Mao faisait preuve dâune souplesse incroyable et dâune jeunesse qui mâĂ©tonna, Marilyn sous antidĂ©presseurs devait avoir un petit coup de barre parce quâelle ne gĂ©missait plus. Faisait-elle partie de ces femmes qui, lâobjet de leur dĂ©sir une fois conquis, cherchent dans le souvenir les Ă©clats dâune aventure passĂ©e ? Le pĂšre du peuple Ă prĂ©sent Ă©jaculait sur le matelas, mĂȘlait, mixait son sperme avec sa salive, avec les pigments humides de Mlle Monroe et ceux de son corps. Puis il esquissa dans le vide les formes dâune anatomie. Chaque fois que ses mains rencontraient les mensurations de ce squelette invisible, les diverses parties du corps apparaissaient peintes. Il essuya ainsi son sperme dans le vide qui se rĂ©vĂ©la bientĂŽt un jeune homme vigoureux et de grande carrure.
 Lorsque celui-ci apparut complÚtement, le Grand Timonier enleva son grain de beauté, en orna le gland du jeune homme, qui choisit ce moment pour hurler. Sa voix sourde claqua dans la boßte comme une balle propulsée dans le fût du canon de la révolte.
 â Le vide est la seule rĂšgle valable !Â
DĂšs lors, vous comprendrez donc que je ne puisse pas faire mes courses seul. Errer dans les rayons dâun hypermarchĂ©, ce serait croiser ces boĂźtes, ces clubs Ă©changistes qui enferment tout le salaire de lâorgasme, et je vous prie de croire que lorsque vous lisez sur les boĂźtes au rayon des conserves : saucisse de Strasbourg ou choucroute, il nâen est rien pour moi. Les modelĂ©s des toiles qui se cachent Ă lâintĂ©rieur partouzent Ă qui mieux mieux pour oublier quâelles ne sont que des reprĂ©sentations Ă©ternelles, quâelles ne pourront jamais connaĂźtre la mort, que le monde ne peut pas le concevoir.
Benoit Marie Lecoin.
Vivre : du latin vivare, ĂȘtre en vie, exister.
[1] Andy Warhol, Campbellâs Soup, Milan, Studio Marconi.
[2] Yves Klein, AnthropomĂ©trie de lâĂ©poque bleue, 1960, pigment pur et rĂ©sine synthĂ©tique sur papier montĂ© sur toile, 155 x 281 cm, Paris, musĂ©e national dâArt moderne, Centre Georges-Pompidou.
[3] Claude Viallat, Sans titre, 1978, Saint-Ătienne, musĂ©e dâArt moderne.

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