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Busta Flex : Je suis un artiste qui est dans lâintrospection tout le temps
En 1998, Busta Flex sortait un album Ă©ponyme. Aujourdâhui, avec la réédition dâune version anniversaire, une tournĂ©e avec NTM et un nouvel EP mi juin avant un nouvel album Ă la fin de lâannĂ©e, on ne pouvait pas manquer cette occasion dâaller rencontrer lâartiste considĂ©rĂ© comme le meilleur freestyler français, Busta Flex
DâoĂč vient ton nom dâartiste?
Je lâai choisi par rapport Ă un rappeur amĂ©ricain qui sâappelle Busta Rhymes du groupe Leaders of the New School et un DJ New Yorkais de hip hop qui sâappelait FunkMaster Flex. A lâĂ©poque, je nâĂ©tais pas connu et je cherchais un nom. JâĂ©coutais pas mal de rap new yorkais Ă et je voulais vraiment avoir un nom Ă consonance amĂ©ricaine. Je regardais les livrets de CD de rap amĂ©ricain et jâai vu le mot Busta et plus loin le mot Flex et je trouvais que ça sonnait super bien donc je les ai assemblĂ©s et jâai dĂ©cidĂ© de mâappeler comme ça.
Quels ont été tes premiers kiffs musicaux ?
Ce nâĂ©tait pas forcĂ©ment du rap mais du reggae. Mon pĂšre en Ă©coutait beaucoup Ă la maison. Et ma mĂšre Ă©coutait du zoul : Kassav. Puis il y a eu aprĂšs dâautres styles musicaux grĂące Ă mes grands frĂšres et sĆurs qui rapportaient du New Jack Swing et de la Soul par exemple le groupe Soul II Soul ou Adeva. Il y a avait aussi le style Vogue qui arrivait, repris par Madonna. Il existait pas mal de groupes dĂ©jĂ dans lâunderground notamment InnerCity. Jâai dĂ©couvert la musique anglaise aussi grĂące Ă ma sĆur qui Ă©coutait pas mal de Dub Step. Ensuite mon grand-frĂšre a ramenĂ© du rap Ă la maison, des disques dâEPMD, de Public Enemy et jâai dĂ©couvert le rap amĂ©ricain.
Quels sont tes rappeurs américains préférés ?
Busta Rhymes, Red Man, Method Man, Style Spee, Nick Meel. Et dans les annĂ©es 90, la premiĂšre cassette que mon oncle mâavait offerte Ă la FNAC Montparnasse câĂ©tait De la soul. La pochette jaune avec pleins de couleurs.
Comment es-tu tombé ensuite dans le rap ?
HonnĂȘtement, je ne pourrais pas dire exactement. Jâai commencĂ© Ă mâimposer dans des fĂȘtes de quartiers et je prenais le micro. A Paris, dans certaines soirĂ©es hip hop notamment au NĂ©o ou Divan du monde oĂč je pouvais prendre le micro et mâimposer, faire des free styles, montrer que je pouvais rapper par-dessus des instrumentaux. AprĂšs jâai aussi squattĂ© des radios, Radio FrĂ©quence Paris Plurielle, 106.3 , une radio basĂ©e Ă la Plaine Saint Denis et qui existe toujours. Tous les rappeurs de banlieue ont fait leurs armes lĂ -bas. Câest ça qui mâa donnĂ© envie de rapper, de cĂŽtoyer dâautres rappeurs, dâessayer de mâexprimer,. Un grand de ma citĂ©, Athor, a Ă©tĂ© un exemple concert pour moi. Puis jâai dĂ©couvert Rapline sur M6 le vendredi soir, EJM, Little MC, I AM, NTM, MC Solaar et jâen passe. Quand jâai dĂ©couvert quâon pouvait rapper en français, câest lĂ que je me suis dit, câest bon on y va ! Je peux essayer de le faire !
CâĂ©tait plus dur de percer Ă lâĂ©poque dans le milieu?
Oui, câĂ©tait plus dur car aujourdâhui câest plus dĂ©mocratisĂ©, ça choque moins de monde. A lâĂ©poque, pour dire âje suis artisteâ, fallait en avoir dans le pantalon. Un artiste rap en plus ? Les gens ne misaient pas vraiment sur ce style de musique. Ce nâĂ©tait pas Ă la mode et considĂ©rĂ© plutĂŽt comme une Ă©chappatoire pour banlieusards fainĂ©ants. Les gens ne te respectaient pas ni toi ni ta musique. Si tu mettais une casquette, tu Ă©tais un voyou, un bandit alors que cela faisait partie des codes vestimentaires. Les gens ne nous prenaient pas au sĂ©rieux. CâĂ©tait plus dur et on avait une image nĂ©gative. Aujourdâhui ça sâest tellement dĂ©mocratisĂ©. Il y a du rap dans la publicitĂ©, partout Ă la TV, les gens sâhabillent rap, parlent rap. On est la musique N°1 qui se vend dans le monde et en France aussi. On a gagnĂ© notre pari.
Les nouvelles technologies ont aidé à démocratiser le rap selon toi ?
Oui. Internet a permis au rap dâexploser. Quand tu vois que tu peux faire un morceau chez toi Ă Epinay sur Seine dans ta chambre et quâun mec Ă Singapour peut lâĂ©couter, on a fait un grand pas.
Câest lâanniversaire de ton album sorti en 1998, tu peux nous parler de la genĂšse de cet album ?
Il sâest crĂ©e au jour le jour. Jâai signĂ© en juillet 1997 chez Warner et lâalbum est sorti en fĂ©vrier 1998 donc on a eu seulement 6 mois pour le prĂ©parer. CâĂ©tait mon premier album. Il sâest fait dans lâurgence. Jâavais un gros buzz Ă lâĂ©poque et il devait se faire vite. Câest Kool Shen de NTM qui rĂ©alisait cet album lĂ et il a eu beaucoup de travail avec moi parce que jâĂ©tais encore un amateur, mĂȘme si je bĂ©nĂ©ficiais dĂ©jĂ dâun gros buzz autour de moi. Jâavais encore besoin de me professionnaliser, jâavais des choses Ă apprendre. Avec lui, jâai appris Ă mieux rapper, Ă Ă©crire des textes avec plus de fond (parce quâavant jâavais plus de forme que de fond). Jâai tout appris sur le tas : rentrer en studio, dĂ©couvrir les machines, savoir comment on enregistre un morceau, les pistes par pistes, les effets, lâingĂ©nieur, mixer⊠CâĂ©tait trĂšs spontané », et comme on Ă©tait un peu dans lâurgence de sortir lâalbum, tout a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dâune traite et je trouve cela trĂšs bien. Avec le recul maintenant, je trouve quâil y a des petites erreurs, des petits trucs que jâaurais pu changer mais je trouve que cela fait le charme de lâĂ©poque. Je suis trĂšs content.
Comment as-tu rencontré Kool Shen et NTM ?
Je suis allĂ© voir NTM au ZĂ©nith pour leur concert Paris Sous les Bombes. Quelquâun mâa introduit et jâai pu aller les voir trĂšs briĂšvement en coulisses aprĂšs le concert. En tant que fan jâĂ©tais trĂšs content. Puis en 1997, je rencontre Kool Shen personnellement dans les locaux de Sony Music. JâĂ©tais en Ă©dition lĂ -bas et lui en production. On sâest croisĂ©s par hasard dans lâascenseur. Je sortais et lui entrait. Quand il mâa vu, je sais pas comment il a du en dĂ©duire que câĂ©tait moi, mais il me demande : âCâest pas toi Busta Flex ?â Et moi, jâai fait le con et je lui ai rĂ©pondu : âCâest pas toi Kool Shen (rires) ?â Il a rigolĂ© et il mâa demandé : âTu as pas cinq minutes pour discuter ?â On est allĂ©s dans un bureau et il mâa proposĂ© de rĂ©aliser mon album. Jâai dit oui tout de suite, jâai mĂȘme du dire oui en 5 Ă 6 langues pour ĂȘtre sĂ»r quâil comprenne bien ma rĂ©ponse. Deux mois plus tard, jâai signĂ© et on sâest retrouvĂ©s en studio pour faire cet album.
Vous avez ensuite montĂ© le collectif ensemble IV my PeopleâŠ
Je prĂ©parais mon album et NTM aussi et on se voyait tout le temps. On cĂŽtoyait souvent aussi Zoxea, Lord Kossity, MadisonâŠÂ Naturellement Kool Shen a voulu former une crew , plus soudĂ©e et on a dĂ©cidĂ© de monter un label pour se produire entre nous et proposer notre univers. Le logo du collectif a Ă©tĂ© apposĂ© en premier sur mon album et câĂ©tait lancĂ©.
Quelles sont tes thématiques de prédilection ?
Je vais pas ĂȘtre trĂšs original parce que câest ce qui mâa formĂ©, je suis trĂšs egotrip. Câest une branche du rap qui est trĂšs Ă©gocentrique. Comme je faisais beaucoup de free style et que les freestyles sont souvent basĂ©s sur soi, genre âon est le plus fortâ, âon est le meilleurâ, âon met tout le monde Ă lâamendeâ. Je me suis beaucoup beaucoup perfectionnĂ© dans ce style-lĂ .
Il y a aussi des titres plus personnelsâŠ
Oui bien sĂ»r. Jâavais aussi besoin de le faire dans cet album-lĂ mais ce nâĂ©tait pas lĂ oĂč on mâattendais. Mon image Ă©tait basĂ©e surtout sur mes free styles et Kool Shen a vraiment apportĂ© une corde de plus Ă mon arc dans le sens que je nâavais pas beaucoup de contenus, pas beaucoup de fond dans certains textes. Il mâa vraiment beaucoup aidĂ© Ă dĂ©velopper cette partie. Avec le temps, jâai compris que jâavais envie et besoin aussi de le faire. Ce nâĂ©tait pas seulement un exercice technique mais aussi un besoin. Maintenant, jâĂ©cris plus de textes Ă thĂšmes que dâĂ©gotrip.
20 ans aprÚs cet album, quels sont les thÚmes qui te touchent ?
Lâamour, lâamitiĂ©, la fraternitĂ©, la justice et la vie. Câest ce qui me touche car en 20 ans, câest ce que jâai vĂ©cut et je lâavais pas encore mis en chanson. Et vu que le prochain album arrive en fin dâannĂ©e, cela sera lâoccasion dâĂ©couter tout cela.
Câest un peu Ă lâopposĂ© dâune autre branche du rap qui est plus dans la rĂ©volteâŠ.
Oui je suis dâaccord. Je suis un artiste qui est dans lâintrospection tout le temps. Jâai besoin et jâaime Ă©couter, me retrouver dans des Ă©tats que les autres me procurent quand jâĂ©coute leur musique. Alors, jâaimerais essayer de faire la mĂȘme chose pour les gens et quâils se disent que finalement il arrive Ă nous communiquer des choses en musique, quâon ressent la mĂȘme chose sauf que je le chante et le met en musique. Ce que je dis, ils le vivent au quotidien. Je suis entrĂ© dans la crĂ©ation de texte de tranches de vie et dâhumeurs plutĂŽt que dans des postures.
Tu as dit que le rap câest du sport, comment compares tu les deux ?
Câest pareil pour moi. Câest quelque chose que tu dois entretenir comme ton corps. Ton rap, ton art, ta passion, tu dois lâentretenir Ă fond. Je lâai tellement entretenu quâĂ un moment je suis arrivĂ© au bout de mon flow. Jâavais des lacunes, jâai utilisĂ© toutes les techniques que je connaissais et quand je suis arrivĂ© au bout, que je ne kiffais plus, jâai arrĂȘtĂ© pour pouvoir me recentre et repartir Ă zĂ©ro. Jâai Ă©coutĂ© aussi les nouveaux styles car les tendances et influences ont changĂ©. Jâavais un ratĂ© un train. JâĂ©tais un peu trop restĂ© sur mes acquis et toutes les nouvelles tendances mâavaient un dĂ©passĂ©. Je me suis remis en question pour recommencer. Le sport câest pareil. Ton corps a parfois de repos pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases, de nouveaux mouvements. Quand tu fais toujours les mĂȘmes mouvements, ton corps sâhabitue et il nây a plus de surprises donc il faut le choquer. Câest pareil pour le rap et la chanson. Tu dois te mettre en danger, te faire violence, aller dĂ©couvrir dâautres univers, faire des expĂ©riences, tenter les choses pour voir comment ton corps va rĂ©agir, ta musique va rĂ©agir et les gens vont rĂ©agir.
Quels sont tes nouveaux projets ?
Je sors un EP le 15 juin en digital streaming et Ă la fin de lâannĂ©e, un album de 15-16 titres en physique aussi. En plus je tourne avec NTM sur toutes les dates.
Y a tâil des featurings que tu regrettes de pas avoir fait ou que tu aimerais faire ?
Non je nâai pas de regrets car je pense que ces featurings vont arriver. Il faut laisser le temps au temps. Dans le prochain album, je peux vous dĂ©voiler quâil y aura entre autres, Exo C des Sages PoĂštes de la Rue, qui est un ami. Mais aussi Nuttea qui est un chanteur de reggae que jâapprĂ©cie Ă©normĂ©ment. Et sur un troisiĂšme titre, les X-men.
Propos recueillis par Alma ROTA