jour 14
sur les sentiers de traverse je déchire les kilomÚtres
toute ma vie a soudainement le goût de sel
mĂȘme les fruits que l'on presse entre nos doigts
semblent sortir des entrailles de la mer
le jus coule sur nos bras fatigués
et se mĂȘle Ă la poussiĂšre
c'est une maniĂšre de manger la route
dévorer le chemin
dans la colle sucrée de nos souvenirs encore frais
se prennent nos envies d'espaces aux ailes affamées
nous ne sommes pas d'ici
mais pas d'ailleurs non plus
sous ma peau toujours blanche
brillent des grains de sable
qui me suivent depuis l'enfance
c'est encore une maniĂšre de manger la route
de digérer les kilomÚtres qui nous font devenir
la future Ă©pave de nous-mĂȘmes
quand je nous aperçois
au détour d'un récif ou d'un mensonge
le jus des fruits trop mûrs tùchant encore nos rides
dans ton sourire je crois deviner la promesse d'un immuable
j'ai comme envie de croire
que les choses jamais ne changeront
que toujours le sable brillera sous ma peau
j'ai trĂšs envie de croire
que la vieillesse s'éloigne aussi vite que la pluie
que je peux la semer, pour peu que j'avale assez de kilomĂštres
dans ton sourire tu glisses une promesse d'immuable
mais dans la nuit qui tombe je ne sais distinguer
si le serment est vrai ou s'il est éventé
il ne reste dans tes rides
que le goût du sel et le jus des fruits fanés










