Tectonique
Quel mot psalmodie-t-on avec autant de plaisir que celui-ci ? Tectonique. Ça claque sur le palais et la langue, ça convulse dans la bouche avant de finir sur un sourire. Ça évoque le monde tout entier : du miracle naturel géologique à l’attentat culturel et artistique. Tectonique. Décidément on ne s’en lasse pas. Blitz le fredonne en boutonnant sa chemise blanche, Picassa le dessine avec gourmandise. Ah, c’est certain, les professeurs d’Alice sont très fiers d’eux, une fois encore ils ont astucieusement enrobé l’image de la section de cette aura mystérieuse dont ils se pâment.
« Je souis très étonnée », confie Picassa innocemment, « tout le monde sait ce que signifie tectonique, non ? Du moins les architectes, non ? »
Les professeurs s’avancent fièrement dans l’auditoire devant leurs étudiants médusés. Ils parlent de fragments tectoniques. Ils se plaisent à mettre des définitions des mots les plus évidents pour noyer leur sens.
Qu’est-ce que le vide ? Le vide c’est évident. La tectonique, ça l’est nettement moins.
« Ras-le-bol d’imaginer Blitz en leggins rose et t-shirt moulant léopard, à danser sur des rythmes électriques et saccadés » bougonne Adrien Born du Studio Atchoum (à vos souhaits).Â
« On aimerait faire de l’architecture, pas devoir réécrire un dictionnaire alicéen. » renchérit P. Allafrançaise.
Plusieurs semaines après le début du semestre, les étudiants ont enfin décidé de faire abstraction et s’obstinent à opiner du chef lorsque Picassa leur parle tectonique.
« Après tout c’est pas plus bizarre que lorsqu’elle nous demande d’entrer dans les lignes de nos dessins... » sourit Clémichou Mattin du studio Fromagery.
Cette fin de semestre risque de s’avérer haute en couleur du côté de la langue française, qui va une fois encore s’enrichir d’un nouveau vocabulaire conceptuel.
 Un reportage d’Hélène Chavamal












