Abuseur visuel récidiviste
Le vendeur de la boutique de matériel d’occasion est si sexe avec sa complexion de crevette, sa blondeur plus que rare dans cette ville et ce pays en général, ses petits yeux perçants, son sourire coquin, son tutoiement amical et viril, sa gouaille de pur produit local (un vrai petit blanc du 9-3) et son t-shirt “Here I am, awesome, available, wonderful*” (offert par sa copine ? sa mère ?) que je fais toujours un détour pour aller fouiller ses bacs de camelote informatique en l’observant du coin de l’œil s’il n’est pas en train de fumer sa clope dehors, et lui demander conseil dans le seul but de pouvoir m’approcher de lui, le dévisager, voir de près la peau de son cou, l’implantation de sa pilosité, l’épaisseur de ses lèvres, la ligne de ses épaules et de son torse, tenter d’apercevoir son sous-vêtement (on peut toujours rêver), ses hanches, ses aisselles (l'espoir fait vivre) ou même, soyons fou, les poils de son ventre s'il se penche ou s’étire pour attraper un objet de moindre importance, planter mes yeux doucement dans les siens (mais pas trop car je ne veux pas prendre de risques sinon je n'oserai plus revenir) et, cerise sur le gâteau, l'obliger à parler pour écouter sa voix : bref lui imposer un rapport furtif avec lui, certes non consenti mais impossible à considérer comme violent puisque mené entièrement à son insu (vu qu'il me prends sûrement pour un banal hétérosexuel) et légal. M'offrir un imparable abus visuel. Commettre le non-délit parfait.
*"Me voici, génial, disponible, merveilleux"













