ghamar & hosein nourshargh - hanuz
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ghamar & hosein nourshargh - hanuz

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Ghamar et Ashgar.
11/07/2012
Le troisième jour, nous avons diné dans la plus grande des maisons du musée, qui est centenaire. Un peu plus à l'aise, j'étais déterminée à me lever, et à aider au lieu de me faire servir.
On faisait à manger exceptionnellement dans la Grande Cuisine, une "vraie" cuisine, avec du gaz au lieu du feu de bois comme source de chaleur, et même un four. Je suis donc descendue pour aller chercher les plats à amener sur le tapis de paille où nous dinons. Phu m'a mis dans les mains deux plats en faïence, remplis de tofu cuisiné à la tomate, en me donnant une instruction en anglais que je n'ai pas comprise, mais à laquelle j'ai naturellement acquiescé. Les deux plats dans les mains, je me suis avancée dans le noir, vers la cabane, me demandant parfois sur quoi je marchais. Heureuse d'avoir atteint l'échelle-escalier, je m'apercevais qu'elle était particulièrement abrupte, et je m'interrogeais maintenant sur la manière dont j'aillais bien pouvoir la monter sans tout renverser, tout en gardant un semblant d'équilibre et de dignité. Si je me cassais la figure, c'était aux yeux de toutes les personnes présentes, je fichais le diner et ma crédibilité en l'air d'une pierre deux coups.
J'ai alors pensé à ma grand mère, Maman Joon. Je me suis rappelée d'une histoire que ma maman m'avait racontée. Toute jeune mariée, ma grand mère avait eu pour tâche de porter un énorme plateau de plats à la table de la famille de mon grand père, et après avoir tout fait chuter par terre était littéralement tombée dedans. La belle famille avait été catastrophée. Et subitement, pour une raison que j'ignore, je me sentais beaucoup mieux.
Comme si ce souvenir venait de poser sa main sur mon épaule. J'ai monté les marches doucement mais surement, en souriant, arrivée en haut, j'ai enlevé mes chaussures sur le pallier, et j'ai déposé sans problème les plats sur le tapis, souriant toujours.
Je suis décidée à tout gouter ce soir. Quand on me propose tout sourire un petit verre empli d'un liquide légèrement doré, j'accepte avec plaisir. Hieu me désigne alors ma place. Je m'assois, et j'essaye de sentir l'odeur du liquide. C'est un alcool. Relativement fort. Nous sommes assis en deux cercles. Hieu, de concert avec les autres lève son verre pour trinquer, et nous trinquons. Ils boivent tous le verre d'un coup, comme un shot. Je fais de même. Bien entendu tout le monde me regarde et attend ma réaction. C'est de l'alcool de riz je pense, ce n'est ni bon, ni mauvais, mais ça me requinque un peu. Je souris, et je dis simplement "Good, thanks" à Hieu. Ils me regardent avec de grands yeux et me servent à nouveau. Apparemment, ils aimeraient bien revoir ça, et lèvent tous leur verre plein vers moi. Je lève mon verre, et je bois. On s'apprête à me resservir, mais je refuse, en riant. Ils sont tous ravis. Je m'aperçois que je suis "à la table" des hommes, de ceux qui boivent, et de ceux qui chantent. Les femmes ne boivent pas. Elles n'aiment pas l'alcool.
De nouveau je pense à ma Maman Joon. Ma grand mère Ghamar était la fille d'un propriétaire de Khosrowshah, au Nord de l'Iran, près de Tabriz. Elle avait été, très jeune, destinée à un homme. Mon grand père était le fils d'un propriétaire de la même contrée, et lui aussi avait été destiné à une autre. Son père emmenait ma grand mère partout, et quand les hommes se réunissaient pour boire et pour chanter, ma grand mère était la seule fille à pouvoir rester, comme moi ce soir là.
C'est ainsi qu'un jour mon grand père, venu avec son père, vit Ghamar. Il tomba amoureux d'elle, et ce fut réciproque. Il voulu l'épouser sur le champ, mais les deux pères ne l'entendaient pas de cette oreille. Ghamar avait déjà un prétendant. Il n'était pas question d'en changer.
Mon grand père n'avait pas renoncé pour autant, et face à son père qui, lui aussi, rappelait à son fils l' engagement auprès d'une autre, Ashgar resta de marbre et répondit simplement "Ghamar, ou personne". Le père ignora cette parole qu'il prit pour un égarement de la jeunesse.
Quelques temps plus tard avait lieu le mariage du frère d'Ashgar, où ce dernier devait rencontrer officiellement sa promise. Il pensa à ne pas y aller du tout. Mais il s'agissait du mariage de son frère. Il s'y rendit donc. Les présentations eurent lieu. Il resta poli, mais distant. Son père le prit à part et lui demanda ce qui lui prenait. Le fils expliqua encore à son père qu'il n'aimait pas cette femme, et que celle qu'il voulait répondait au nom du Soleil (Ghamar). Le père se mit en colère. Il n'était pas question de changer les projets. Cela déshonorerait toute la famille.
Mon grand père tira alors son épée, et posa la tranche contre son cou. Le père ne bougea pas, d'abord. Ashgar dit simplement "Ghamar, ou personne". Voyant le visage bouleversé du fils, le père voulu lui prendre l'épée des mains de peur qu'il ne se tue pour de bon. Accidentellement, il se coupa. Le sang avait coulé au mariage. Le pire des augures.
Le père ne pouvait plus ignorer l'inclination de son fils, et se résolut à aller demander la main de ma grand mère à son ami propriétaire. Entendant la requête, le père de Ghamar resta d'abord impassible. Il répondit qu'elle était déjà promise. L'autre lui répondit qu'il le savait bien, mais que son fils avait menacé de se tuer si Ghamar ne devenait pas sa femme. Après une courte discussion, l'invité prit son congé, et le père de Ghamar la fit venir.
Ghamar était encore très jeune, elle avait à peine treize ans. Il regarda sa fille et se décida à lui parler de la demande qu'on lui avait fait le matin. "Veux tu l'épouser?" "Oui, j'aimerais bien" répondit simplement Ghamar. Le père fit savoir à Ashgar et à son père qu'il souhaitait les rencontrer dès que possible le lendemain.
Ghamar écoutait toujours son père. Elle l'écouta encore quand il dit au père d'Ashgar "Ma fille à été élevée comme une princesse. Elle casse ma porcelaine la plus fine quand elle court au jardin, et ne se retourne pas. Sauras-tu prendre soin d'elle dans ces conditions?" L'autre père répondit oui. "Ma fille, d'autre part est encore jeune, il faudra attendre qu'elle grandisse" Le père d'Ashgar répondit "Mon fils attendra ta fille le temps qu'il faudra". Le mariage était décidé. Ashgar était le plus heureux des hommes. On raconte qu'il dansa deux jours et deux nuits.
Les amoureux furent patients. Dès que l'âge de Ghamar le permit, il se marièrent, et comme le voulait la coutume, ma grand mère alla vivre parmi la famille de son mari. Mais le père d'Ashgar ne tint pas sa promesse: on demandait à la jeune fille d'effectuer des travaux quotidiens dont elle n'avait pas du tout l'habitude. Jusqu'à ce jour, où on lui donna un plateau trop lourd à porter, si bien qu'elle tomba dedans. C'en était trop pour Ashgar qui ne supportait plus la tutelle de son père, et la façon dont il traitait son épouse.
Un soir, il fit promettre à Ghamar de ne souffler mot jusqu'à son retour, et il s'enfuit pour Téhéran, afin de trouver une maison et un emploi. Quand il reviendrait, il emmènerait ma grand mère, et lui offrirait une vie digne d'elle. Ainsi fut fait.
La vie à Téhéran s'avéra beaucoup plus difficile que prévu, et après avoir essayé par maints moyens de subvenir à leur propres besoins et à ceux de leur premier bébé, Ashgar se rendit à l'évidence. En tant que fils de propriétaire, il ne savait pas travailler. A la mort de leur premier enfant, les parents en deuil décidèrent d'appeler leurs pères respectifs à l'aide. Les deux patriarches répondirent à l'appel, et bientôt naquit mon oncle Hamid. Sa naissance intervint dans une telle période de trouble qu'aujourd'hui encore nous ne connaissons pas sa date de naissance.
Ghamar et Ashgar construisaient désormais leur vie doucement mais surement, bâtissant un mur, puis un second, puis une pièce, puis une maison, qui accueillit bientôt ma tante Hoori, ma maman Shayda, et mon deuxième oncle Madjid. Que se serait il passé si mon arrière grand père avait interdit à ma grand mère de rester parmi les hommes, tandis qu'ils buvaient, et qu'ils chantaient?
Et pendant que je maniais mes baguettes, je réalisais que la réponse à cette question était: peu importe. Ce dont j'étais certaine, c'est que cette histoire vivait en moi comme si moi même j'avais été Ghamar, et je l'étais bien un peu. J'aurais aimé poser ma tête sur les genoux de ma grand mère, comme lorsqu'elle me racontait son histoire, juste un instant. J'aurais aimé que ma maman soit là, pour se rappeler avec moi. Mais la sensation de manque se mêle aussi à une joie extraordinaire: celle d'appartenir à cette histoire.
تصنیف "هزار دستان" با صدای بانو قمر الملوک
شعر و آهنگ از محمد علی امیر جاهد
"Hezar Dastan" sung by Ghamar