Conferência de Gilberto Freire sobre Gurvitch Gilberto FREYRE (March 15, 1900 – July 18, 1987) Gilberto_Freyre MON AMI GURVITCH(*) (*) In Caderno n° 32, Caruaru, 1972, pp. 3-14. Conférence prononcée à la Faculté de Droit de Caruaru le 11 août 1971, sous la présidence du professeur Pinto Ferreira et à l’initiative du professeur Tabosa de Almeida. Traduction de Christine Ritui. [ Revista Francesa ANAMNESE N° 1 -2005, edição digital em PDF, varios autores, dedicada a Georges Gurvitch, sous la direction de Christian PAPILLOUD & Claude RAVELET, Mise en page de Claude RAVELET, Traduction de Christine RITUI. Acervo de Sociólogos sem Fronteiras Rio de Janeiro – SSF/RIO ] . *** Je remercie les dirigeants de cette École de m’avoir aujourd’hui offert l’occasion d’un premier contact avec ses professeurs, ses étudiants et tous les aimables habitants de cette ville – ville déjà renommée pour tant de raisons dans la géographie culturelle du Brésil – très sensible aux questions intellectuelles. Mes remerciements vont au jeune et brillant professeur de Droit qui vient de me saluer d’une façon si expressive et dont le nom révèle un si illustre héritage : celui de José Isidoro Martins Júnior. Ici fleurit depuis des années un ensemble d’activités universitaires dans une ambiance que l’on définirait sociologiquement comme rurbaine : un salutaire mélange d’urbain et de rural. Cet ensemble n’a pas surgi à l’improviste. Il représente l’effort énorme, et parfois héroïque, du professeur Tabosa de Almeida, auquel s’est associé, en tant qu’éminent collaborateur, un maître du Droit et un expert en sociologie de réputation nationale et même internationale, Pinto Ferreira. C’est un effort qui, avec les triomphes obtenus, est déjà devenu une réalisation stable. Caruaru se trouve incorporée définitivement dans la géographie culturelle du Brésil au même titre que Campinas, Juiz de Fora, Ribeirão Preto, Santa Maria (de Rio Grande do Sul), parmi les différentes expressions rurbaines de l’activité intellectuelle dans lesquelles les études supérieures se décentralisent parmi nous, avec une vigueur plus ou moins grande, au bénéfice d’autres populations, en dehors des populations urbaines. Ce phénomène, à ses débuts, a attiré l’attention de l’érudit sociologue-juriste européen à l’automne de sa vie si intéressé au Brésil, créateur et non pas seulement systématisateur de savoirs sociologiques liés aux juridiques, dont j’évoquerai aujourd’hui la personnalité sur un ton moins de cours que de “causerie”. Je veux parler de Georges Gurvitch. Une de mes fiertés est d’avoir fait venir Georges Gurvitch au Brésil, pour un second contact avec notre pays. J’ai obtenu qu’il soit invité à prononcer des conférences sur la Sociologie du Droit à la Faculté des Sciences Juridiques et Sociales de l’ex-Université de Recife ; sur la Sociologie Scientifique et la Sociologie Philosophique, à l’Institut Joaquim Nabuco de Recherches Sociales, et aussi sur la Sociologie du Droit à la Maison de Ruy Barbosa, à Rio de Janeiro, où il a été accueilli avec les attentions qui lui étaient dues, par le Ministre de l’Éducation. Le premier contact avec le Brésil n’avait pas laissé chez Gurvitch une impression très favorable. Il avait admiré la beauté presque mythique de Rio de Janeiro. Il avait aussi constaté le progrès déjà à demi mythique de São Paulo. Mais il n’avait pas réussi à identifier dans le pays visité un peu en touriste, une culture distincte de celle européenne ou résistante à celle yankee, qui puisse éveiller en lui l’intérêt du sociologue : le constant sociologue en profondeur qu’il était, aussi bien en France que dans ses voyages à l’étranger. Son deuxième contact avec le Brésil lui a procuré le plaisir d’identifier, dans notre pays, en tant que sociologue, une culture nationale. Il ne s’est pas limité alors à séjourner quelques jours à Rio et à revoir le Centre-Sud du pays : il est venu dans le Nordeste. Il a connu Recife, Olinda, le Pernambuco. Il est allé jusqu’à Paraíba. Il a fait même le projet de séjourner chez les cabocles de Paraíba, habitant un long mois dans une maison rustique, couverte de chaume, parmi les cocotiers. Et là, pour méditer et écrire. Un projet romantique, mais que le maître de la Sorbonne, égaré sous les tropiques brésiliens, n’a pu concrétiser. Dès que les Gurvitch – le professeur et son épouse – se sont installés dans leur maison rustique, au lieu de partager la vie des cabocles, ils ont été assiégés par les gens de la ville plus ou moins intellectualisés qui allaient les voir presque en touristes, les connaître, les admirer de près, arrivant jusqu’à la retraite des Gurvitch à n’importe quel moment, les interrompant dans leurs travaux et leurs loisirs, dans leurs repas arrosés à l’eau de coco et durant la sieste : des siestes écologiques dans des hamacs frais, blancs, odorants, bien du Nordeste. Et ainsi a échoué le rêve de l’érudit d’être, au milieu des cocotiers, un Gauguin d’une nouvelle espèce, qui au lieu de peindre des femmes de couleur, aurait vécu avec les cabocles, participé à leurs dîners de poisson frit accompagné de farofa, sortant avec un de ces autochtones, jangadeiro, au grand large, dans une jangada très brésilienne, une aventure extraordinairement osée pour un Européen résidant depuis des années dans son Paris sombre, super-civilisé. Parce que tout cela figurait dans le projet de Gurvitch. Mais de ce projet romantique il réaliserait peu de choses. Il réaliserait cependant assez pour qu’il quitte le Brésil le plus tropical qu’il a pu connaître, avec la nostalgie de son paysage et de son peuple. (...) Tecle no link acima para acessar o texto completo.