Ă mon arrivĂ©e Ă Ubud, je me suis installĂ©e dans un petit hĂŽtel pas trop cher situe juste en face de la âSacred Monkeys Forestâ (Foret sacrĂ©e des singes). En gros, une jungle en bordure de la ville. Grave erreur. Comme son nom l'indique, elle abrite plein de familles de singes. Personne n'aime les animaux plus que moi. Ce sont mes amis (et dois-je rappeler quâon ne mange pas ses amis, que ça ne se fait pas ?). Mais les macaques, ce ne sont pas des animaux. Ce sont des dĂ©mons.
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A 5 heures du matin, ils se donnaient tous rendez-vous sur mon petit balcon. Et je les entendais brailler : "HĂ© les gars ! J'ai une idĂ©e : si on secouait les chaises ? Et si on jouait Ă allumer et Ă©teindre la lumiĂšre extĂ©rieure ? Si on sautait et qu'on se pendait aux barreaux ?â Et puis surtout : âsi on HURLAIT ?â Ils se croient tout permis parce quâils sont soi-disant sacrĂ©s.
Sachant qu'il n'y a pas de vitres aux fenĂȘtres - seulement des moustiquaires en toile - ce barouf se dĂ©roulait littĂ©ralement Ă un mĂštre de ma tĂȘte endormie. Ma porte n'Ă©tait fermĂ©e que par un loquet de bois faiblard et je m'attendais Ă tout moment Ă voir l'un de ces malades mentaux atterrir sur mon oreiller.
Au petit déj, les employés de l'hÎtel devaient monter la garde à cÎté de ma table avec un grand bùton pour chasser ceux qui lorgnaient sur mes fruits. à la moindre inattention, ils n'hésitaient pas à venir se servir avec leurs grands doigts poilus dans mon assiette, tout en me soufflant dessus d'un air menaçant. De quoi commencer la journée du bon pied. Comme me l'a lancé un Australien rigolard : "Relax and enjoy your breakfast ! "
Une fois oĂč j'avais mal fermĂ© la porte de ma chambre, je suis sortie des toilettes pour me retrouver nez-a-nez avec un macaque qui fouillait dans mon sac de backpackeuse. Il en a sorti des petites culottes sales et les a emmenĂ©es dehors dans le jardin. Constatant qu'elles n'Ă©taient pas comestibles malgrĂ© leur odeur appĂ©tissante, il les a abandonnĂ©es aux pieds d'un employĂ© de l'hĂŽtel. Absolument pas gĂȘnant.
Un autre jour, l'un d'entre eux a piquĂ© la bouteille d'un rĂ©sident de l'hĂŽtel, qui contenait un breuvage rose fluo. Le singe l'a ouverte, a goutĂ© et a clairement fait : "Beurk, non mais merde les gars, c'est quoi ce truc chimique dĂ©gueulasse que vous buvez ? " Et il a balancĂ© la bouteille (ouverte) en bas d'un escalier, sur la tĂȘte de balinaises qui ont criĂ© : "Nasty monkeys !"
Bref. Au beau milieu de ma dengue (voir post prĂ©cĂ©dent), j'ai trouvĂ© l'Ă©nergie nĂ©cessaire pour dĂ©mĂ©nager et aller m'Ă©craser sur le lit d'un ghesthouse loin, trĂšs loin de la forĂȘt. Et par vengeance, je ne suis jamais allĂ©e visiter cette Monkey Forest, qui doit pourtant ĂȘtre dans le top 3 des attractions touristiques dâUbud. Je croyais ĂȘtre dĂ©finitivement dĂ©barrassĂ©e de ces anthropoĂŻdes.
Mais un jour, ou plutÎt une aube, j'ai fait l'ascension d'un volcan en activité pour admirer le paysage au soleil levant. Mais ce que j'ai surtout vu quand la nuit s'est dissipée, c'est eux : ils m'avaient retrouvée.
Et ils m'entouraient, prĂȘts Ă sauter sur mes bananes. Pas question de partager, mais comme je suis sympa je leur ai filĂ© des Ćufs durs (oui, Ă Bali Ă 6h du matin et Ă 1717 m dâaltitude, on peut acheter des Ćufs durs).
Rien Ă foutre de la faim dans le monde, ils enlĂšvent tout le blanc de lâĆuf, le balancent et ne mangent que la boule jaune. Saloperies.
Les minuscules bébés ne sont pas concernés par cette diatribe, évidemment. Eux, ils dégoulinent de mignonnie.
(Voir la vidéo de la léoparde qui adopte un bébé singe : https://www.youtube.com/watch?v=Vy7DXSbiWbE)