Traumatisme, guĂ©rison et espoir dans le nord de lâOuganda
Avec Martin Dennis Okwir
Nous sommes arrivĂ©s par un temps couvert un jeudi, en octobre 2017, dans le village de Te-Okutu pour une rĂ©union de lâĂ©quipe de sensibilisation de la CPI Ă Lukodi, dans le district de Gulu. Lukodi fait partie des lieux citĂ©s dans les charges retenues contre Dominic Ongwen, qui est actuellement en procĂšs devant la CPI.
Ă Te-Okutu nous avons Ă©tĂ© accueillis par le bourdonnement de la musique locale venant de haut-parleurs louĂ©s pour cette rĂ©union avec la communautĂ©. Ces chansons font partie intĂ©grante des rassemblements dans la rĂ©gion. Elles racontent parfois les expĂ©riences douloureuses issues du conflit passĂ© dans le nord de lâOuganda, mais parlent Ă©galement de lâespoir du peuple en un avenir paisible.
En Acholi, il est coutume de penser que les chants sont un outil prĂ©cieux pour la communication, mais aussi une forme de psychothĂ©rapie. De mĂȘme, la musique peut ĂȘtre utilisĂ©e comme un facteur de rassemblement. Au rythme de cette musique, les membres de la communautĂ© ont commencĂ© Ă nous rejoindre et la rĂ©union a dĂ©marrĂ© naturellement.
Notre Ă©quipe de la sensibilisation Ă©tait alors en mission conjointe avec le Bureau du conseil public pour les victimes, le ReprĂ©sentant lĂ©gal des victimes ainsi que le Greffe dans le but de rencontrer les victimes participant au procĂšs de Dominic Ongwen. Les populations dans le nord de lâOuganda vivent aujourdâhui avec les consĂ©quences de presque vingt annĂ©es de violence. DĂšs que celles-ci se rassemblent, on se rend compte aisĂ©ment du lourd fardeau qui pĂšse sur lâĂąme collective de la communautĂ© depuis le conflit. Les Acholi sont gĂ©nĂ©ralement de nature joyeuse mais, derriĂšre leurs sourires se cachent toujours une souffrance individuelle et la douleur dâune communautĂ©. Quels ravages peuvent causer les atrocitĂ©s de la guerre sur tout un peuple ! Te-Okutu nây fait pas exception.
« DerriÚre leurs sourires se cache une part de souffrance »
Dans la continuitĂ© du travail de prĂ©cĂ©dentes organisations en soutien psychosocial pour les enfants de retour de captivitĂ©, un grand nombre dâorganisations soutenues par le Fonds au profit des victimes (FPV) sont rĂ©parties Ă travers la rĂ©gion pour rĂ©pondre aux besoins psychosociaux des communautĂ©s. Ă y regarder de plus prĂšs, cependant, on constate que le traumatisme reprĂ©sente un problĂšme grave encore trĂšs rĂ©pandu dans les communautĂ©s sortant du conflit dans le nord de lâOuganda. Les rĂ©percussions vont bien au-delĂ des personnes affectĂ©es et perturbent gravement, Ă maints Ă©gards, le fonctionnement des familles sur le plan social et Ă©conomique.
Au sein de lâĂ©quipe de sensibilisation de la Cour en Ouganda, nous avons conscience de lâinteraction du traumatisme avec certains de nos engagements communautaires. Lorsque nous diffusons des vidĂ©os du procĂšs de Dominic Ongwen auprĂšs des communautĂ©s affectĂ©es dans le nord de lâOuganda, nous incorporons les services dâorganisations partenaires locales qui offrent des soins psychosociaux aux communautĂ©s sur le terrain et assurent un soutien psychologique pouvant sâavĂ©rer nĂ©cessaire au cours de la diffusion du procĂšs.
Un tel soutien est aujourdâhui essentiel, et aura un impact demain. Une jeune femme rĂ©unie avec ses enfants Ă son retour de captivitĂ© remarque dans Justice Tafakari (un dialogue sur la paix et la justice) Ă Gulu la chose suivante :
« Il est important que tous les différents acteurs et communautés sachent que si les enfants avec qui nous sortons de la captivité ne sont pas correctement réhabilités, alors ⊠des conflits plus graves encore nous attendent ! »
Il reste certes beaucoup de travail Ă faire mais, grĂące Ă de nombreuses interventions au titre de leurs mandats respectifs, la CPI et le FPV ont dĂ©jĂ pris des mesures pour traiter directement le traumatisme et pour participer activement au processus de guĂ©rison. Les nombreuses initiatives plus modestes de rĂ©habilitation rĂ©alisĂ©es par diffĂ©rentes organisations de la sociĂ©tĂ© civile et des groupes communautaires informels doivent Ă©galement ĂȘtre reconnues. Le chemin est long mais loin dâĂȘtre impossible.
















