Ayka, la vingtaine, vient dâaccoucher dans un hĂŽpital de Moscou. Son bĂ©bĂ© affamĂ© pleure Ă cĂŽtĂ© dâelle au milieu dâune bonne dizaine dâautres mamans et de leur bĂ©bĂ© mais au lieu de le mettre au sein et de le nourrir, elle fuit. Elle arrive, sanguinolente, dans un entrepĂŽt oĂč dâautres femmes plument et vident des poulets et elle se met elle aussi vigoureusement Ă la tĂąche. La camĂ©ra de Sergey Dvortsevoy reste au plus prĂšs de son hĂ©roĂŻne et de sa souffrance physique. Elle ne nous Ă©pargne rien. Mais Ayka, malgrĂ© la douleur et lâhĂ©morragie post accouchement reste debout et se bat pour trouver du travail. Câest quâelle a empruntĂ© de lâargent Ă des mafieux, kirzighes comme elle, pour financer son projet: ouvrir un atelier de couture. Et la date butoir de remboursement est arrivĂ©e... A travers le portrait de cette femme et de sa lutte tant sociale que vĂ©ritable chemin de croix, le kazakh Dvortsevoy entend sans doute dĂ©noncer les conditions de travail et de vie de ces trĂšs nombreux migrants sans papiers venus dâAsie centrale - notamment du Kirzighstan - et en particulier des femmes qui doivent endurer encore plus que les hommes, abusĂ©es, voire violĂ©es. Il sâest inspirĂ© dâun fait rĂ©el, il y a en Russie un nombre record de bĂ©bĂ©s abandonnĂ©s par des femmes kirzighes. Si le personnage dâAyka a une force indĂ©niable et est magistralement interprĂ©tĂ© par la jeune Samal Yesyamova rĂ©compensĂ©e Ă Cannes pour ce rĂŽle en 2018, le calvaire que lui fait vivre Sergey Dvortsevoy a quelque chose de malaisant car en lâaccablant de la sorte, il pousse le misĂ©rabilisme un peu trop loin. Il en rĂ©sulte un film assez pĂ©nible Ă regarder, un peu comme un âfeel-bad movieâ. Â











