Réponse à incident : se préparer est un impératif
Organisation, communication, prĂ©servation des preuves, mise Ă disposition des Ă©lĂ©ments techniques nĂ©cessaires⊠RĂ©agir Ă un incident de sĂ©curitĂ© est un exercice complexe. Pour y rĂ©ussir, il nây a pas de miracle : il convient de sây prĂ©parer.
Agnieszka Bruyere, directrice des services de sĂ©curitĂ© chez IBM France, le rĂ©sume en quelques mots : « il faut ĂȘtre toujours prĂȘt. Pour cela, il faut un processus de bout-en-bout, le tester rĂ©guliĂšrement et communiquer auprĂšs de tous les acteurs concernĂ©s ». Renaud Templier, directeur des activitĂ©s Risque & SĂ©curitĂ© chez Devoteam, explique : « il est nĂ©cessaire, en amont dâĂ©tablir un processus de gestion des incidents, tels que par exemple dĂ©finis dans la norme ISO 27035 ».
Le plan de rĂ©ponse Ă incident apparaĂźt donc comme un Ă©lĂ©ment essentiel, mais lĂ encore, loin dâĂȘtre trivial. Renaud Templier souligne lĂ lâimportance dâĂ©lĂ©ments pratiques quâil pourrait ĂȘtre tentant de nĂ©gliger : « les problĂ©matiques juridiques pouvant affecter la mise en Ćuvre dâune prestation de gestion des incidents, comme le travail le week-end, lâintervention en soirĂ©e, etc.
De maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, Michael Bittan, associĂ© responsable des activitĂ©s de gestion des risques cyber chez Deloitte, prĂ©cise : « il faut former lâensemble des parties prenantes (mĂ©tiers, IT, prestataires, etc.), sensibiliser lâensemble des collaborateurs ».
Wade Woolwine, directeur des services de dĂ©tection de brĂšches et de rĂ©ponse de Rapid7, dĂ©taille ce que doit recouvrir le plan de rĂ©ponse : les noms, rĂŽles et responsabilitĂ©s de chacun des membres de lâĂ©quipe de rĂ©ponse Ă incident, les workflows qui dĂ©finissent les processus critiques comme la sollicitation de lâĂ©quipe de rĂ©ponse, le reporting dâanalyses techniques, les approbations de communication, lâimplication des autoritĂ©s locales ou plus gĂ©nĂ©ralement la prise de dĂ©cisions exĂ©cutives ».
Sensibiliser tous ses personnels
David Grout, directeur technique de FireEye pour lâEurope du Sud, va plus loin, Ă©voquant non seulement le plan de rĂ©ponse Ă incidents, mais Ă©galement des plans « dâescalade, de communication, de remĂ©diation ».
Mais comme Michael Bittan, Pierre-Yves Popihn, directeur technique de NTT Security France, estime essentiel de « sensibiliser les utilisateurs », notamment « pour que tout le monde soit prĂ©parĂ© Ă rĂ©agir en cas dâattaque ». Et il nâest pas seul Ă mettre ce point en avant. Laurent MarĂ©chal, spĂ©cialiste solutions Europe du Sud chez Intel Security, rappelle que « la sĂ©curitĂ© repose sur trois composantes majeures : les technologies, les processus, les personnes ».
En particulier, « le maillon faible reste lâhumain. Il est donc nĂ©cessaire de sensibiliser les utilisateurs aux risques de sĂ©curitĂ© mais aussi de former les personnes opĂ©rationnelles Ă la sĂ©curitĂ© (risques viraux, vecteurs dâinfection, analyse forensic, etc.) ».  Et justement, « la sensibilisation des utilisateurs au moyen de formation ou dâexercices dâhameçonnage (phishing), ainsi que la mise en place de bonnes pratiques est un des Ă©lĂ©ments majeurs permettant de renforcer la sĂ©curitĂ© de lâentreprise en impliquant les salariĂ©s ».
Fortunato Guarino, consultant solutions Cybercrime & protection des donnĂ©es chez Guidance Software, insiste dâailleurs sur la sensibilisation des utilisateurs, en ce quâelle permet de « prĂ©venir, et rĂ©duire lâexposition plutĂŽt que de simplement traiter ».
Mais la formation et la sensibilisation concerne aussi la rĂ©ponse Ă incidents, « en termes technique et organisationnel ». LĂ , les tests dâintrusion et les exercices, voire les simulations dâattaques rĂ©elles et dâenvergure jouent un rĂŽle clĂ© pour renforcer la prĂ©paration.
Réaliser des exercices réguliers
Et lĂ , le consensus apparaĂźt complet : il faut rĂ©aliser des exercices de simulation rĂ©guliers, tant pour mettre Ă lâĂ©preuve son plan de rĂ©ponse Ă incident, que pour former ses Ă©quipes ou encore « capitaliser sur son expĂ©rience et apprendre de ses erreurs », comme le relĂšve Michael Bittan.
Yann Fareau, responsable Business Development EMEAR chez Cisco, relĂšve que lâĂ©valuation des plans de rĂ©ponse, « mĂȘme si cela paraĂźt Ă©vident comme dĂ©marche, ce nâest pas systĂ©matique. Les entreprises doivent, pour ĂȘtre assurĂ©es de lâefficacitĂ© de leur plan de rĂ©ponse Ă incident de sĂ©curitĂ©, le tester rĂ©guliĂšrement. Elles doivent vĂ©rifier que les Ă©quipes techniques et exĂ©cutives maĂźtrisent bien le rĂŽle quâelles ont Ă jouer et leurs responsabilitĂ©s en cas dâincident ». Sans oublier bien sĂ»r de tirer les enseignements de ces exercices.
David Grout insiste de son cĂŽtĂ© sur « la formation continue des Ă©quipes aux mĂ©thodes dâinvestigations et de rĂ©ponse », en plus des exercices et des simulations. Mais par question de conduire des exercices sans direction prĂ©cise. Wade Woolvine relĂšve que les « scĂ©narios de menace doivent ĂȘtre adaptĂ©s Ă lâentreprise et Ă ses systĂšmes et donnĂ©es critiques ».
De leur cĂŽtĂ©, les simulations permettent non seulement dâĂ©prouve la capacitĂ© de rĂ©ponse, mais Ă©galement de dĂ©tection : « ĂȘtre prĂ©parĂ© Ă rĂ©pondre Ă un incident est important, mais pas aussi quâĂȘtre capable de dĂ©tecter une menace ou une brĂšche en premier lieu ». Et lĂ , souligne Wave Woolvine, « lorsque lâon travaille avec des prospects sur leur plan de rĂ©ponse Ă incident, on dĂ©couvre souvent des organisations qui ne sont pas prĂȘtes Ă dĂ©tecter des attaques ciblĂ©es, pilotĂ©es par des humains, ce qui se traduit par des attaquants restant rĂ©sident dans lâorganisation pendant des semaines, mois, ou des annĂ©es ».
Yann Fareau insiste enfin sur lâimportance de retirer tous les enseignements de ces exercices, soulignait que ces efforts doivent sâinscrire dans « un cycle dâamĂ©lioration continue ». Le tout en restant « humble et positif », pour Fortunato Guarino : « on nâest jamais trop prĂ©parĂ© pour le scĂ©nario du pire ».
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