Les Chroniques de LivaĂŻ #475 ~Â IL FAUT TOUJOURS SUBIR POUR CHOISIR (avril 846) Darius Zackley
L'histoire de LivaĂŻ comme vous ne l'avez jamais lue. âLe personnage le plus populaire de L'Attaque des Titans, le soldat le plus fort de l'humanité⊠Qui est-il vraiment ? Qu'a-t-il dans le coeur ? Qu'est-ce qui a fait de lui ce qu'il est ? Je me suis mise en devoir de rĂ©pondre Ă ces questions en vous livrant ma propre vision de sa vie, de ses pensĂ©es, des Ă©preuves qu'il a traversĂ©es, ainsi que celles des personnes qui l'ont cĂŽtoyĂ©, aimĂ©, admirĂ©, craint, dĂ©testĂ©. Si j'essaie le plus possible de respecter le canon, quelques libertĂ©s seront prises sur les aspects de sa vie les plus flous. Quelques personnages seront Ă©galement de mon invention. LivaĂŻ, un homme que l'on croit invincible et inatteignable⊠Est-ce bien sĂ»r ? Jugez-en par vous-mĂȘmes.Â
Je pose mon verre de vin sur mon bureau et observe attentivement Erwin Smith pendant quelques secondes.
Il est vraiment un expert dans l'art de ne rien laisser paraĂźtre de ses Ă©motions. Pourtant, n'importe quel autre major que lui se serait probablement effondrĂ© ou au moins affaissĂ© un peu sur sa chaise sans pouvoir s'en empĂȘcher. Il reste droit, les mains posĂ©es sur ses genoux, le regard concentrĂ©, les sourcils lĂ©gĂšrement froncĂ©s. Je ne peux m'empĂȘcher de penser que son brillant esprit avait peut-ĂȘtre dĂ©jĂ anticipĂ© une telle nouvelle.
Puis il brise le silence. Il demande, avec un calme surnaturel, si le Parlement a bien pris en compte ses suggestions avant de prendre cette décision. Bien entendu, j'ai rapporté avec soin chacun de vos propos et ils ont eu entre les mains mon rapport de notre entretien. Mais vous savez bien qu'ils n'ont qu'une idée trÚs vague de la réalité du terrain. Les parlementaires ont des préoccupations parfois trÚs éloignées des nÎtres. Et il est bien évident que leur principal souci actuellement est de régler le sort des réfugiés.
Vous savez comme moi que la vie est devenue compliquĂ©e dans les diffĂ©rents districts, les frictions minent le pouvoir royal, la dĂ©linquance a explosĂ©... MĂȘme les prisons sont surchargĂ©es. Ils sont allĂ©s au plus simple et direct pour remĂ©dier au problĂšme. La politique ne s'embarrasse pas de morale... Je n'essaie pas de les excuser, loin de lĂ , mais comme vous ĂȘtes impliquĂ© directement dans l'affaire, il est normal que je vous explique dans quel Ă©tat d'esprit elle a Ă©tĂ© mise en oeuvre.
Enfin, je vois ses doigts se crisper lĂ©gĂšrement sur sa cuisse. Bien, hum... Les parlementaires ont bien reçu votre message quant Ă la nĂ©cessitĂ© de reprendre Maria au plus vite. Il va de soi que la pression populaire n'est pas non plus Ă©trangĂšre Ă leur dĂ©cision. RĂ©jouissez-vous, ils ont avalisĂ© votre suggestion d'utilisation des ferries afin de remonter le fleuve jusqu'Ă Shiganshina. Il m'oppose qu'il n'envisageait de transporter qu'une poignĂ©e d'ingĂ©nieurs civils jusque lĂ -bas afin d'Ă©valuer les dĂ©gĂąts. Et bien disons, que le nombre sera plus Ă©levĂ© que prĂ©vu. L'Etat est mĂȘme prĂȘt Ă payer ce qu'il faut pour que les installations soient adaptĂ©es Ă l'usage des explorateurs. Vous voyez, ils vous ont entendu.
Je m'apprĂȘte Ă servir de nouveau du vin Ă Smith avant de me rendre compte qu'il n'a pas touchĂ© Ă son verre. Je peux comprendre qu'il ne soit pas d'humeur Ă apprĂ©cier un tel breuvage. AprĂšs tout... je viens de lui annoncer officiellement qu'il devait, sous ordre royal, emmener tous les rĂ©fugiĂ©s adultes et valides jusqu'au Mur Maria afin de le reprendre des mains des titans. J'ai bien conscience qu'il aurait Ă©tĂ© plus poli de l'en informer avant de placarder cette proclamation par toute la ville, mais mon pouvoir Ă©tant limitĂ©, ce n'est pas moi qui aurait pu l'empĂȘcher. Voyons si je peux pousser son stoĂŻcisme plus loin...
Vous avez environ un mois pour rĂ©pondre aux objectifs du Parlement. D'ici lĂ , vos troupes doivent ĂȘtre prĂȘtes Ă encadrer un nombre important de civils sur le territoire ennemi. Vous avez carte blanche pour organiser votre rĂ©giment afin de rĂ©pondre au mieux aux exigences de sĂ©curitĂ© de tous ces gens. Vous avez l'autorisation de recruter parmi les autres corps militaires afin de pallier les manques, la conscription forcĂ©e chez les dĂ©tenus est aussi une option. Il y aura de nombreux volontaires, je pense ; je vous donnerais leur dossiers dĂšs que possible.
La main d'Erwin Smith se porte vers le verre de vin devant lui et je me demande alors s'il va finalement goĂ»ter cette merveille que j'ai dĂ©bouchĂ©e spĂ©cialement pour lui. Il le tourne dans sa main, sans le soulever du bureau, et semble se concentrer sur les rayons de soleil que renvoie le cristal. Il ne desserre les dents que pour me demander si je suis dupe des vĂ©ritables intentions du Parlement concernant cette opĂ©ration de rĂ©cupĂ©ration de Maria. Il joue finement... Sa question peut paraĂźtre sans sous-entendu mais je vois trĂšs bien oĂč il veut en venir. Je ne vais pas lui rĂ©pondre directement.
Il va sans dire que... certaines voix - dont une en particulier - se sont élevées plus haut que les autres lors des débats... Je ne peux pas affirmer qu'elles portaient le bataillon dans leur coeur... et je ne peux bien évidemment pas vous révéler de qui il s'agit, ayant un devoir de confidentialité quant aux débats auxquels je n'ai fait qu'assister. Il est implicite que si vous refusez d'obéir, les conséquences pour vous et votre régiment seraient... fùcheuses...
Je me lĂšve et me place face Ă ma fenĂȘtre, lui tournant le dos dĂ©libĂ©rĂ©ment. Smith me demande s'ils ont formulĂ© des consĂ©quences prĂ©cises en cas de refus, ou si cela Ă©tait juste sous-entendu. Mon cher, tout est toujours sous-entendu avec eux. Je crois l'entendre lĂącher un soupir... Mais l'ai-je imaginĂ© ou bien s'agit-il seulement de mon dĂ©sir inavouĂ© de le voir exprimer une Ă©motion authentique ?
Il prononce à voix basse que cette opération ne sera qu'un suicide pour tout le monde, soldats et civils. Je me tourne à demi et lui expose mon profil. Je ne vais pas débattre avec vous sur ce sujet, cela me semble inutile. Vous connaissez à présent les détails et c'est à vous de prendre vos dispositions. Si vous rejetez les ordres, si vous refusez de mener ces gens jusqu'à Maria, quels qu'en soient les résultats, votre régiment sera démantelé. Cessez de pensez aux autres et réfléchissez en leader responsable. Vous ne pouvez pas vous apitoyer sur le sort de ces inconnus dans votre position. De toute façon, ils ont encore moins de choix que vous, ils sont tenus d'obéir eux aussi et de prendre part à l'opération de récupération. Vous devez penser à l'avenir des explorateurs. Il se peut que nombre de soldats meurent, mais la mort fait partie de votre travail. Et vous pourrez toujours les remplacer si vous revenez en vie.
Smith me suggĂšre qu'il pourrait bien lui aussi y laisser la vie. Et bien... vous aurez rempli votre devoir et serez fĂȘtĂ© en hĂ©ros. Je garantis que votre sacrifice ne restera pas un souvenir. Quelqu'un vous succĂšdera et reprendra la lutte. C'est ce que tout le monde attend de vous. MĂȘme les rĂ©fugiĂ©s, lĂ dehors, n'attendent que de reprendre leurs terres. Ils seront avec vous dans ce combat. Vous ne les entendez pas ? Ils hurlent sous nos fenĂȘtres depuis ce matin. Ils veulent vous voir, vous parler, vous entendre. Vous ĂȘtes dĂ©jĂ leur leader.
Alors allez-y, Smith. N'abandonnez pas ces gens, ni le bataillon. Ils ont tous besoin que vous preniez la bonne décision.
















