015. something old, something new, something borrowed, something blue
Ca faisait un moment que tu avais rencontrĂ© cet homme. Quelques annĂ©es maintenant. Trois si on veut ĂȘtre prĂ©cis. Tu nâaurais jamais cru que tu tâen sortirais. Jamais. Tu avais dix-huit ans quand tu tâes tapĂ© ton premier joint. Dix-neuf quand câĂ©tait le premier rail de coke. Et Ă trente-cinq ans, tu te shootais toujours. Tâavais une tĂȘte de dix pieds de long, des valises sous les yeux, le teint blafard. Toujours malade, toujours le nez bouchĂ©. Tu dealais pas, pas assez fou pour ça. Mais tu te dĂ©brouillais pour bosser suffisamment pour payer le type qui te refilait ces conneries. Et puis, il est entrĂ© dans ta vie. Tâas jamais compris pourquoi il tâavait collĂ©. Jamais. TâĂ©tais pas beau, pas gentil, pas agrĂ©able. Mais lui, il sâaccrochait. Tu lui envoyais de la merde dans la gueule, mais il revenait. Tu tâes demandĂ© sâil nâĂ©tait pas masochiste. Au fond, il doit lâĂȘtre un peu. Mais tu tâen fiches. Tâas commencĂ© Ă te prendre dâaffection pour lui Ă cette Ă©poque. AprĂšs tout, câest la premiĂšre fois quâon sâoccupait de toi. La premiĂšre fois quâon te portait de lâintĂ©rĂȘt pour une autre raison quâune baise dans un appartement miteux. Il te voulait toi. Il Ă©tait hĂ©tĂ©ro, alors tu doutais un peu quâil en veuille Ă tes fesses. MĂȘme si au final, tu lâas pensĂ© plus refoulĂ© quâhĂ©tĂ©ro. Mais ça nâa pas dâimportance. Tu ne voulais pas le salir de ta prĂ©sence. Surtout quâil Ă©tait papa, tu ne pouvais pas te permettre de lui retirer son fils. Alors tu tâes Ă©loignĂ©. En vain. Il tâa poursuivi. Et mĂȘme sâil Ă©tait rĂ©signĂ© Ă te laisser Ă ce moment-lĂ , il ne lâa pas fait. Tâas fini par faire un emprunt consĂ©quent Ă un ancien plan cul, un ancien patron, un ami. Cet argent, tu lâinvestis dans un centre de dĂ©sintox. Un centre qui tâauras permis de te laver. Ăa a durĂ© presque dix mois. Dix mois de tortures Ă ne le voir que quelques petites heures durant la journĂ©e, passant parfois plusieurs jours sans le voir. Mais tu ne lâas pas regrettĂ©. A la sortie, tu as rĂ©investis ton vieil appartement. Tu as fait du mĂ©nage et tu as dĂ©cidĂ© de chercher du boulot. Tu nâaurais jamais cru que tu pourrais trouver aussi vite. Un peu grĂące Ă Aurelio, un peu grĂące Ă Teo, tu as fait connaissance de JosĂ©. Un type que tu avais dĂ©jĂ vu quand tu travaillais pour los Hermanos mais que tu ne connais pas plus que ça. JosĂ© avait fait mettre en place dans son entreprise un programme permettant aux personnes qui sortaient de prison de faire une formation dâun an en alternance â payĂ©e par lâagence â et garantissant un diplĂŽme Ă la fin. Agent immobilier. Ca nâavait jamais Ă©tĂ© ton rĂȘve mais tu nâavais jamais osĂ© rĂȘver plus loin que barman dans une boĂźte de nuit ou un stripclub. Alors tu avais dit oui et JosĂ© tâavais fait signĂ© ton contrat. Durant ce laps de temps, tu avais commencĂ© Ă sortir plus rĂ©guliĂšrement avec Erwan. Il tâavait Ă©normĂ©ment manquĂ© depuis que tu avais Ă©tĂ© enfermĂ© et tu Ă©tais ravi Ă lâidĂ©e de pouvoir le serrer dans tes bras. Finalement, tu avais Ă©tĂ© diplĂŽmĂ©. Tu avais gagnĂ© assez dâargent pour louer un appartement digne de ce nom, proposant alors Ă Erwan de vivre avec toi. Vous avez choisi votre nid douillet tous les deux et vous avez emmĂ©nagĂ©. Aujourdâhui, tu sais quâErwan est lâhomme de ta vie. Celui sans lequel rien nâaurait Ă©tĂ© possible, sans lequel rien ne sera possible. Aujourdâhui, tu en es tellement persuadĂ© que tu as dĂ©cidĂ© outre tes rĂ©ticences : celles de lâengagement. Aujourdâhui, tu es debout sur le sable fin dâune plage du sud de la Californie. Tu portes un costume gris anthracite. Aujourdâhui, tu as envie de te cacher sous le sable tant le stress sâinsinue lentement dans tes veines. Aujourdâhui, tous tes potes se sont donnĂ© le mot pour te charrier sans cesse. Teo, Aurelio, Armando, Miguel et mĂȘme Luiz. Aujourdâhui, tu bĂ©nis JosĂ© dâavoir un peu dâautoritĂ© pour calmĂ© tout ce petit monde. Mais finalement, il arrive. Son costume est aussi gris que le tiens. A la seule diffĂ©rence que, pour une raison que tu ignores, son nĆud papillon est bleu. Ses chaussures sont usĂ©es. Le badge dâun super hĂ©ros quelconque est accrochĂ© Ă sa boutonniĂšre. Et il porte un bracelet en argent que tu nâavais jamais vu. Il avance lentement jusquâĂ toi, un sourire timide sur les lĂšvres. Toi, tu es comblĂ©. Si un jour on tâavait dit que tu en serais lĂ , tu aurais simplement cassĂ© la gueule de ce type sans le prĂ©venir. Il sâarrĂȘte quand il est Ă cĂŽtĂ© de toi et un homme approche. La cĂ©rĂ©monie commence. Et Ă la fin, vous vous direz oui. Et Ă la fin, vous serez mariĂ©s.












