« Sur la planĂšte, 1 personne sur 30 nâhabite pas dans son pays dâorigine. » En entendant ça hier Ă la radio, je me suis dit que câĂ©tait Ă©norme. Et puis je me suis posĂ©e cette question : « Pourquoi est-ce que les frontiĂšres sont si importantes que ça ? ».Â
Je me suis toujours dit que quand je deviendrai Reine du Monde (parce que je suis trĂšs modeste), jâabolirai toutes les frontiĂšres (entre autre). Je me rends compte que lâhumanitĂ© nây survivrait pas.
Cela me rappelle un texte absolument boulversant (bon, je ne me rappelle absolument plus de qui il est, mettez le nom que vous voulez).
L'auteur expliquait que quand il Ă©tait jeune, il pouvait se balader nâimporte oĂč, aller dans nâimporte quel pays, dĂ©cider sur un coup de tĂȘte quâil voulait aller en Russie ou nâimporte oĂč, tout ça sans se soucier de son passeport, des vĂ©rifications dâidentitĂ©, des douanes et de toutes ces merdes (bon, cet homme est mort en 1900, et effectivement, il dit pas « toutes ces merdes », ça câest de moi.)Â
Les frontiĂšres servent en fait Ă Ă©loigner les gens. MĂȘme si Monsieur truc habite dans le mĂȘme pays que moi, sâil habite dans un autre canton, ce sera un Lucernois, un Genevois, ou un St-Gallois. Alors imaginez entre les pays. On a beau habiter le pays dâĂ cĂŽtĂ©, les Français sont des Français, des Ă©trangers. Et câest bien connu, les Suisses nâaiment pas les Français. Les gens nâaiment pas les Ă©trangers (je gĂ©nĂ©ralise, câest fait exprĂšs, je sais que pas tout le monde nâest raciste). Sâil nây avait pas de frontiĂšres, Madame Goncalves ne serait pas portugaise, mais Madame Goncalves. LâidentitĂ© des gens devient leur nationalitĂ©. Mon impression est que le racisme est justement dĂ» Ă ces frontiĂšres (forcement en fait, ce nâest pas que mon impression). Sâil nây avait plus de frontiĂšres, il nây aurait plus non plus dâĂ©trangers, on serait tous « citoyen du monde ». Quoi de mieux ?
Mais le problĂšme est que les gens ne survivent pas sans leurs papiers. Nous sommes dĂ©sormais dans une Ăšre oĂč il faut « se prouver » en permanence. Jamais Ă lâabri dâun contrĂŽle dâidentitĂ©, Ă la douane, dans la rue (câest plus rare, mais câest possible), on a constamment besoin dâavoir nos papiers sur nous. Forcement, ils prouvent notre identitĂ©. Ils nous prouvent nous. Qui nous sommes. Sans ces papiers, on est rien. Avez-vous dĂ©jĂ vĂ©cu lâhorreur de la perte de ces si prĂ©cieux papiers dâidentitĂ©. Aller Ă la police, payer des taxes parce que « quand mĂȘme, yâavait votre carte dâidentitĂ© dans le tas, câest primordial, vous devez payer 40 francs de plus pour une dĂ©claration de vol. » Primordial ? Comment est-ce quâon en est arrivĂ© au point oĂč notre carte dâidentitĂ©, un bout de plastique, est devenue primordiale ? Sans cette carte, on est perdu. Cette carte câest nous. Nous sommes devenu un vulgaire bout de plastique. Et câest justement ça le problĂšme. Comment se construire une identitĂ©, se construire soit-mĂȘme si l'on est en permanence ramenĂ© Ă ce bout de plastique ? Lors dâun contrĂŽle, le premier truc quâon voit, câest la nationalitĂ©. Directement fichĂ© : tu es Lituanien. Le petit bout de plastique qui me reprĂ©sente a donnĂ© comme information premiĂšre ma nationalitĂ©. Je ne suis plus Kevin, collĂ©gien et aussi trĂšs beau garçon, mais un Lituanien.
VoilĂ oĂč je voulais en venir : le fait que notre identitĂ© soit rĂ©duite Ă nos papiers en tout genre la rĂ©duit aussi Ă notre nationalitĂ© (en fait je lâai dĂ©jĂ dit, mais jâai lâimpression que câĂ©tait moins clair avant). Kevin peut habiter en Suisse depuis 15 ans, il sera toujours Lituanien. A part sâil brĂ»le ses papiers lituaniens. Il « devient » Suisse en ayant obtenu ses papiers suisses.
Evidemment que notre nationalitĂ© fait partie de lâidentitĂ© quâon se construit. Lâhistoire de notre pays, de nos pays, est partie prenante de ce que nous sommes. Mais ce que je dĂ©nonce est le fait que ce soit la premiĂšre chose « visible ». Quâil soit aussi facile de changer dâidentitĂ© juste en changeant une carte, quâil soit aussi facile de la perdre dans le bus, quâil soit aussi important de lâavoir dans sa poche et non pas dans sa tĂȘte et dans son coeur. Sans frontiĂšres on serait tous citoyens du monde, comme je lâai dit avant. On aurait plus besoin de prouver quâon est Suisse, plus besoin de permis (de sĂ©jour je veux dire hein, la voiture câest autre chose), plus besoin de cette « identitĂ© » pour passer dans un autre pays parce quâon nâest pas natif de lĂ -bas.
Ce que je dĂ©nonce, câest le fait que ces frontiĂšres ont créé une distance sĂ»re entre les hommes, mais aussi que ces papiers dâidentitĂ© primordiaux ont enfoncĂ© le clou.Â