[Tranche de vie] Mon syndrome, le syndrome de Lynch.
Aujourdâhui je vais vous parler un peu sĂ©rieusement. Vous mâen voulez pas jâespĂšre ? Parce que aprĂšs mĂ»re rĂ©flexion, je vais vous parler du syndrome de Lynch ou HNPCC (mais je me contenterai ici de lâappeler syndrome de Lynch). Il sâagit dâune prĂ©disposition gĂ©nĂ©tique associĂ©e, dans mon cas, au gĂšne MLH1. Mais je ne vais pas trop vous parler technicitĂ©, dĂ©jĂ parce que moi je ne suis pas mĂ©decin, je suis professeur de français, donc je vais essayer de vous expliquer ça simplement â et parfois peut-ĂȘtre trop simplement, veuillez mâen excuser -.
DĂ©jĂ , câest quoi le syndrome de Lynch ?
Pour faire simple (je mettrai un lien Ă la fin de lâarticle pour ceux qui veulent plus de dĂ©tails), lors de la transmission des parents Ă lâenfant, il arrive quâun gĂšne mute. Contrairement Ă dans X-Men, ça nâa rien de glamour. En effet, le syndrome de Lynch prĂ©dispose Ă plusieurs cancers prĂ©coces, principalement les cancers colorectaux et de lâendomĂštre pour les femmes. La diffĂ©rence avec les cancers qui ont dâautres causes est que le corps crĂ©e lui-mĂȘme la maladie en encodant mal les nouvelles cellules que le corps fabrique. Câest ce quâon appelle une altĂ©ration constitutionnelle.
Pour prendre mon propre exemple, au lieu de gĂ©nĂ©rer des nouvelles cellules intestinales qui vont simplement remplacer les anciennes, je fabrique dĂšs le dĂ©part des nouvelles cellules dĂ©jĂ malades, principalement sur la surface externe de mes organes, bien que pour le coup je ne sache pas si câest un cas particulier ou une gĂ©nĂ©ralitĂ© du syndrome. Actuellement, je suis un traitement qui fonctionne assez bien mais des recherches sont encore en cours pour en savoir plus sur le fonctionnement gĂ©nĂ©tique du syndrome et sa mutation. Car il faut savoir quâun cancer prĂ©coce du cĂŽlon est quand la personne malade a moins de 60 ans : jâen avais 28 au tout dĂ©but de cette histoire. Jâen ai maintenant presque 32 et si je vais mieux depuis mon nouveau traitement, je suis toujours malade.
Outre sa prĂ©cocitĂ©, le syndrome de Lynch a aussi la particularitĂ© dâĂȘtre micro-satellitaire instable. Pour ceux dâentre nous qui ne parlent pas le gĂ©nĂ©ticien couramment, cela signifie grosso-modo que les cellules cancĂ©reuses sont inscrites dans tout lâADN des personnes atteintes et bloque lâapport des protĂ©ines qui permettent de rĂ©parer les cellules. En gros, la cellule ratĂ©e reste ratĂ©e et peut donc aller vivre sa vie de mĂ©chante cellule un peu partout.
Comment savoir si on a le syndrome de Lynch ?
Pas de panique mesdames et messieurs, en rĂ©alitĂ© le syndrome de Lynch ne concerne quâentre 2 Ă 7 % des cancers colorectaux ! Toutefois, certains facteurs dits dâAmsterdam font passer ces pourcentages rassurants Ă 60 % de probabilitĂ© de dĂ©velopper un cancer, mais il est trĂšs rare de rĂ©unir tous ces critĂšres !
Les critĂšres dâAmsterdam sont les suivants :
- au moins trois parents atteints d'un cancer prouvé comme appartenant au spectre du syndrome de Lynch.
- un des sujets apparenté au premier degré aux deux autres.
- au moins deux générations successives atteintes.
- au moins un diagnostic de cancer posé avant l'ùge de 50 ans.
- exclusion d'une polypose adénomateuse familiale.
Je correspondais Ă tous ces critĂšres et jâai donc augmentĂ© de 60 % mes probabilitĂ©s dâĂȘtre malade (sauf quâen fait, avant de lâĂȘtre, je ne le savais pas!), mais, je le rĂ©pĂšte, Ă lâĂ©chelle de la population, le syndrome de Lynch ne concerne mĂȘme pas 10 % des gens ! Et il est aussi bon de prĂ©ciser quâon peut avoir le syndrome de Lynch et ne jamais tomber malade de toute sa vie. Cela dĂ©pend en partie des critĂšres dâAmsterdam ci-dessus.
Pour ce syndrome comme pour toutes les maladies potentiellement gĂ©nĂ©tiques, vous devez surtout faire attention Ă vos antĂ©cĂ©dents familiaux. Commencez Ă vous faire suivre par des spĂ©cialistes si vous avez dĂ©jĂ eu des cancers dans votre famille, car ce que je vous dis lĂ pour ma maladie vaut aussi pour le cancer du sein : sâil y en a eu plusieurs dans votre famille, allez consulter rĂ©guliĂšrement.
Le seul moyen de savoir avec certitude si vous ĂȘtes atteint du syndrome de Lynch, car quelquâun de votre famille lâa, est de consulter un gĂ©nĂ©ticien spĂ©cialisĂ© qui vous fera une prise de sang pour trouver (ou pas) le gĂšne malade. En attendant, vous devrez faire une coloscopie Ă coloration indigo-carmin tous les deux ans minimum. Les rĂ©sultats de la prise de sang peuvent ĂȘtre longs Ă obtenir, ainsi que les rendez-vous. Comptez deux Ă trois mois pour le rendez-vous si vous nâavez aucun symptĂŽme « urgent » et entre trois et neuf mois pour le rĂ©sultat de la prise de sang.
Que fait-on quand on a le syndrome de Lynch mais quâon nâest pas malade ?
Encore une fois, on se fait surveiller ! Pour nous mesdames câest gynĂ©cologue avec visite un peu plus poussĂ©e que pour nos semblables histoire de protĂ©ger lâendomĂštre et pour tout le monde câest coloscopie Ă coloration indigo-carmin (attention, les coloscopies normales peuvent passer Ă cĂŽtĂ© des polypes cancĂ©reux plats) ! Tous les ans câest bien, surtout si on vous trouve des polypes, sinon, tous les deux ans minimum. Une prise de sang pour vĂ©rifier toute anomalie peut aussi ĂȘtre prescrite (les cellules tumorales sont gourmandes en fer), mais il est assez rare que cela soit fait car on peut avoir des carences pour tout un tas dâautres raisons !
Et on fait surveiller toute sa famille parce que vous savez ce quâon dit : le savoir câest le pouvoir ;)
Pour plus dâinformations (techniques) vous pouvez consulter ce site : http://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/L-organisation-de-l-offre-de-soins/Oncogenetique/Les-predispositions-genetiques Il vous informera sur les prĂ©dispositions gĂ©nĂ©tiques en tout genre, dont le syndrome de Lynch, et câest un site fiable et sĂ©rieux (car on le sait, on trouve de tout sur internet!).
A trĂšs bientĂŽt pour, probablement, un peu de lecture <3








