«Il y a des infrastructures vieillissantes», qui sont le fruit de «sous-investissements importants ces derniĂšres annĂ©es», prĂ©vient un expertâŠ
Un affaissement du mur soutenant le pont de Gennevilliers. â Jacques Witt / Sipa/SIPA
L'effondrement du viaduc autoroutier de GĂȘnes, en Italie, a mis en lumiĂšre les besoins d'investissements pour la maintenance des rĂ©seaux de transport en France. Une situation qui va obliger le gouvernement Ă faire preuve d'imagination, dans un contexte budgĂ©taire contraint.
Quels sont les besoins?
Selon un audit externe réalisé pour le gouvernement, un tiers des 12.000 ponts du réseau routier national (hors autoroutes concédées) ont besoin de réparations, les dommages étant sérieux dans 7% des cas.
Sans augmentation importante du budget, 6% des ponts seront «hors service» en 2037, ajoute ce rapport. MĂȘme situation sur les 380.000 km de routes dĂ©partementales ou bien sur les voies ferrĂ©es, oĂč les effets du manque d'entretien, dĂ©noncĂ©s depuis plusieurs annĂ©es par les spĂ©cialistes, se font dĂ©jĂ sentir: les trains sont ralentis sur plus de 5.000 km de voies, soit un sixiĂšme du rĂ©seau.
«On n'est pas dans une situation catastrophique», nuance Alain Bonnafous, professeur Ă©mĂ©rite Ă l'universitĂ© Lyon 2. «Le rĂ©seau fonctionne bien et la surveillance est plutĂŽt bonne en France. Mais il y a des infrastructures vieillissantes», qui sont le fruit de «sous-investissements importants ces derniĂšres annĂ©es». Un problĂšme dont dit avoir conscience le gouvernement, qui s'est engagĂ© Ă augmenter durablement les budgets consacrĂ©s Ă la maintenance des infrastructures: «l'entretien, c'est notre priorité», a rappelĂ© la ministre de Transports Elisabeth Borne aprĂšs la catastrophe de GĂȘnes.
Combien cela coûtera-t-il?
L'audit sur les routes nationales a recommandé de dépenser environ un milliard d'euros par an jusqu'en 2037 afin d'enrayer la dégradation du réseau, contre 800 millions d'euros cette année et 666 millions en moyenne sur la période 2007-2017. Cet objectif est également celui du gouvernement, qui s'est par ailleurs engagé à porter l'effort de modernisation des voies ferrées à 3,6 milliards d'euros par an, soit 50% de plus que sur la décennie passée, puis 3,8 milliards à partir de 2022.
Tous transports confondus, le Conseil d'orientation des infrastructures (COI) a Ă©valuĂ© dĂ©but fĂ©vrier âsur la base d'un «scĂ©nario mĂ©dian»â Ă 3 milliards d'euros l'enveloppe nĂ©cessaire Ă la rĂ©novation des infrastructures, contre 2,4 milliards actuellement. «C'est important, mais on n'est pas non plus sur un Ă©cart qui va du simple au triple», juge Mathieu Orphelin, dĂ©putĂ© LREM du Maine-et-Loire et membre du COI. «Cet effort est tout Ă fait Ă portĂ©e de main, Ă condition qu'on prenne des dĂ©cisions courageuses.»
Le gouvernement s'Ă©tant engagĂ© Ă rĂ©duire le dĂ©ficit public de 2,6% du PIB l'an dernier Ă 0,9% du PIB en 2020, un recours Ă l'endettement semble exclu: on s'oriente donc vers la mise en place de modes de financement alternatifs. La Loi d'orientation des mobilitĂ©s (LOM), qui devrait ĂȘtre prĂ©sentĂ©e fin septembre par Elisabeth Borne, devra «examiner comment procurer un certain nombre de ressources supplĂ©mentaires», a reconnu le ministre de l'IntĂ©rieur GĂ©rard Collomb.
Quelles sont les pistes de financement?
Plusieurs Ă©lus, dont l'ancien secrĂ©taire d'Ătat aux Transports Dominique Bussereau, ont proposĂ© de rouvrir le dĂ©bat sur l'Ă©cotaxe, abandonnĂ©e en 2014 aprĂšs plusieurs mois de manifestations et de sabotages.
Dans son rapport de dĂ©but fĂ©vrier, le COI proposait une sĂ©rie d'autres pistes, comme la mise en place temporaire d'une vignette forfaitaire pour les poids lourds. Selon le prĂ©sident du COI, Philippe Duron, cette solution âconsistant Ă faire payer les transporteurs pour une pĂ©riode donnĂ©e et non plus Ă la distance parcourue comme avec l'Ă©cotaxeâ pourrait rapporter «un peu plus de 300 millions d'euros» par an. «C'est une solution simple, qui permettrait de mettre sur un pied d'Ă©galitĂ© les poids lourds français et les poids lourds Ă©trangers», plaide Mathieu Orphelin.
Le COI propose aussi des péages sur des voies express ou certains ouvrages d'art, l'instauration de péages urbains, l'adoption de taxes immobiliÚres locales ou la taxation «souhaitable» des livraisons à domicile. Philippe Duron évoque aussi (sans y croire) une augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), ainsi qu'une réforme du calcul de la «ristourne» accordée sur le gazole aux professionnels.
Quelle que soit la solution retenue, l'exĂ©cutif a promis de favoriser l'entretien du rĂ©seau existant, et non la construction d'infrastructures nouvelles. «La logique actuelle consiste Ă dire "on est fauchĂ©s, il faut trouver des ressources supplĂ©mentaires"». Mais «il y a des gisements d'Ă©conomies et des redĂ©ploiements de crĂ©dits qui peuvent ĂȘtre faits», rappelle Alain Bonafous.
20minutes Economie
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