Un cĆur qui ne bat quâĂ moitiĂ© nâest quâĂ moitiĂ© mon cĆur. Je nâĂ©tais dĂ©jĂ plus en moi. Je viens dĂ©jĂ dâailleurs, ou bien je ne viens plus. Une Ă©trangetĂ© se rĂ©vĂšle « au cĆur » du plus familier â mais familier est trop peu dire : au cĆur de ce qui jamais ne se signalait comme « cĆur ». Jusquâici, il Ă©tait Ă©tranger Ă force de nâĂȘtre mĂȘme pas sensible, mĂȘme pas prĂ©sent. DĂ©sormais, il dĂ©faille, et cette Ă©trangetĂ© me rapporte Ă moi-mĂȘme. « Je » suis, parce que je suis malade. (« Malade » nâest pas le terme exact : ce nâest pas infectĂ©, câest rouillĂ©, raide, bloquĂ©.) Mais celui qui est fichu, câest cet autre, mon cĆur. Ce cĆur dĂ©sormais intrus, il faut lâextruder.
Jean-Luc Nancy, LâIntrus, Ăditions GalilĂ©e, 2000














