Autoportrait dâun abruti rigoureux.
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Autoportrait dâun abruti rigoureux.

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LâamputĂ© : partie 6
Je me suis rĂ©veillĂ© aujourd'hui dans la cuisine avec un sale mal de ventre. Sous l'emprise de cette peine, je me suis rendu Ă ma chambre. LĂ -bas, j'ai consultĂ© la penderie. Jâai dĂ©crochĂ© de son cintre une robe en flanelle bleue pour ensuite la vĂȘtir. Je me considĂ©rai alors quelques instants dans cette tenue par la rĂ©flexion du miroir sur pied sis Ă cĂŽtĂ© de mon armoire Ă chaussette. AdhĂ©rant Ă la convenance de mon image, jâai tirĂ© la poignĂ©e du tiroir de ma table de nuit pour en sortir un sac banane en similicuir que jâattachai autour de ma taille. Jâai dĂ©zippĂ© la fermeture Ă©clair du sac et aperçu un neuf millimĂštres chargĂ© dedans. Je remarquai alors que je ne me trouvais pas dans ma chambre, mais bien au dedans dâun magasin de lingerie fĂ©minine. Jâavais un objectif bien prĂ©cis Ă remplir; je ne me souvenais pourtant pas de ce Ă quoi il se rattachait. Je savais cependant que jâavais refermĂ© mon sac banane et que mon arme Ă©tait dissimulĂ©e sous la denture de la tirette; bien Ă lâabri des soupçons. Deux femmes vinrent mâaborder pour que jâessaie des vĂȘtements. Elles me firent pĂ©nĂ©trer dans la salle dâessayage, qui Ă©tait en faite une large piĂšce, ouverte au public, sans le moindre miroir, simplement meublĂ©e par des fauteuils semblables Ă ceux des magasins de chaussure. Elles me forcĂšrent Ă mâallonger sur lâun des siĂšges et se mirent Ă me tripoter dâune maniĂšre qui insinuait quâelles cherchaient quelque chose sur moi. Je craignais quâelles ne dĂ©couvrissent la vĂ©ritĂ©. Lâune dâelles mit la main sur mon sexe. Elle sâĂ©criait subrepticement : «elle est armĂ©e!» Elles se parĂšrent alors toutes deux de leurs mitrailleuses lĂ©gĂšres. Je levai les mains dans les airs. «LĂšve-toi et jette ton arme par terre.» Ordonna lâune dâentre elles. Je me dressai alors et ouvris le sac banane. Le bruit provoquĂ© par la fermeture Ă glissiĂšre sâaccompagna par le son dâune Ă©claboussure ; mon pĂ©nis venait tout juste de chuter sur le sol; il gigotait tel un vermisseau spasmodique.
*
Je me suis rĂ©veillĂ© en embrassant ma main gauche. Elle mĂ©rite quelques soins particuliers vu qu'elle ne me sert presque jamais; je veux la prĂ©server au cas oĂč je perdrais lâusage de ma main droite, celle des manipulations courantes. Cette derniĂšre, justement, tenait le rĂ©cipient qui contenait mes pilules. J'ouvris, et me servit mon remĂšde. Les murs de ma chambre sont noirs avec des coulisses blanches. Je crois qu'il s'agit de la rĂ©sultante de la mixtion entre l'humiditĂ© et les composantes de la peinture. Je ne peux pourtant pas m'en assurer. J'avais encore sommeil. J'ai dĂ©posĂ© mon carnet en espĂ©rant m'assoupir.
Paroli Collage # 103
Marmelade en peau de crĂšme Ă rasoir qui tranche ta ratte.
Autoportrait (incomplet) Ă lâĂąge supposĂ© de 109 ans, oĂč je dĂ©montre mon incroyable musculature.
FLEX
Au sortir de la douche, il sâĂ©tancha un brin avant de se diriger vers son salon dâexercice; â Ă lâintĂ©rieur de son condo â nippĂ© dâun jupon de serviette. LĂ -bas, une Ă©norme piĂšce lâattendait. Des miroirs, convenus pour les contemplations, Ă©taient encastrĂ©s dans les murs. Mirant sa rĂ©flexion, il se dĂ©pouilla de son linge â il se fripa Ă ses pieds â et il sâinfatua, comme Ă chaque matin, devant les supinations et pronations de son impressionnante musculature. Il serrait les dents et grognait contre les bellissimes luisances qui enrobaient son corps dâĂ©bĂšne irrĂ©sistible. La serviette le gĂȘnait; il la fit planer vers la barre de son bench oĂč elle sây Ă©tala comme un charme. Il se reprisa alors dans lâadmiration de son culte. Il pivota de chaque talon, se considĂ©ra sous tous ses angles jusquâau moment oĂč sa pine devint violemment jackĂ©e. Ses Ă©rections Ă©taient si brutales que, lors de sa jeunesse, son membre sâĂ©tait Ă©rigĂ© Ă un niveau oĂč la peau nâarrivait plus Ă le suivre; la bande striĂ©e qui liait le gland au prĂ©puce se dĂ©chira; les dommages entrainĂšrent la circoncision. DĂšs lors, son sexe dĂ©calottĂ© en permanence ne lui occasionnait plus le moindre souci.
Il se remembra soudain de lâengagement du jour. Il se dirigea vers la chambre. Il sâaccoutra dâune camisole blanche et dâun short de sport gris; il se chaussa dâune paire de pompes rouges. Ensuite, dans la cuisine, il se bĂąfra dâune omelette constituĂ©e de six Ćufs, de quatre toasts secs; il but une cruche de jus maison Ă base de baies et de protĂ©ine de chanvre, ainsi quâun humble verre dâeau â nâoublions pas les rudiments.
Il retourna ensuite devant la glace, assura son prestige et sortit dehors.
Le lieu de tournage se situait non loin de son domicile. Dans la circonstance, il profita de lâoccasion pour se taper un jogging; â un privilĂšge bien inusuel depuis lâenvolĂ©e de sa carriĂšre; les petites heures matinales prĂ©valaient sur son horaire de travail. Il redoutait nĂ©anmoins les contrecoups de son dernier contrat qui avaient abdiquĂ© ses atouts au profit dâune exploitation des plus ridicules. La pub en question gratifiait la gamme de boisson de la marque Ghetto-Raid ©. Il interprĂ©tait le rĂŽle dâun truand, affublĂ© dâun costume de bouteille avec une Ă©tiquette rouge, qui combattait au sein de sa crew : Les Cerises MallarmĂ©; qui menait une inlassable lutte contre lâhorrible bande rivale : Les Framboises bleues de LautrĂ©amont; inutile de mentionner le coloris de leur Ă©tiquette. Lors des confrontations, on apercevait lâapollon en train de balancer un cocktail Molotov sur une bagnole. Ă la fin, toutes les bouteilles se trouvaient Ă©talĂ©es sur le bitume et un beat de LL Cool Juice annonçait le slogan : «Ghetto-Raid © : une explosion de saveur.»
Cette expĂ©rience incarnait pour lui lâultime bĂ©vue de sa carriĂšre, et pour peu dire, sa rĂ©putation en prit un sacrĂ© coup; Ă un point tel que lâacteur dĂ©mĂ©rita la convoitise des plus grands producteurs qui, jusquâalors, se disputaient entre eux pour se lâapproprier au sein de leurs productions. La victime de cet opprobre imputa la responsabilitĂ© de cette faute Ă lâingĂ©rence de son agent. Ce dernier lui implora son pardon. Il lâacquit difficilement puisque, en surcroĂźt des retombĂ©es nĂ©fastes dans le domaine professionnel, la sĂ©quence oĂč son client figurait Ă©tait devenue emblĂ©matique. On lâillustrait, entre autres, Ă la une des tabloĂŻdes et sur dâinnombrables panneaux routiers; on le reconnaissait dans la rue et on singeait ladite scĂšne sans la moindre vergogne.
Il dĂ©banda enfin; de dĂ©ception, mais quand mĂȘme. Sa verge demeurait collĂ©e sur sa cuisse. Il poursuivit nĂ©anmoins son entrainement en longeant les rues chatoyantes de lâaube qui ingĂ©rait sournoisement les bribes de la nuit, routes qui lâamĂšneraient jusquâĂ son contrat de la journĂ©e.
Il parvint finalement, au terme de sa course, Ă lâun des terminaux du monorail de la ville. LâĂ©quipe technique parachevait dĂ©jĂ les prĂ©paratifs convenus pour le filmage de la publicitĂ©. Un bonhomme pansu aborda la vedette par une poignĂ©e de main conviviale qui suivit les salutations; il sâagissait du metteur en scĂšne, le rĂ©alisateur, le directeur en chef du projet. Il accompagna son histrion jusquâĂ la voie ferrĂ©e et lui annonça ceci : «Bon, le concept de la pub câest que malgrĂ© toutes les innovations technologiques, lâhomme surpasse encore aujourdâhui les prouesses de la machine. Pour que la postĂ©ritĂ© puisse tĂ©moigner en faveur de ces paroles, il faut que les membres actuels de notre collectivitĂ© poussent leur potentiel humain jusquâau summum de leurs aptitudes. Ce faisant, lâhomme doit maintenir une santĂ© du corps qui accroit au rythme des avancĂ©es technologiques; il doit adhĂ©rer Ă la franchise âIDIDASS ©â pour atteindre un tel but. Tu comprends?» Son vis-Ă -vis acquiesça dâun hochement de la tĂȘte. Le ventru exprima un sourire complice et poursuivit en ces mots : «Pour illustrer tout ça, tu vas devoir faire quelques pompes sur les rails qui sont devant nous. TâinquiĂštes, nous avons avisĂ© les responsables des lignes de transport pour quâaucun train ne vienne interrompre le dĂ©roulement du tournage. (Il observa, succinctement Ă son monologue, lâaccoutrement de lâacteur) Tu portes dĂ©jĂ notre produit Ă ce que je vois. Ăa te va bien le rouge! Va voir le mec au cosmĂ©tique (il dĂ©signa du doigt un type Ă lâallure tendance qui sâamusait avec son tĂ©lĂ©phone portable.) Il va embellir ce qui est dĂ©jĂ fantastique. On commence dans cinq minutes.» Le verrat sâĂ©carta alors pour rejoindre le chef opĂ©rateur pour rĂ©viser la planification des diverses prises de vues. Le comĂ©dien se dirigea vers le maquilleur. Rendu au salon ambulant, le fantoche dĂ©virilisĂ© depuis lâatteinte de sa pubescence â Ă©poque oĂč il conscentit Ă se casser les poignets â rempocha son tĂ©lĂ©phone et convia son modĂšle Ă prendre place sur le fauteuil devant la coiffeuse. DĂšs que son modĂšle fut assis, le grand clerc des pots de crĂšmes employa son pinceau Ă poil doux afin de lui appliquer un fard aux teintes de paritĂ© Ă sa carnation. Lors de cette session, ledit peintre commĂ©ra Ă propos de potins sans intĂ©rĂȘts qui sâeffaceront de sa mĂ©moire lorsquâune prochaine nouvelle, dâautant plus incroyable, paraitra sur la tribune quâil fĂ©tichise; ce nâĂ©tait quâune question dâheure avant que cela ne se produise. Au dernier coup de pinceau, lâartiste libĂ©ra son invitĂ©; il retourna devant la voie ferrĂ©e, faute de savoir oĂč se mettre.
Le rĂ©alisateur dĂ©clara inopinĂ©ment, Ă lâaide de son porte-voix : «Bon, tout le monde en place.» Lâadonis sâinstalla Ă plat ventre sur les rails. Des pas retentirent avant lâimmobilitĂ© totale. Les camĂ©ras roulaient. Le bonhomme dit alors au plus beau de ses pions: «Montre-nous combien de pompe tu peux faire de suite.» Ă l'entente de ces termes, lâĂ©talon se mit Ă pousser le sol avant de le ramener vers lui, plusieurs fois, en suivant les indications cadencĂ©es du directeur, qui, lui, lâencourageait avec la vivacitĂ© dâun entraineur chevronnĂ©.
Le grondement dâun vĂ©hicule lourd, semblable au grincement des locomotives sur les rails, vibrait dans lâair, lâemplissait dâune impression de mort imminente. Il interrompit ses flexions alors que la panique sâempara des membres de lâĂ©quipe technique; chacun dâeux le suppliait pour quâil se distancie de ce qui pourrait devenir le havre de ses derniĂšres gloires. Il demeurait pourtant lĂ : transi sur place. Il considĂ©rait de part et dâautre la terreur qui tailladait le visage des gens alentour. Il plaqua ses paumes contre ses oreilles. La cacophonie lui donnait envie de hurler Ă son tour; il ne le fit pas; il continuait dâobserver, lâair indiffĂ©rent. Mais, le bruit cessa. Lâaccalmie permuta lâangoisse gĂ©nĂ©rale; elle cĂ©da Ă lâĂ©tonnement, Ă lâincomprĂ©hension de ce qui venait de se passer. Le metteur en scĂšne rompit le silence en vocifĂ©rant dans son cĂŽne amplifié : «Putain! CâĂ©tait quoi ça, sacrĂ© bordel?» Le zig responsable de la prise de son fit un pas vers lâavant et lui rĂ©pondit : «Heum⊠câest moi. Jâai fait jouer le bruit dâun train dans les moniteurs. Vous savez⊠comme ça je vais savoir quand je devrais mettre le train lors du montage Ă lâimage.» Le baquet le dĂ©visagea, lâair grave, et lui rĂ©pliqua : «On nâest pas sur un plateau de tournage, pauvre tarĂ©, on est dans le vrai monde; lâimprĂ©visible monde. Le gars sur les rails risque sa vie en ce moment. Tu sais pourquoi ? Parce que dans ce monde, il y a des raclures qui se foutent de la vie des gens lorsquâil vient le temps de faire valoir leurs propres intĂ©rĂȘts. Quâest-ce qui me dit que le mec en charge de la circulation du monorail a rĂ©ellement suspendu le transport de ses wagons? Quâest-ce qui me dit quâil nâest pas un sombre imbĂ©cile, comme toi, qui se dit : (il chine un air de demeurĂ©.) Jâessaie juste de faire mon travail.» La victime de lâopprobre baissa les yeux et balbutia : «Je... je suis dĂ©solĂ© mon... monsieur...» InĂ©branlable, lâautre reprit : «Moi aussi je suis dĂ©solĂ© dâavoir un tel irresponsable dans mon Ă©quipe. Va-tâen! Ton assistant va prendre la relĂšve.» Lâhomme sâĂ©clipsa, visiblement humiliĂ© alors que son assistant, qui dĂ©ployait un franc sourire depuis sa rĂ©cente promotion, sâempara des commandes de la console de son. DĂšs lors, le travail reprit. Il y eut deux prises puis le tournage prit fin. LâĂ©quipe technique sâapplaudit alors en constatant lâexploit dâavoir respectĂ© le dĂ©lai imposĂ© par les producteurs pour le filmage de la pub. Lâacteur se rendit vers le cinĂ©aste, lui serra la main, et ils Ă©changĂšrent des au revoir courtois.
Le mannequin dĂ©vala lâescalier claquant pour aboutir dans le couloir piĂ©tonnier.
Il joggait.
Le ciel arborait son astre en ignescence; il drapait la ville dâun voile radieux; il rompait la lueur monotone du nĂ©on des rĂ©verbĂšres. Bien que lâhorizon paraissait plus clair, lâhomme ne semblait pas conscient de lâendroit oĂč il se dirigeait.
Il joggait, tout simplement.
Le vrombissement du train de tout Ă lâheure rĂ©sonnait encore dans sa tĂȘte. Il ne parvenait pas Ă sâexpliquer pourquoi cela lui donnait envie de courir plus vite, de se dĂ©penser, de se brĂ»ler; dâĂ©clater.
Il courrait.
Il sentait ses vaisseaux sanguins qui pulsaient jusquâĂ sa tĂȘte, lui donnant, par le fait mĂȘme, lâimpression de devenir plus fort, bien que les Ă©lĂ©ments qui figuraient dans son champ de vision, rĂ©trĂ©ci par la vitesse, lui paraissaient dĂ©formĂ©s, tordu, et lui inspirait des vertiges. Les immeubles serpentaient en lâair comme des nuĂ©es grises qui Ă©manent dâun incendie; elles se volatilisaient Ă lâarrivĂ©e de la prochaine intersection.
Il peinait Ă voir devant lui. Il sâen rĂ©jouissait.
Il constata alors quâil venait tout juste dâentrer Ă lâintĂ©rieur de son appartement; il sâen surprit lui-mĂȘme. Le bruit du train demeurait dans sa tĂȘte. Lâhomme arpentait de long en large le salon. Sans arrĂȘt. Dans tous les sens. Le plancher sourdait comme la proie qui couine au fond dâun sac; et le train revenait, fier et puissant. Tout ce bruit⊠Lâenvie de hurler appesantissait son ĂȘtre. Mais que pouvait-il faire? Se livrer Ă ses pulsions? Non⊠les gens sont trop suspicieux; ils croiraient Ă un cri de dĂ©tresse, un appel Ă lâaide. Or, il nâen voulait pas de leur aide, valait mieux se taire.
Il se rendit dans la cuisine. Il prit un couteau à désosser. Il se rendit dans le salon.
Il enleva sa camisole. Par le reflet des miroirs, lâon pouvait mirer son torse nu. Il se mit Ă se taillader le bide pour expulser les cris enfouis dans ses tripes, prenant bien soin de contempler sa rĂ©flexion lors de lâacte. La premiĂšre coupure lâemplit dâun soulagement teintĂ© de honte. Il sâĂ©coulait par terre comme lâĂ©nurĂ©tique qui se purge Ă la goutte. Lors de cette mutilation, il nâentendait plus rien, Ă lâomission des battements de son cĆur; ils dodelinaient sa conscience, le projetaient dans un Ă©tat hypnagogique â sans le moindre sommeil pourtant. Lors de cet instant, il eut lâimpression de se volatiliser, de disparaĂźtre; mieux : de ne jamais avoir existĂ©.
Quand il reprit le contrĂŽle, il sâest vu, le sang Ă©talĂ© sur le ventre. Le bourdonnement revint Ă©galement pour gĂąter les choses. Il voulait prendre son coupe-ongle et sâarracher le bout des seins. Il se ravisa, mais dâautres idĂ©es du genre lui traversaient lâesprit. Il voulait croquer le crĂąne dâun nourrisson, le vider et se servir du trou pour couler un bronze dedans. Il voulait Ă©charner une vieille peau avant de lâĂ©chauder dans une Ă©tuve brulante. Il se refit une entaille au ventre, mais nâĂ©prouva rien. Il voulait foutre le feu Ă un ramassis dâimpotents vautrĂ© sur le sol comme des morues qui frĂ©tillent hors de la flotte, les branchies assoiffĂ©es.
Il voulait vomir.
Il sortit dehors; câĂ©tait la nuit. Il portait un T-shirt noir pour lâoccasion.
Il courait et autour : les complexes bétonnés;
il courait au ferraillement des turbines;
il courrait les rails grinçaient des dent;
il courrait encore nulle-part; personne ;
il courrait et son ventre dégueulait du fer de grenat;
il⊠se trouvait dans une station de mĂ©tro. Un quĂ©mandeur, au visage excoriĂ© par les radiations du soleil, croupissait de faim â la gueule ouverte pour gober les mouches â sur les tuiles entachĂ©es par sa chiasse. Lâacteur lâaurait Ă©masculĂ©. Par la suite, il lâaurait contraint au geste du sodomite en lui incĂ©rant de force lâorgane Ă©nucléé dans sa tuyauterie grumeleuse; juste pour voir le visage dâun porc qui se vire Ă lâenvers comme sâil sâengloutissait lui-mĂȘme en entier avant de se dĂ©glutir en une masse de chair informe; juste pour voir lâimpossible.
Avertissement signalétique.
Mais il se dit : pourquoi dĂ©truire le monde si lâon peut se dĂ©truire soi-mĂȘme.
Les rames firent rĂ©sonner le carrelage, mais le comĂ©dien nâen eut pas connaissance. Il ressentit la vibration des rails sur sa poitrine. Le vĂ©hicule passa et lâaffamĂ© entendit une Ă©claboussure qui lui rappela le bruit dâun hamburger qui tombe par terre. Lorsquâil guetta aux alentours, il nâaperçut rien dâautre que les passagers du mĂ©tro qui gagnait le sol du terminal.
Le lendemainâŠ
Rien.

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LâAmputĂ© : 8e Partie
Il nây a plus rien de comestible dans mon appartement. Il est inscrit dans mon cahier que jâai mangĂ© des cornichons il y a cinq jours de cela. Je me nourris, depuis ce temps, exclusivement des peaux mortes qui couvrent mon scalp. J'ai du sang dans les yeux; ils me dĂ©mangent. Jâignore pourquoi je ne me suis pas dĂ©cidĂ© Ă faire les courses lorsque jâai rĂ©alisĂ© la pĂ©nurie des vivres. Maintenant que jây pense : il est trop tard pour moi. Je ne tiens plus debout, mes jambes sont trop frĂȘles, et jâai du mal Ă respirer. Les pulsations de mon coeur font craquer mes cĂŽtes. Mon nombril sort de mon ventre comme si on avait soufflĂ© dedans. Mais je ne me sens pas plus lĂ©ger; je me dĂ©sagrĂšge, je file dans lâatmosphĂšre comme la poussiĂšre balayer par la bourrasque. Jâatteins lâinexistence.
Lundi
Les vitupĂ©rateurs dâune cause absurde ont lapidĂ© ma pierre tombale avec des Ă©trons congelĂ©s.
Dimanche
Les cygneaux voguent sur les ondes cristallines ; elles se dissipent Ă la relĂąche des palmes comme si la flotte cĂ©dait Ă un mutisme sidĂ©ral. Il console les proches de ceux qui furent le gibet des crimes de guerre. La noise et sa cadence machinales : elle revient avec les rĂ©miniscences de cet instant qui martĂšlent les tripes; cette scĂšne, si chĂšre et terrible, oĂč le visage de ceux qui engendrĂšrent le deuil se rompait sous les coups ; leurs yeux ressemblaient Ă ceux de l'antilope qui agonise, le cou empiĂ©gĂ© par les crocs du fĂ©lin. Les derniers souvenirs, bien que malheureux, que l'on a d'une personne se gravent Ă jamais dans la mĂ©moire. Pourtant, lâon craint un passĂ© volatil et lâon porte en soi le fardeau de la honte en croyant que, un jour, les trĂ©pas se volatiliseront hors de notre insignifiante histoire.