Les Chroniques de Livaï #551 ~ L'INSOUCIANCE NE S'IMPROVISE PAS (septembre 846) Révérend Nick
L'histoire de Livaï comme vous ne l'avez jamais lue. Le personnage le plus populaire de L'Attaque des Titans, le soldat le plus fort de l'humanité… Qui est-il vraiment ? Qu'a-t-il dans le coeur ? Qu'est-ce qui a fait de lui ce qu'il est ? Je me suis mise en devoir de répondre à ces questions en vous livrant ma propre vision de sa vie, de ses pensées, des épreuves qu'il a traversées, ainsi que celles des personnes qui l'ont côtoyé, aimé, admiré, craint, détesté. Si j'essaie le plus possible de respecter le canon, quelques libertés seront prises sur les aspects de sa vie les plus flous. Quelques personnages seront également de mon invention. Livaï, un homme que l'on croit invincible et inatteignable… Est-ce bien sûr ? Jugez-en par vous-mêmes.
Suis-je arrivé trop tard ? Il y a déjà tant de monde... Notre belle Rose profanée ainsi par cette populace ignorante ! Je dois m'en mêler ! Poussez-vous donc ! Je me fraie un chemin jusqu'à l'escalier qui mène au rempart. Notre ordre a fait des pieds et des mains pour empêcher la construction de cet accès il y a longtemps ; personne ne devrait arpenter ces pierres sacrées posées ici pour nous punir et nous protéger... Mais le gouvernement a jugé que les titans devaient être surveillés. Aaa, quelle impiété !
Je parviens enfin à la première marche et me résous à les monter ; mais un jeune soldat s'interpose en me posant une main sur la poitrine. Ecartez-vous, jeune homme ! Vous ne voyez donc pas qui je suis ?! Regardez mieux... Il m'observe plus attentivement et note la présence du lourd collier qui pare mes épaules. Oui, je suis ce que je vous savez. Vous êtes incapables de défendre ces Murs de la profanation des explorateurs ! Je vais m'en charger ! Laissez-moi passer, que je leur explique dans quelle situation désastreuse ils risquent de nous plonger ! Leur blasphème n'a que trop duré !
Je sais ce qu'ils sont venus faire, toute la ville en parle. C'est insensé, un véritable poing levé contre le Seigneur ! Ils n'auront de cesse de nous attirer les foudres divines ! Je dois les arrêter...
Enfin, on me laisse passer, mon uniforme me donnant toute l'autorité nécessaire. Je soulève ma soutane et grimpe les marches très vite, sans regarder mes pieds. C'est un grave péché de me tenir en haut de Rose, mais je rachèterai mon âme par la prière... Si je peux en sauver d'autres aujourd'hui... Quand j'atteins le haut du rempart, le fort soleil m'éblouit un moment et je passe ma main sur mon visage, les yeux plissés. Je suis loin d'être seul ici ! Comme je le pressentais, les habitants de Trost n'ont eu aucun respect pour Rose ! Seuls les militaires devraient être autorisés à venir ici, et même cela est péché ! N'ont-ils aucune idée du danger qu'ils encourent ?
Je bouscule un couple dont les regards sont braqués au sud-est. Que faites-vous ici, sur ce saint édifice ? Aucun de vous n'en est digne ! Vos souliers sales piétinent notre déesse ! Descendez tout de suite pour votre salut ! Ils clignent des yeux sans avoir l'air de comprendre - l'homme serre sa compagne contre lui en me dévisageant - et s'éloignent de quelques mètres. Hmm, des mécréants, ni plus ni moins ! Ecoutez-moi ! N'y a-t-il pas ici des âmes pieuses en quête de rédemption ? Il n'est pas trop tard ! Ecoutez ! Prenez cet escalier et reposez vos pieds sur la terre ferme ! Ce Mur est sacré ! Vos yeux ne sont pas destinés à contempler ce qui se trouve de l'autre côté !
J'entends une voix me répondre que de l'autre côté du Mur, il y a les plaines de Maria, et qu'il les connaît bien. Malheureux ! Maria nous a été reprise à cause de comportements comme le vôtre ! Le Seigneur nous a châtiés à cause des explorations ! Rose est notre nouvelle Maria ! Acceptez votre sort, et détournez le regard !
Un enfant se met à pleurer, un autre me balance un petit caillou... Entendez-moi ! Sainte Rose ne peut être ainsi piétinée par des mortels, des pécheurs ! Notre faute n'est pas encore expiée ! Ecoutez, sinon la fin sera proche ! Un jour viendra où Rose tombera elle aussi !
Je semble capter l'attention. Je perçois des mouvements de foule quittant les remparts progressivement. Le rappel de la catastrophe de Maria peut remuer bien des coeurs solides... Cependant... il en est que le danger ou le péché n'effraient pas. Je repère leurs uniformes, les ailes de la liberté... Alors que je n'ai pas encore osé jeter un oeil de l'autre côté du Mur, leur attention semble totalement absorbée dans cette direction.
Erwin Smith. C'est lui, l'instigateur de toute cette affaire ! Il a souillé Rose en y amenant tous ces gens ! Et pour quoi ? Pour capturer des titans ! Quelle insanité ! Quel spectacle dépravé ! Je me dirige vers lui à grandes enjambées, confiant ; il reste l'oeil collé à sa lunette, il ne fait pas attention à moi. Pourtant, il a bien du m'entendre. Je me prépare à saisir le corps de sa longue-vue, mais une large main se referme sur mon poignet. Un gars costaud me fait face, me regardant de dessous sa longue frange, l'air menaçant.
Lâchez-moi ! Je suis un révérend, comment osez-vous ? On ne vous apprend pas le respect, dans vos régiments ? Non, quelle idée ! Sinon vous ne seriez pas là ! Je dois empêcher votre major de continuer à blasphémer ! Non content de sortir à l'extérieur pour tuer des titans, voilà que vous voulez les capturer, les soumettre à votre volonté ?! Votre mécréance n'a pas de limite !
Enfin, Smith se tourne vers moi - son oeil d'un bleu saisissant s'attachant sur moi avec insistance. Il ne m'impressionne pas... J'ai la volonté divine de mon côté. Je vais lui faire entendre ! Rappelez vos hommes sur la plaine et abandonnez cette folie ! Les titans sont notre fardeau, celui que nous devons porter pour nos fautes ! Nous n'avons aucun avantage à tenter quoi que ce soit contre eux ! Vous savez bien que leur nombre est infini ! C'est bien la preuve que le Seigneur les envoie. Pourquoi persister dans votre péché ? Celui de nos ancêtres n'est-il pas suffisant ?
Il me demande de quel péché je parle. Vous êtes doué d'intelligence. Faites-la fonctionner et dites-vous que ce péché originel n'a aucune importance ! Le résultat est sous vos yeux ! Comment expliquez-vous les titans alors ? Il répond que leur origine peut être autre et qu'il appartient aux hommes de la découvrir. Ha ! la voilà, votre arrogance ! C'est elle qui causera la chute prochaine de Rose ! Continuez ainsi et cela arrivera ! Pensez à vos semblables ! Cela vaut-il de sacrifier leurs vies et leur paix ? Pour des réponses qui n'existent pas ? Les existences de tous ces jeunes qui pourraient se marier, faire des enfants et permettre au peuple des Murs de croître dans la tranquillité, elles ne valent rien pour vous ? Cela ne vous demanderait qu'un peu d'humilité, celle de reconnaître qu'il n'y a rien à découvrir ! Nous sommes des pécheurs, les titans sont notre punition, nous devons l'accepter... Ecoutez-moi, Smith...
Une exclamation résonne sur le Mur et des doigts se tendent vers la plaine. Je ne dois pas regarder ! Ce qui se passe là-bas dorénavant ne nous concerne plus... Nous avons perdu le droit de vivre dans le sein de Maria... Pourtant, insidieusement, je sens l'aiguillon de la curiosité me piquer... Je redoublerai de prières pour me racheter ! Que le Seigneur me pardonne, mais je risque un regard scrutateur dans cette direction... Et je maudis ma vision d'être si bonne ! Je distingue très clairement le corps d'un titan, à terre, comme ficelé et immobile, entouré de soldats gesticulant ! Je ne peux le croire ! Le Seigneur va être très en colère !
Major, rappelez vos hommes et laissez ce titan aller son chemin ! C'est un sacrilège ! Que comptez-vous en faire ? C'est un être supérieur ! Le grand type costaud me glisse à l'oreille sournoisement qu'ils sont plutôt facile à tuer, pour des "êtres supérieurs"... Persifflage ! Vous irez en enfer pour ces paroles ! Vous vous croyez grands et puissants ? Vous n'êtes que des vers de terre, comme nous tous !
Je me poste devant Smith, le forçant à baisser sa lunette et me regarder. Je suis à quelques pas du bord, et je sens le vide de l'abîme m'aspirer... Il me retient par le bras, comme sérieusement concerné par ma sécurité... Je vous ai entendu parler maintes fois, Smith. Vous avez le talent de convaincre. Qui entend votre voix est amené à vous suivre. Quel splendide orateur vous auriez fait pour notre cause !... Mais vous avez trop péché et votre âme est damnée. Je ne peux rien y faire. Cependant, vous pouvez encore sauver vos soldats. Faites-les revenir, et supprimez le bataillon. Pour notre salut ! Vos actes nous mettent tous en danger !
Un rire fait vibrer mon oreille... Rappelez votre chien ! Ses grognements ne me plaisent guère ! Je vous ai prévenus ! La colère divine s'abattra sur Rose ! Ce sera votre faute, comme pour Maria ! Jusqu'où le Seigneur devra-t-il nous acculer pour que vous retrouviez la raison ?
Il hausse un sourcil et demande d'où je tiens mes sources d'une prochaine attaque. Du ciel, bien sûr ! Vous ne savez pas interpréter les signes... Maria en était un, un premier avertissement ! Ne sortez plus des Murs ! N'osez même plus y penser ! Respectez la sainteté de ces lieux et celle des titans qui sont nos geôliers ! Lorsque nous aurons assez expié, nous serons peut-être délivrés...
Quand ? me demande-t-il. Aucune importance ! Vous ajoutez des années de servitude à celles que nous comptons déjà ! Cessez cette folie ! Un nouveau cri me parvient ; je vois des civils à quatre pattes au bord de parapet, les yeux écarquillés. Je ne veux pas savoir ce qui se passe, je le devine... Smith, je ferais tout - et mes semblables également - pour vous empêcher d'amener un titan dans Rose. Ces êtres ne sont pas des sujets d'études, ils sont notre châtiment ! Il n'y a rien à savoir ! Il suffit de croire et de prier et nous serons sauvés ! Je l'entends soupirer et se plaindre de mon discours naïf. C'est vous qui êtes naïf. Vous ne mesurez pas à quel pouvoir vous vous opposez. Nous prierons pour racheter vos forfaits, mais cela sera insuffisant. Votre impiété sera notre perte ; nous sommes déjà préparés à la fin prochaine, nous accueillerons avec gratitude Sa décision, espérant qu'Il nous gardera un coin de son paradis ; il n'y en aura pas pour vous et ceux qui vous suivent, Smith. Vous les damnerez tous. Cela arrivera d'ici peu. Souvenez-vous de mes mots, le jour où le titan colossal, cet envoyé céleste en colère, détruira notre sainte Rose ! Ce sera votre faute ! Votre faute !
Je n'ai plus rien à faire ici. Ces oreilles sont sourdes à mes discours. Leurs âmes sont trop abîmées dans l'infamie. Je me penche à terre, plaque mes deux mains sur la pierre et dépose un chaste baiser sur la surface chauffée par le soleil. Que m'importe les centaines de pas qui ont frappé cet endroit ; rien ne peut souiller les Murs, et je suis déjà purifié par ce contact avec la déesse. Je lui demande pardon pour les souffrances que les explorateurs l'ont condamnée à endurer, me relève, et leur tourne le dos, mon devoir accompli.
Qu'ils nous précipitent tous dans le gouffre, peut-être sommes-nous vraiment indignes d'être sauvés...













