III/ Frères dans la mort p.2
Bellan part au Fort écarlate pour retrouver Koltira Tissemort, qui avait été capturé par la Croisade écarlate.
Beaucoup de combats, de blessures, de méprise, mais aussi de la gentillesse et...umm... Comment les mortels appellent ça? Emotions..? Sentiments?
C’était la première fois depuis sa mort qu’elle avait le droit de sortir du Fort d’Ebène. Un vent froid, mais agréable frôlait son visage, pendant qu’elle galopait. Elle traversa le village. Les mortels se sont cachés par peur, en voyant le chevalier traverser leur champs en toute vitesse. Elle n’y pas fit pas attention, elle se pressait pour accomplir sa quête. Pour ce faire, elle avait reçu une nouvelle, brillante armure, bleu de minuit et noir. Ses gants étaient doublés d’une agréable fourrure d’ours, quant au casque, il était fait sur mesure et ne lui tombait plus sur le nez. Toute l’armure était enveloppée dans une brume bleuâtre, si caractéristique aux chevaliers de la mort.
Bellan descendit du cheval, décidant de continuer à pieds. A sa droite, il y avait la Crypte de mémoire, entourée par sa cimetière. Elle courut vers les murs, non gardés. La pluie avait commencé à tomber, cela lui assurait la discrétion et le camouflage. Les premiers bâtiments qu’elle aperçut étaient des simples maisons. Elle tendit l’oreille. Cent mètres à l’ouest il y avait un forgeron. De l’autre côté, deux femmes discutaient. Au milieu, une fontaine encerclée par des voûtes. Elle aperçut un mouvement. Un homme vêtu d’un habit de mage, suivi de deux gardes. Elle longeait le mur de près, en cherchant la forteresse. Elle se rapprocha d’une maison et regarda par la fenêtre. Un homme était assis à table, une pinte à la main. La bière coulait sur sa barbe, qui apparemment lui servait aussi d’assiette. Elle contourna la maison et vit enfin son but. Â
Un forteresse blanche, gardée par six chevaliers écarlates, quatre avant le pont basculant, deux derrière. Il n’y avait pas besoin de faire des grands calculs, elle n’avait pas de chance de réussir sa quête, en les affrontant face à face, d’autres seraient rapidement arrivés en renfort. Le seul espoir résidait dans le changement de garde. Les dieux l’avaient entendus. Les chevaliers ont levés leur hallebardes et sont rentrés au fort. Bellan s’approcha du pont et se cacha derrière un vase en pierre. Les pas s’éloignèrent. Bellan descendit sa visière, sortit sa dague et attaqua les gardes. Elle mit à terre le premier, en l’assommant avec un coup de pied, trancha la côte de maille à la hauteur de la ceinture du deuxième et avant qu’il ne sorte son épée lui trancha la gorge. Elle dégaina l’épée et para l’attaque du premier qui se relevait. Il était plus grand et plus fort que l’autre. Son épée avait glissé vers le haut, celle de l’humain frappa son plastron, en l’écrasant. Elle utilisa cette position pour porter le coup fatal et lui enfonça sa lame dans l’épaule.
Elle récupéra sa dague et entra dans la citadelle. Elle tourna à gauche et d’un coup, un garde se jeta sur elle, elle para avec son coude. Avec l’autre main elle enfonça la dague dans l’œil de son ennemi et coupa sa gorge. Les humains ne portaient pas de casques, autrement, beaucoup resteraient vivants. Mais, son plastron était bien trop abimé, elle ne pouvait pas se permettre un autre combat face à face avec un chevalier écarlate, elle devait être plus prudente. Elle marchait lentement, se faufilait dans les couloirs. Jusqu’aux escaliers elle ne rencontra personne, mais c’est là , que se tenaient un mage vêtu d’une robe écarlate et deux gardes. Elle devait changer de stratégie.
La première chose à faire était de mettre à l’écart et surtout tuer le mage, qui pouvait soigner les deux gardes. Cependant, cela signifierait qu’elle devait combattre encore avec deux adversaires. Si seulement elle disposait d’une arme à distance… Soudain, elle aperçut un arc attaché dans le dos d’un des garde. Elle attendit que le chevalier à la mâchoire carrée s’approche, elle sortit son épée et l’embrocha. Elle ne disposait que de quelques secondes. Elle sauta et glissa entre les jambes du garde le coupant en deux. Elle arracha l’arc. Une boule de feu vola vers elle, la frappa à la main et brula son gant. Sans y faire attention, elle positionna la flèche, qui vola vers le mage, tel un éclair, ne lui laissant pas le temps de lancer un autre sort et en atterrissant entre ses deux yeux. Le corps tomba en arrière.
Elle arracha son gant en feu. Sa peau avait brûlé presque jusqu’au muscle. Elle jura, mais n’avait pas de temps de penser à sa blessure. La forteresse était grande, remplie de chevaliers écarlates. Bientôt, l’un d’eux descendra et découvrira les corps.
A sa droite se trouvait l’entrée pour les caves. Après une seconde de réflexion, elle se dirigea vers les escaliers menant vers les caves. Et peut-être aussi le cachot. Elle descendit, une torche à la main. Ses pas étaient prudents, il ne fallait pas réveiller le vieux bois, qui couvrait les escaliers. Une fois en bas, elle fit appel à sa vision nocturne pour sonder toute la pièce et c’est à ce moment-là qu’elle aperçut une faible lueur bleuté. Elle commença à courir. Il était là , menotté au mur, le légendaire chevalier de la mort, Koltira Tissemort. Les tatouages bleus luisaient sur sa poitrine. L’ennemi ne le voulait pas mort, ses blessures étaient grossièrement soignées, mais les bandages étaient depuis longtemps pas changés, trempés dans le sang, elle craignait une infection. Il leva la tête et regarda son sauveur avec un regard épuisé, visage si fin et séduisant, maintenant couvert d’ecchymoses, coupures et plaies. L’ennemi l’avait torturé.
-Enfin, ils ont envoyé quelqu’un… -il toussa- Mais ils auraient pu envoyer quelqu’un de plus… puissant. –malgré son étant pitoyable, il parvint à sourire de façon moqueuse, comme d’habitude.
Bellan retira son casque. Aussitôt qu’il aperçut les boucles cuivrés, le sourire disparut du visage de l’elfe, laissant place à un mélange de déception et de mépris.
-Toi…
-Je peux aussi partir et dire que je n’ai trouvé qu’un cadavre, sire. –dit-elle, agacée.
Il a regarda le plafond sans répondre, expirant avec difficulté. Elle sortit sa dague et ouvert les menottes. Il tomba en avant. Elle retourna l’homme et prit son visage entre ses mains. Il était bien trop grand, elle n’aurait jamais d’assez de force pour le porter jusqu’à la sortie.
-Sire, réveillez-vous ! Nous devons partir au plus vite.. Ils vont bientôt revenir.
Elle s’interrogeait un court instant, puis se rappela de la potion, que Thassarian lui avait donné. Lentement, elle versait la mixture rouge dans sa bouche. Enfin il ouvrit les yeux. Il prit sa main dans la sienne et regarda la brûlure. La peau était par endroits remplacée par des bouts de tissu, ou simplement manquante, faisant apparaitre les muscles de la jeune elfe.
-Aide moi à me lever… s’il te plait et donne-moi mon armure et mon épée. –dit-il doucement.
Bellan l’habilla rapidement, mais quand elle voulut lui donner son épée, les genoux de la jeune femme se sont pliés sous son poids. Koltira récupéra l’arme et soudait, ils entendirent les cloches sonnant l’alarme.
-Le Grand Inquisiteur et ses acolytes seront bientôt là . –dit-il- Je suis trop blessé pour combattre, mais je ferais tout ce que je peux pour t’aider. Tue le Grand Inquisiteur.
Un chevalier écarlate, suivi d’un mage descendit en courant. Koltira écarta Bellan pour la couvrir, le chevalier se jeta sur eux, mais un bouclier d’énergie tomba sur lui en le coupant en deux.
-Je ne vais pas tenir longtemps. –il chuchota, pendant que le sorcier lançait des boules de feu pour briser le bouclier invisible. –Tiens-toi prête. Quand le bouclier tombera, tu auras l’avantage. Je compte sur toi... Maintenant.
Le bouclier tomba. Bellan esquiva une boule de feu et coupa la main droite du mage. Mais il eut le temps de sortir, avec l’autre main, une dague qu’il enfonça profondément entre les côtes de l’elfe, à l’endroit où le plastron était déjà bien fragilisé. Elle a fit tomber son épée, mais avec un dernier souffle elle cassa le cou du mage, à main nues. Koltira se approcha d’elle, en essayant d’avoir l’air imperturbable, mais il grimaçait de douleur à chaque pas.
-Tu avais l’avantage. –il siffla, en l’attrapant par le bras et la prenant par la taille. –Arrête de respirer, on en a pas besoin. Ca ralentira l’écoulement du sang. Cette habitude peut te tuer.
Tous les deux priaient, pour ne pas rencontrer un garde pendant qu’ils avançaient vers la sortie. Ils réussirent à rejoindre la porte sans problème. Koltira l’allongea et commença à appeler sa monture.
-Laissez-moi ici, sire. J’ai accompli ma quête. –dit-elle- Vous aurez plus de chances pour atteindre Acherus en étant seul.
-Arrête de dire n’importe quoi. Je ne te laisserai pas, tu m’entends ? –il la leva, puis posa sur son destrier, en s’asseyant derrière elle. –Arrête de respirer. –il chuchota, posant presque ses lèvres sur son oreille.
Le cheval galopa à travers la place, instinctivement esquivant les flèches. Les mages jetaient des sorts pour les ralentir, mais en vain. Les ennemis montèrent à cheval, mais les deux chevaliers de la mort étaient déjà trop loin. Même après les avoir perdu, le destrier continuait sa course folle, ne touchant presque pas la terre.
Le cor sonna. Il arrivèrent sur le territoire du Fort d’Ebène, ils avait réussi. Ils étaient en vie. Le cheval s’arrêta juste devant la tente de l’apothicaire.
-C’est Koltira Tissemort ! Koltira Tissemort est revenu ! –cria l’apothicaire. Darion Mograine et Thassarian descendirent de griffons et approchèrent en courant.
-Prenez la, elle est blessée. –dit Koltira en passant l’elfe au commandant, une Val’kyr l’emmena et téléporta à la forteresse.
-Frère ! –dit Thassarian en aidant Koltira à descendre du cheval. –Nous pensions que tu étais mort !
-C’est pour ça, que vous avez envoyé un nouveau? –demanda l’elfe en repoussant l’apothicaire, qui tentait de vérifier l’état des blessures de l’elfe.- Un bleu ? Sans aide, sans renfort ? Non, mais tu les as vu ses petits bras ? Elles est minuscule ! -Mais qu'est-ce que tu racontes? Pour toi, peut-être, mais elle est plus grande que les autres elfes ! -Mais je m'en fiche des autres !-il se mordit la langue. Thassarian soupira.
-Il ne voulait pas qu’on y aille, mais qu’on envoie un groupe de volontaires. Elle était la seule à se porter volontaire, Koltira…
L’elfe regarda son frère un instant, énervé. Puis, il regarda vers l’Achérus, se souvenant de la voix du petit chevalier de la mort, qu’elle voulait qu’il l’abandonne, qu’il la laisse mourir, pour qu’il ait plus de chances de survie. Sa colère laissa place au malaise et, pour la première fois, à l’inquiétude.
-Il peut être tranquille, alors. –dit-il froidement.- Elle a rempli sa quête à merveille. Le Grand Inquisiteur est mort.














