Ce nâest pas rationnel. Ce nâest pas fait pour durer. Nous sommes mal assortis. Je ne te ressemble pas, dis-tu. Dieu soit louĂ© te rĂ©pond lâĂ©cho.
   JâĂ©cris en ailes de sauterelles ; la corde Ă sauter, les nombres imaginaires. Je ne te fais quâun tout petit peu de place : je te laisse tâendormir entre moi et le cahier de brouillon. Je renverse de lâencre sur ton traversin blanc. Une alouette Ă la dĂ©riveâŠ?
   Je me promĂšne entre les herbes de dessins animĂ©s Ă©tranges : toi entre un coup dâun soir et les douze de minuit, la belle Ă©toile, un sac Ă dos. Je te parle de chants grĂ©goriens, de romans russes, de petits matins (des aigrettes et des violoncelles). Toi tu as de grandes mains, des grands mots, des grands chevaux â câest pour mieux me manger, ça tombe bien, je suis dĂ©licieuse quand on mâavale bille en tĂȘte.
   Tout de mĂȘme. Quâest-ce qui ne tourne pas rond sous tes boucles. Quâest-ce que tu fiches lĂ , avec moi. ThĂ©orie : les marins ont une femme Ă chaque port. Câest peut-ĂȘtre marĂ©e basse sous ton crĂąne. Jâaime les garçons pas terre-Ă -terre. Tu peux rester. Câest bien. Câest fou.
   Ce nâest pas raisonnable entre nous, entre nous soit dit, câest risquĂ© â câest pas sĂ©rieux, comme chacun sait. Ce nâest un secret pour personne : Polichinelle et le chevalier⊠On en a pour, quoi, quelques semaines ? Quelques semaines irrationnelles, le rĂ©verbĂšre qui se... rĂ©verbĂšre sur la lampe, collier de coquillages, collier de coquillettes â nuitĂ©es chyroptĂ©riques.
   Toutes ailes dĂ©ployĂ©es. Au toucher. LâocĂ©an Ă dix-neuf heures trente, lâamourette entre chien et loup. Et le petit gĂąteau de minuit. Un coup de dĂ© jamais â nâarrĂȘtera lâheure du thĂ© dis-tu. Ne mâenverra valser dis-tu. Tournera lâeau du lait dis-tu, je ne sais plus comment tâarrĂȘter, je ne sais pas par oĂč te commencer, moi je disais ça comme ça, pour voir (ne saurait me gĂȘner dis-tu).
   Non, vraiment, ce nâest pas rationnel. Câest sans doute pour ça que câest si bon. Une carte postale surrĂ©aliste Ă©crite depuis les toits du monde.