La minute de Mauvaise Foi : typologie du commentaire énervant sur une photo.
Facebook n'est ni deviant art, ni 500px et ni aucune autre communautĂ© artistique, et je sais pertinemment que baser ses attentes de retour critique dessus est illusoire. Seulement, des fois, on aimerait que les commentaires soient un peu moins bas de plafond... Quitte Ă ce quâil nây en ait pas du tout.
Souvent, l'abonnĂ© confond « page d'artiste » et « fabrique de photos de couverture sympas ». Quand il ne sâagit pas de retrouver sa propre trogne en photo de profil d'un parfait inconnu (vĂ©cu de nombreuses fois, sans aucun crĂ©dit bien entendu), câest le commentaire dâabonnĂ© qui fait ressentir au photographe un grand moment de solitude... et un sentiment dâincomprĂ©hension confortant lâimpression âdâartiste incomprisâ.
Petit tour dâhorizon.
La personne qui n'en peut plus face à tant de beaûûûté.
« Superbe », « sublime » (surtout quand le contenu figure une jeune nymphe Ă poil)... « gorgeous » voire « breathtaking » pour les version anglophones ; d'accord, ça vous la coupe... Mais Ă force d'en inonder CHAQUE image, les mots eux-mĂȘmes perdent de leur puissance. Et de leur superbe. Overdose.
Variante du mono-superlatif type « ça me la coupe » : le smiley « cĆur ». Sorti souvent sur les prises de vue crades et sombres ou qui sont censĂ©es amener l'esthĂšte Ă rĂ©flĂ©chir sur le sens profond de son existence.
Le gars Ă cĂŽtĂ© de la plaque.Â
Pourquoi s'échiner à décrire à cÎté de la photo ce qu'elle est censée représenter, amener, ses conditions de «naissance » ? L'expert en reformulation insistera pour dire que cette photo de poulpe prise au Grau du Roi l'été dernier dans des conditions techniques difficiles se veut une représentation post-moderne du Kraken.
AprĂšs tout, vous n'ĂȘtes que le photographe et n'animez l'image que d'intention, celui qui la fait rĂ©ellement, c'est le public et son regard, n'est-ce pas ?Â
Commentaire rédigé dans une grammaire des plus bancales le plus souvent.
L'enfant gĂątĂ©.Â
Imaginez. Flùnant dans un marché, ça vous viendrait à l'esprit de venir sous le nez du boulanger, dire comme s'il n'était pas là « JE VEUX TROP CE SACRISTAIN PUTAIN CHUIS TROP JALOUX» et repartir ? Sous le fallacieux prétexte que nous sommes sur facebook, certains se le permettent.
Expert lui aussi en grammaire, son commentaire, intrusif, dĂ©barque sans dire bonjour ni au-revoir pour Ă©crire directement « je veux [insĂ©rer l'objet de convoitise : la tenue, la plastique du modĂšle...] » Se croit dans un magasin. Si vous avez le malheur de la ramener, vous reprochera de mal prendre ce qui devrait ĂȘtre un compliment... Car si ça n'a l'air de rien une fois, deux fois... A la longue, ça finit par ĂȘtre pĂ©nible.
Le but dâune photo nâest absolument pas de faire baver autrui comme sâil Ă©tait devant une vitrine, mais plutĂŽt lâinviter Ă plonger...Â
Fait immanquablement ressortir une sensation de malaise.
Le poke.Â
Le commentaire le plus décevant au monde. Vous vous attendez à la critique du siÚcle, et c'est un inconnu complet qui cite précédé d'un @ le nom d'un de ses copains pour qu'il puisse voir la photo, au lieu de la lui partager. Bonjour, merci, au revoir.
Vous vous Ă©chinez depuis un mois Ă prĂ©voir ce shooting sur un aspect de la mythologie Nordique qui vous passionne, le travail en amont de recherche sur la question a Ă©tĂ© considĂ©rable. Vous ĂȘtes fier de votre travail, qui semble avoir payĂ©. Pour qu'un crĂ©tin compare ensuite dans un commentaire votre allĂ©gorie de Loki avec la reprĂ©sentation de Marvel. Fail.
(Alors si vous me croyez pas, on m'a déjà fait remarquer qu'une de mes dryades était un « cosplay raté de Groot » Ah, d'accord.)
Allez on arrĂȘte lĂ les mĂ©disances ; derniĂšre goutte de mauvaise foi âau moins, câest quâelles plaisent, tes photos !â