Bien que nâĂ©tant pas un contemporain de Goldorak, ni spĂ©cialement du club DorothĂ©e (jâĂ©tais un peu jeune, mais je connais tout de mĂȘme mes classiques), il y a peu, je me suis remĂ©morĂ© une anecdote datant de mon passif hospitalier.Â
JâĂ©tais de renfort aux Urgences un jeudi aprĂšs-midi somme toute comme dâhabitude. Un patient nous est amenĂ© par la Police. Je mâattends Ă un patient âhabituelâ dans de telles conditions. Un entretien et un examen mĂ©dical prĂ©alable avant une garde Ă vue ou bien quelquâun en Ă©tat dâalcoolisation massive, nĂ©cessitant une surveillance.
Erreur : Le patient a Ă©tĂ© retrouvĂ©, courant Ă moitiĂ© nu sur une aire dâautoroute. Jâai du mal Ă comprendre pourquoi ce patient atterri chez nous alors que nous ne sommes pas les Urgences psychiatriques de premiĂšre intention. Je rĂąle sur le pourquoi le patient arrive chez nous et envisage deux trois hypothĂšses : la rĂ©gulation du SAMU âsâamuseâ Ă nous envoyer des patients pour nous emmerder; un complot judĂ©o-maçonnique, le fait que le patient rĂ©side dans le coin (chose probable, mais quand mĂȘme compliquĂ©e, du fait que le patient ne sache dĂ©jĂ pas comment il sâappelle...), un peu de mauvaise foi, tout est possible. Bref ! Ce patient arrive, menottĂ©, encadrĂ© par deux policiers et on me demande de mâen occuper. Ce que je fais puisque telle est ma mission au service de la France et que je le fais bien ^^.
Rapidement, je lâexamine, puis demande Ă un mĂ©decin de venir, afin de âlibĂ©rerâ les deux policiers, de toute Ă©vidence, aussi heureux dâĂȘtre dans ces Urgences que dâaller se faire arracher TOUTES les dents sans anesthĂ©sie. Lâodeur dâurine et de crasse du patient y Ă©tant peut-ĂȘtre pour quelque chose. Ainsi que quelque chose comme un repas rĂ©gurgitĂ© sur les bottes de lâun dâentre-eux. Peut-ĂȘtre... On fait virer les menottes, au passage.
Bref, le patient va pour ĂȘtre installĂ© en UHCD (UnitĂ© dâHospitalisation de Courte DurĂ©e), quand soudain, il se dĂ©bat, puis me dĂ©coche un coup de poing pas piquĂ© des hannetons qui me fait voir quelques chandelles (anecdote malheureusement bien trop commune, et oui, le patient Ă©tait dĂ©menottĂ©, suivez, ou prenez des notes) accompagnĂ© dâun cri âFULGUROPOINGSâ ! Et en effet, il fut fulgurant. Je lâai pas vu venir. Bref, je mâĂ©croule et un collĂšgue vient immĂ©diatement voir quelle est la source de ce bruit. LĂ , il demande de lâaide, tandis que jâessaie de comprendre pourquoi je vois des licornes gambader autour de moi.
Je me relĂšve, tant que le patient, commence Ă saisir toutes sortes dâobjets Ă sa portĂ©e (câest dâailleurs incroyable ce qui peut traĂźner dans un couloir dâhĂŽpital)...Â
Nous avons la chance ce jour-lĂ de nâĂȘtre QUE des hommes. Mes deux collĂšgues sont bien portants, sportifs tous les deux, en passe de rejoindre des unitĂ©s prestigieuses, tandis que le mĂ©decin et moi sommes dâanciens rugbymens. Je me retiens de lui en coller une aussi, Ă©tant un professionnel (enfin, presque...).
Ni une, ni deux, on essaie de calmer le patient qui tente de procĂ©der Ă une rĂ©volution solitaire des murs et des brancards, tandis que jâai lâimpression que ma joue enfle et rougit (peut-ĂȘtre pas quâune impression dâailleurs)... Câest quand il commence Ă vouloir sâen prendre Ă un petit papy dans un fauteuil qui attendait un examen que le mĂ©decin dĂ©cide dâarrĂȘter les frais. Il me demande de prĂ©parer 4 ampoules dâHaldol (un neuroleptique puissant). Je lui demande de confirmer, la dose Ă©tant la double de celle de dâhabitude. Il me confirme quâau regard du poids du patient et de son amour des mangas japonais, on va Ă©viter dâautres problĂšmes, un infirmier au tapis Ă©tant tout de mĂȘme beaucoup pour une aprĂšs-midi.
 On fini par le coincer sur un brancard, Ă 4, pesant de tout notre poids sur lui, pour essayer dans un premier temps de le contentionner avant de procĂ©der Ă lâinjection de calmants. Mais devant le problĂšme que le patient prĂ©sente, il est hors de question de lui poser une voie veineuse pĂ©riphĂ©rique. Ce sera de lâintramusculaire. On arrive tant bien que mal Ă lâimmobiliser, en le retournant et en contentionnant une main tandis quâil hurle des insanitĂ©s, et autres rĂ©pliques de Goldorak (de toute Ă©vidence un amateur) et se rue (Ă grand mal, alors que nous sommes 4, imaginez sa force !).
Ce qui est beau dans ce mĂ©tier, câest que la littĂ©rature prĂ©conise tout un tas de choses (entre autre de rĂ©aliser l'antisepsie cutanĂ©e, de demander au patient d'expirer afin de dĂ©tendre son muscle - en gĂ©nĂ©ral le quart supĂ©ro-externe de la fesse - et diminuer la douleur lors de la piqĂ»re, de tendre la peau et de piquer franchement la peau lors de l'expiration, en vĂ©rifiant l'absence de reflux sanguin). Ăa, câest sur le papier, jâai rien fait de tout cela. Jâai piquĂ© comme un barbare Ă travers le survĂȘtement dĂ©gueulasse et dĂ©chirĂ© quâil avait, sans dĂ©sinfection, ni rien.Â
Tandis quâon arrive enfin Ă finir de le contentionner, on fini par le laisser tranquille, tant en venant vĂ©rifier de temps en temps quâil se soit bel et bien calmĂ©, et quâil nâavale pas sa langue ou autre surprise. On arrive Ă le dĂ©placer et Ă lâinstaller dans une chambre pour quâil passe la nuit, avec la circonspection dâun couple de parents allant dans la chambre dâun nouveau-nĂ© sans rĂ©veiller le bĂ©bĂ©.
Le lendemain, le patient est examinĂ© par un psychiatre : SchizophrĂ©nie atypique avec hallucinations, visuelles et auditives. Il sera transfĂ©rĂ© dans une unitĂ© fermĂ©e psychiatrique.Â
Je mâen suis tirĂ© avec un coquard et un hĂ©matome sur la joue, ainsi quâun dĂ©samour prononcĂ© pour Goldorak... Je me demande bien pourquoi.