La langue française: plus quâun cours Ă lâĂ©cole
Quand, pour mon projet, est venu le temps de choisir un sujet qui me passionne, mon choix fut simple: je voulais parler dâun enjeu qui vient me chercher au plus profond de mon ĂȘtre, qui vient toucher Ă ma raison et ma façon dâĂȘtre, dans mon identitĂ©. Cette identitĂ© mĂȘme que je partage avec tous les quĂ©bĂ©cois et quĂ©bĂ©coises.Â
Dans son livre La langue rapaillĂ©e, Anne-Marie Beaudoin-BĂ©gin affirme : « Car la langue est beaucoup plus quâun simple moyen de communication. Câest aussi un outil social et culturel. » AprĂšs plusieurs observations, jâai rĂ©alisĂ© que souvent, la place quâoccupe la langue dans lâhistoire et dans le quotidien dâun peuple est sous-estimĂ©e, que justement, on traite la langue comme un moyen de communication sans plus. Cependant, la langue française, notre langue Ă nous, QuĂ©bĂ©cois-es, devrait reprĂ©senter Ă nos yeux bien plus quâune façon de se souhaiter un bon match avant une activitĂ© sportive, ou de se passer la perceuse pendant des rĂ©novations. Une langue, ça reprĂ©sente une histoire et une culture aussi, ça nous permet dâexprimer nos sentiments, de nous unir, car nous nous comprenons. Seulement, nous tardons Ă comprendre que ce «moyen de communication» nous rend uniques, nous rassemble et cette incomprĂ©hension le met en danger, met en danger notre culture, notre identitĂ© comme sociĂ©tĂ©.Â
Mais quel est ce danger? En tant quâadolescents, nous avons toutes et tous une crainte rĂ©currente dâĂȘtre rejetĂ©s ou dâĂȘtre diffĂ©rents des autres, de sortir du lot. Nous voulons faire partie de la « gang », ĂȘtre comme les autres pour se sentir Ă sa place, acceptĂ©s. Comme les films dâados nous le montrent si bien, lorsque le personnage principal, aprĂšs une multitude de mĂ©saventures, finit toujours par rĂ©aliser quâil doit ĂȘtre lui-mĂȘme et conserver son unicitĂ©, ce qui le rend spĂ©cial.  Nous sommes tous dâaccord que cet adolescent a fait le bon choix. Eh bien, lâadolescent, câest le QuĂ©bec. Nous voulons tellement ĂȘtre identiques aux autres, au reste du Canada, aux Ătats-Unis, quâon sâoublie, quâon renie nos racines françaises.On peut alors se sentir comme les Gaulois dans la populaire bande dessinĂ©e AstĂ©rix et ObĂ©lix. Câest dâailleurs ainsi que les Français nous surnomment avec admiration, nous, les QuĂ©bĂ©cois-ses, qui sommes entourĂ©s dâanglophones, mais qui conservons notre langue... Le vrai danger, câest d'oublier qui nous sommes. Dis comme ça, ça peut avoir lâair gros, voire exagĂ©rĂ©. Jâaimerais bien exagĂ©rer, mais ce nâest pas le cas. Et câest ce qui mâeffraie encore plus!
Je pourrais vous citer une infinitĂ© de statistiques, toutes plus effroyables les unes que les autres. Je pourrais vous dire que lors dâun sondage tenu Ă lâUniversitĂ© du QuĂ©bec Ă MontrĂ©al, lâUQAM, le journaliste Paul Journet de La Presse a demandĂ© Ă des Ă©tudiants dans quelle langue ils prĂ©fĂ©raient Ă©couter leur musique: 64% des jeunes ont rĂ©pondu favoriser lâanglais contre 6% le français. Je pourrais mĂȘme ajouter que les recettes des spectacles anglophones ont augmentĂ© de 115% de 2005 Ă 2008, alors que les recettes des spectacles francophones ont diminuĂ© de 29% durant ces annĂ©es. Mais, que signifient tous ces chiffres sans Ă©motion, sans sentiment, sans fiertĂ©? Absolument rien. Si ces chiffres ont une valeur Ă mes yeux, câest parce que jâai dĂ©veloppĂ© ce sentiment, cette fiertĂ©, de savoir dâoĂč je viens et jâaime le partager, lâaffirmer. Jâaimerais mobiliser les jeunes de ma gĂ©nĂ©ration, principalement les 12-17 ans que je cĂŽtoie chaque jour, Ă faire attention Ă la langue de chez nous, Ă Â la mettre en valeur plutĂŽt que de la renier. Â
 Je comprends que, pour certains, trouver son identitĂ©, le groupe auquel on appartient, peut reprĂ©senter la quĂȘte dâune vie. Câest loin dâĂȘtre facile. Pour y arriver, il faut rĂ©ussir Ă trouver des Ă©lĂ©ments qui nous intĂ©ressent, auxquels on est fier de sâidentifier. On peut ĂȘtre fier de faire partie dâune Ă©quipe de hockey, de gagner avec eux, alors on peut Ă©galement ĂȘtre fier de faire partie dâune nation, de son histoire. Moi je suis fiĂšre du QuĂ©bec, dâun QuĂ©bec multiculturel et ouvert, mais dâun QuĂ©bec oĂč la premiĂšre langue parlĂ©e entre tous et toutes pour se comprendre et communiquer est le français. On trouve de la fiertĂ© dans les petits aspects de la langue et en partant de cela, on peut dĂ©velopper ce sentiment dâappartenance. Remarquez comme nous sommes les premiers Ă faire la diffĂ©rence entre nos expressions, nos accents et nos abrĂ©viations orales et ceux des Français. Nous tenons Ă montrer notre diffĂ©rence. Et sans le rĂ©aliser, on fait toutes sortes de distinctions au quotidien: NOS hivers, NOTRE poutine⊠NOTRE langue! Quand Alexandre Bilodeau, aux Jeux Olympiques de Vancouver en 2010, a gagnĂ© la mĂ©daille dâor en ski acrobatique, jâen ai eu des frissons et jâĂ©tais tellement fiĂšre de dire quâil venait de chez nous et je ne pense pas me tromper en disant que vous aussi. Quand on rencontre un anglophone qui fait lâeffort de nous parler en français, on apprĂ©cie. Quand il nous aborde en anglais ou lorsque plutĂŽt que de nous dire Bonjour, il nous dit Hi Ă MontrĂ©al, nous sommes les premiers Ă nous en offusquer. Ăa me dĂ©range! Jâaimerais que les jeunes de mon Ăąge en fassent une prioritĂ© aussi. Nous sommes-nous dĂ©jĂ arrĂȘtĂ©s pour rĂ©aliser que notre indiffĂ©rence par rapport Ă notre culture, notre langue, nous vient du fait que nous nous faisons dire que câest ainsi que nous devrions agir? Que lâanglais, bien que nĂ©cessaire pour la communication internationale, est plus important, meilleur, que notre  français? Qui a dit quâil nâĂ©tait pas possible de parler aussi bien lâanglais que le français et que pour cela, il nâest pas nĂ©cessaire pour autant de laisser tomber notre langue au premier contact.
Saviez-vous quâen 2011, David Goudreault devint le premier QuĂ©bĂ©cois Ă gagner la coupe du monde de slam-poĂ©sie? Et il lâa fait seulement en français. Une autre bonne raison de voir que si nous rayonnons Ă lâĂ©tranger, pourquoi pas ici? Ăa ne doit pas ĂȘtre pour rien tout de mĂȘme! Â
Dans le fond, la fiertĂ© de la langue, nous lâavons dĂ©jĂ , au fond de nous. Nos ancĂȘtres, les Patriotes entre autres, se sont battus jusquâau sang pour quâon la conserve et nous, jeunes QuĂ©bĂ©cois du 21e siĂšcle, on la prend pour acquise. On pense que la guerre est dĂ©jĂ gagnĂ©e. Cependant, la clĂ© de la survie de notre langue rĂ©side dans la rĂ©alisation que cette bataille ne finira jamais et que chaque gĂ©nĂ©ration doit se battre, la rendre vivante en la parlant, en la parlant bien, en la parlant souvent, en lâĂ©crivant, en lâĂ©coutant et SURTOUT en lâapprĂ©ciant. Elle est compliquĂ©e, câest vrai, mais nous sommes Ă la hauteur de notre langue. Soyons intelligents collectivement.  Il ne suffit pas dâune Saint-Jean-Baptiste par annĂ©e, il en faut 365. Il faut continuer de parler, jaser et placoter dans notre langue. RĂ©alisons quâelle est belle, et quâelle est au centre de ce qui nous rend QuĂ©bĂ©cois. Jâai envie de croire quâon parlera toujours français, cette langue belle, Ă travers les histoires.