Par Frédéric Lordon (La pompe à phynance, Les blogs du Diplo, 12 octobre 2018)
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Par Frédéric Lordon (La pompe à phynance, Les blogs du Diplo, 12 octobre 2018)

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Frontlines : Apprenez la langue de l'ennemi avec Laura Raim
Les débats avec Derrida, la programmation musicale de Nulle Part Ailleurs, des communistes, des bouffes-curetons, des clopes et des vraies fights à la télé. Autant d’expériences médiatiques aujourd’hui perdues. Vous pensez qu’on s’ennuie qu’aux fêtes face aux programmes de Noël ? Faux, on s’y emmerde à l’année. Simulacres de débats, journalistes-acteurs, voix des économistes et des publicitaires mis à l’antenne et à l’honneur comme la nouvelle pensée, retape promo pour des vedettes de la Philo ou des rockstars de l'édition qui ne disent plus rien… Les prophéties de Godard se réalisent : faute d’idées, la télévision se transforme en un meuble poussiéreux.
Cette crise de contenus doit être associée à la langue parlée sur le P.A.F.
Coût du travail, plan de sauvegarde de l’emploi, diesel vert… La fabrique du vocabulaire est puissante et boyaude au quotidien une terminologie subliminale. Ainsi que notre résignation. Cette novlangue télévisuelle lisse et tord les mots. Elle annule toute subversion. Et vient recouvrir une réalité sociale impossible à dire dans les médias en général.
Comment la parole et la pensée sont-elles devenues à ce point politiquement correcte ? Quel modèle linguistique, quel confort moral ont remplacés les mots de Choron, Bourdieu et Topor ? Qui tient le fer à lisser ? Pourquoi nous sommes-nous tous laissés faire et putain : à qui profite cette novlangue ?
On a posé ces questions à la journaliste Laura Raim. Autodestruction du PS Comedy Club, crépuscule Grec, montée de l’Alt-Right, business de la violence policière en France ou Nuit Debout… Laura déploie ses engagements dans des titres hétérodoxes comme La Revue du crieur, Hors-Série, Regards ou le Diplo. Ses mains sont libres, mais engagées dans tout un tas de chantiers médiatiques et sociaux. De ceux qu’on n’enseigne pas à l’École Supérieure de Journalisme de Paris.
D’où vient cette langue de la télévision et des médias mainstream ?
Un bon point de départ est la grande conversion du Parti Socialiste au néolibéralisme sous Mitterrand. En 1984, l’émission Vive la Crise présentée par Yves Montand sur France 2 est symptomatique de ce tournant ; un an auparavant, le gouvernement socialiste a renoncé à son programme de gauche. Il s’agit donc de faire la pédagogie de la nécessaire rigueur budgétaire, tellement plus moderne que la préservation des services publics et de l’Etat social.
La suite de cet entretien avec Laura Raim est Ă lire chez Vice.