Ligne 3 - Anaïs, yeux bleus et péril rouge
Aujourdâhui, jâai rencontrĂ© AnaĂŻs dans la grande ligne 3. Une rencontre qui a dĂ©butĂ©e Ă la station oĂč nous sommes montĂ©es dans la mĂȘme rame, et oĂč nous nous sommes assisses cĂŽte Ă cĂŽte et qui sâest achevĂ©e lĂ oĂč nous avons quittĂ© le mĂ©tro, ensemble lĂ aussi. AnaĂŻs est une vraie lectrice des grandes lignes : un livre Ă la main quâelle est prĂȘte Ă dĂ©gainer dĂšs quâelle se trouve un strapontin, et quatre autres livres qui patientent au fond de son tote bag.
AnaĂŻs a des yeux bleus qui sâilluminent quand elle se met Ă parler avec passion du livre quâelle est en train de lire. Un livre dont elle explique quâil est dense et difficile Ă raconter. Un livre au sujet duquel elle ne tarit pas, finalement, tant elle sait et peut en dire de choses.Â
Aujourdâhui AnaĂŻs lit Limonov dâEmmanuel CarrĂšre : câest vrai que câest un gros bouquin, de ceux qui ont lâair bien denses (et le format de poche nâarrange guĂšre les choses), un bouquin dont on a entendu parler cent fois, sans jamais lâavoir lu pourtant.
AnaĂŻs mâexplique que le livre parle de Limonov, un personnage rĂ©el, oui bien rĂ©el, et vivant oui, bien vivant. Un Ă©crivain aux mille facettes et Ă la vie aussi bien remplie que compliquĂ©e. Sous la plume de CarrĂšre on dĂ©couvre sa vie dâhomme, une vie palpitante, et dĂ©routante parfois. Plusieurs pays, des fuites vers des ailleurs, le retour vers la Russie (presque inespĂ©rĂ©), les rencontres avec des humains de tous bords, les combats, Paris, New-York, les Ă©checs, les ratĂ©s, les Ă©tapes dĂ©cisives.
AnaĂŻs a presque fini le livre. Limonov est en prison quelque part en Russie, son pays natal. Je nâen sais pas plus.Â
Sur la page Ă laquelle AnaĂŻs sâest arrĂȘtĂ©e on peut lire âJâen ai connu, vous savez des Ă©crivains, et surtout des Ă©crivains russes. Je les ai tous connus. Et le seul type vraiment bien, parmi eux câĂ©tait Limonovâ.
Et câest Ă©tonnant, parce que câest exactement ce quâAnaĂŻs me dit aussi de Limonov, câest exactement ce quâelle me dit de la façon dont Emmanuel CarrĂšre Ă©crit Limonov :  il y a des gens vraiment dĂ©gueulasses (je nâinvente pas, elle a vraiment dit âdĂ©gueulasseâ) et dĂ©testables au premier abord. Des gens qui tuent, pillent, volent, dĂ©truisent et mentent, et mĂšnent parfois une vie trĂšs ordinaire aussi. Pourtant, Limonov apparaĂźt Ă AnaĂŻs, qui est (quand mĂȘme) arrivĂ©e Ă la page 443 de ce gros roman, comme quelquâun de rĂ©solument vrai, plus vrai et droit que bien des hommes de son temps. VoilĂ comment Limonov est parvenu Ă toucher son Ăąme de lectrice.
Jâaimerais dĂ©dier Ă AnaĂŻs, lectrice avide, curieuse et passionnĂ©e une phrase de Limonov (que je regrette de ne pas avoir lu et de ne connaĂźtre que trop peu) : âLe bonheur est cet Ă©tat dâesprit oĂč on peut aimer le prĂ©sentâ.
Le bonheur câest aussi celui des rencontres fortuites, et belles, pourtant.
Merci AnaĂŻs ! beaux voyages et belles lectures !
Limonov, DâEmmanuel CarrĂšre, Folio Gallimard
Lâautre livre (du moment) dâAnaĂŻs (qui a la chance de pouvoir lire et comprendre Poe dans sa langue dâorigine) :
The Murders in the Rue Morgue ans Other Tales, DâEdgar Allan Poe, Penguin English Library
Dans la grande ligne 3, la station du livre dâAnaĂŻs :
République (à cause de la Russie, de son histoire politique compliquée et tourmentée)