Un caillou dans la chaussure – Mathieu Tazo
Un caillou dans la chaussure – Mathieu Tazo
Mathieu Tazo nous fait marcher 300 pages avec un caillou dans la chaussure et, évidemment, ça fait mal aux pieds. Un coup à boiter et choper des ampoules ! Pour le reste du corps, en revanche, ce sera un plaisir délectable.
SILENCE LES GRILLONS ! Ce roman est une comédie humaine cynique, une étude des mœurs amère mais joviale et jubilatoire. Un polar blanc. L’histoire apparaît simple et fluide au premier abord mais se densifie dangereusement au fur et à mesure que les chapitres se déroulent. L’auteur nous fait découvrir des coulisses politiques carnassières qu’il mêle à une ironie mordante sur les rouages de notre société. Il décortique pour nous l’art subtil de la manipulation.
La plume est audacieuse, caustique, pétulante, gracile, tranchante. Un poil à gratter divin au ton léger et feutré. Les mots ne manquent pas pour célébrer ce festin proposé par l’auteur.
Quand au lieu de l’action, le Var et son village de Barjance, c’est comme une pinède prête à s’enflammer au premier crissement d’allumettes. Et évidemment, le livre est rempli d’apprentis pyromanes…
Tazo met de la distance dans son récit à la première personne, Il égrène un humour froid, pince sans rire, se moque de lui-même. Il y a du Houellebecq humaniste (un oxymore bien sûr) chez Mathieu Tazo. Cette manière distanciée de se moquer de tout, des autres et surtout de soi est un petit régal qui fait mouche (bzzzzzz).
L’auteur te tend les bras, tu t’approches au son doucereux de sa voix et là il s’en va butiner ton âme de lecteur. L’extase ! Entre les anagrammes et les allégories utilisés par ses personnages, c’est un bain de jouvence et de truculence qui s’offrent à toi. Un bain moussant aux huiles précieuses.
Le livre est ponctué de phrases drôles, malignes, insolentes même : “Ma femme, ça l’agace ce raisonnement, elle dit que c’est du fatalisme et que le fatalisme n’est que le fils caché de la paresse, que la paresse est la fille adoptive de la médiocrité et que la médiocrité est le rejeton du malheur. Elle est capable de remonter sur dix générations, mais moi, après l’arrière-grand-père, je n’écoute plus.”
Mathieu Tazo a le chic pour brosser des portraits de personnages iconoclastes, imparfaits et attachants. D’ailleurs son “héros” est veule, de mauvaise foi, trouillard, lâche, couard, mauvais père, mauvais mari… Bref terriblement humain… On ne peut qu’adorer.
4/5
4ème DE COUV’
« Prisonnier de mon passé, je suis l’assassin et l’enquêteur, la proie et le chasseur, l’amant trompé et le mari fautif. » Un village ensoleillé de l’arrière-pays varois, une élection facile à la mairie et un repreneur pour l’usine de lavande. Tout va bien. Un amour de jeunesse d’une beauté troublante, le fils d’un gendarme assassiné qui cherche vengeance et une enquête qui reprend. Tout va mal. Entre espoir d’une nouvelle vie et peur d’un passé encombrant, Samuel Marion avance, un caillou dans la chaussure, vers la pire des responsabilités : celle d’un meurtre qu’il aurait préféré ne jamais commettre.
"Un Caillou dans la Chaussure" de Mathieu Tazo - La chronique qui finit pieds nus ! Mathieu Tazo nous fait marcher 300 pages avec un caillou dans la chaussure et, évidemment, ça fait mal aux pieds. Un coup à boiter et choper des ampoules ! Pour le reste du corps, en revanche, ce sera un plaisir délectable.









