COP17 DÉSERTIFICATION : DIRECTION LA MONGOLIE
COP17 désertification, la Mongolie accueille depuis ce lundi 17 août 2026, 12 000 délégués venus négocier l'avenir des terres mondiales. Un territoire dégradé jusqu'à 82 %, exposé à la face de la planète. Par la rédaction | Format long | 17 août 2026 Un pays hôte qui expose sa propre plaie Depuis ce lundi 17 août 2026, et jusqu'au 28 août, Oulan-Bator accueille la dix-septième session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, sous le mot d'ordre "Restaurer la terre, restaurer l'espoir". Le choix du lieu ne relève d'aucun hasard diplomatique. La Mongolie s'étend sur un million cinq cent soixante mille kilomètres carrés, et son sol part littéralement en poussière : selon les estimations les plus récentes de l'organisation onusienne elle-même, entre soixante-dix-sept et quatre-vingt-deux pour cent de ses terres souffrent aujourd'hui de dégradation, un écart de chiffres qui illustre à quel point le phénomène demeure difficile à mesurer avec précision, même par ceux qui en subissent les conséquences les plus directes. En accueillant sur son propre territoire la grande messe onusienne de la désertification, la Mongolie expose donc sa propre plaie plutôt que de la dissimuler. Les steppes mongoles, historiquement vouées à l'élevage pastoral, subissent depuis plusieurs décennies une pression croissante liée au changement climatique, au surpâturage et à l'urbanisation accélérée de la capitale. Le phénomène du dzud, ce désastre climatique hivernal propre à l'Asie centrale qui décime le bétail après des sécheresses estivales suivies d'hivers extrêmes, illustre à lui seul la vulnérabilité du pays hôte. Néanmoins, ce pari d'exposition assumée permet à la Mongolie de porter, sur la scène internationale, la voix des communautés pastorales dont la survie économique dépend directement de la santé des sols et des pâturages, transformant une faiblesse structurelle en position de légitimité pour peser sur les négociations. 17e COP L'accord de siège confirmant Oulan-Bator comme ville hôte a été signé le 21 février 2025 à Bonn, en Allemagne, siège du secrétariat de la Convention, entre le ministre mongol de l'Environnement et du Changement climatique Odontuya Saldan et le secrétaire exécutif de l'époque, le Mauritanien Ibrahim Thiaw. Depuis, la direction de l'organisation a changé de visage : le 5 août 2025, l'Égyptienne Yasmine Fouad a pris la relève à la tête du secrétariat, devenant ainsi la première femme à porter la Convention lors d'une session de cette envergure. C'est donc elle qui coprésidera les débats aux côtés des autorités mongoles pendant ces deux semaines de négociations. Sur le terrain, l'ouverture officielle a rassemblé lundi environ douze mille représentants venus des cent quatre-vingt-dix-sept Parties à la Convention. Le Premier ministre mongol Nyam-Osor Uchral a prononcé le discours inaugural, affirmant que le monde entrait dans une nouvelle ère de décision collective sur la protection des ressources foncières planétaires. Plusieurs chefs de gouvernement et ministres de l'Environnement de pays particulièrement exposés à la désertification, notamment au Sahel, en Asie centrale et dans le pourtour méditerranéen, ont fait le déplacement, aux côtés de délégations scientifiques, de représentants du secteur privé et d'organisations non gouvernementales. Le format retenu innove également sur le plan institutionnel, avec la tenue du tout premier Caucus consacré aux peuples autochtones de l'histoire de la Convention, complété par un Caucus sur le genre déjà institutionnalisé, un Forum de la jeunesse et un Forum Business4Land destiné à mobiliser le secteur privé autour de solutions de gestion durable des terres. Les débats Derrière le slogan fédérateur : "Restaurer la terre. Restaurer l'espoir", en anglais (« Restoring Land. Restoring Hope »), annoncé le 5 février 2026 par la Mongolie et le secrétariat de la CNULCD, le programme des deux semaines se veut résolument opérationnel. La conférence s'articule autour de plusieurs temps forts précis : un sommet des chefs d'État prévu le 23 août, trois dialogues ministériels consacrés respectivement au financement, au pastoralisme et à la sécheresse, puis un segment de haut niveau réunissant les délégations le 26 août. La seconde semaine de négociations technique se structure elle-même autour de quatre journées thématiques distinctes, portant successivement sur les financements le 24 août, l'eau, les terres et les populations, puis les systèmes alimentaires et la santé des sols. Sur le fond, les enjeux économiques dépassent très largement le seul cadre environnemental. La dégradation des terres affecte déjà jusqu'à quarante pour cent des surfaces mondiales, avec des conséquences directes sur la production alimentaire, l'accès à l'eau, les moyens de subsistance et la biodiversité, tandis qu'un rapport onusien récent estimait que ce phénomène menaçait à terme près de la moitié du produit intérieur brut mondial. L'objectif international de neutralité en matière de dégradation des terres, fixé à l'horizon 2030, reste un défi majeur, très loin d'être atteint selon les derniers rapports d'étape de la Convention. Pour tenter d'y répondre, la présidence mongole ambitionne de lancer, durant ces deux semaines, trois initiatives d'envergure : une coalition internationale pour un pastoralisme durable, un partenariat pour la gestion intégrée des ressources en eau et des terres dans les zones arides, et un projet consacré aux solutions fondées sur la nature pour des infrastructures durables, trois chantiers qui, s'ils aboutissent, pourraient structurer l'action internationale bien au-delà de la seule clôture de la conférence. Un dossier laissé en suspens depuis Riyad Cette conférence hérite d'un chantier resté inachevé. Réunie à Riyad, en Arabie saoudite, du 2 au 13 décembre 2024, la COP16 s'était achevée avec un jour de retard sur le calendrier prévu, sans parvenir à un accord contraignant sur un régime mondial de lutte contre la sécheresse. Trente-sept décisions avaient certes été adoptées, mais le texte le plus attendu, celui destiné à encadrer juridiquement la réponse internationale aux épisodes de sécheresse, avait calé faute de consensus entre les Parties. Selon le secrétariat exécutif de la Convention lui-même, les pays avaient toutefois réalisé des progrès significatifs dans ces négociations, qu'ils prévoyaient dès lors de finaliser précisément à Oulan-Bator, faisant de cette COP17 un test de crédibilité pour l'ensemble du processus multilatéral engagé depuis plusieurs cycles. Riyad n'était pas repartie totalement les mains vides pour autant : plus de douze milliards de dollars y avaient été promis pour combattre la désertification, la dégradation des terres et la sécheresse à travers le monde, notamment via le Partenariat mondial de résilience à la sécheresse, destiné à soutenir quatre-vingts des pays les plus vulnérables. Cet écart entre l'argent promis et le cadre juridique renvoyé à plus tard résume assez bien la dynamique propre à ces négociations onusiennes : les financements progressent plus vite que les engagements contraignants, une asymétrie que les délégués mongols espèrent précisément corriger lors de cette dix-septième session. Le pastoralisme, fil conducteur de l'année Cette COP17 se tient par ailleurs dans le cadre de l'Année internationale des pâturages et des pasteurs, une résolution que la Mongolie a elle-même initiée et portée devant l'Assemblée générale des Nations unies dès 2022, avec le soutien de soixante États membres. Les pâturages couvrent environ la moitié de la surface terrestre mondiale et font vivre directement, selon les chiffres avancés par le secrétariat de la Convention, entre cinq cents millions et un milliard de personnes à travers le monde, tout en fournissant environ un sixième des besoins alimentaires mondiaux. Défendre le pastoralisme ne relève donc pas, pour Oulan-Bator, d'une simple diplomatie de circonstance : c'est un mode de vie dont la survie même se joue dans les débats de cette conférence. Cette thématique irrigue l'ensemble du programme officiel : gestion durable des parcours, prévention des sécheresses, soutien aux petits exploitants agricoles confrontés à l'appauvrissement progressif de leurs sols, reconnaissance internationale du rôle du pastoralisme dans la production de ressources emblématiques comme le cachemire mongol. Pour préparer ce rendez-vous, la Mongolie avait dès 2025 multiplié les initiatives nationales de sensibilisation, à l'image du forum Youth4Land, tenu les 16 et 17 juin de cette année-là dans la province de Dundgovi, qui avait réuni plus de cent jeunes éleveurs, chercheurs et décideurs politiques autour de solutions durables fondées à la fois sur les connaissances traditionnelles et les preuves scientifiques les plus récentes. Une année de triple COP environnementale Cette conférence sur la désertification ne se joue pas isolément. L'année 2026 voit en effet se succéder les trois grandes Conférences des Parties issues des conventions internationales signées lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 : la COP désertification en Mongolie en août, la COP biodiversité en Arménie en octobre, puis la COP climat en Turquie en novembre. Cet alignement calendaire, inédit depuis l'origine de ces trois conventions sœurs, offre une occasion rare de renforcer la cohérence et l'ambition mondiales face à trois crises environnementales profondément imbriquées. Une précision s'impose toutefois, tant la confusion revient fréquemment dans les médias : cette COP17 mongole n'a rien à voir avec la COP biodiversité d'Erevan, qui traitera d'espèces menacées et non de dégradation des terres. Cette convergence calendaire souligne, en tout état de cause, l'ampleur du défi commun aux trois conventions. Une étude récente des Nations unies estimait que la dégradation des sols menaçait directement près de la moitié du produit intérieur brut mondial, un chiffre qui commence enfin à faire sortir cette question de l'ombre médiatique dans laquelle elle est longtemps restée reléguée, loin derrière le climat et la biodiversité dans la hiérarchie de l'attention publique. Une couverture médiatique modeste Malgré l'ampleur des enjeux et le nombre inédit de participants, la COP17 peine pour l'instant à s'imposer dans l'actualité internationale au même niveau que sa cousine climatique. Plusieurs observateurs relèvent que cette région d'Asie centrale reste peu couverte par les médias occidentaux, davantage habitués à suivre l'actualité des grandes destinations touristiques que celle des steppes mongoles. Les agences de presse chinoise et russe, ainsi que les organismes spécialisés dans l'environnement et l'agropastoralisme, assurent l'essentiel du suivi quotidien des débats, tandis que la presse généraliste occidentale privilégie encore largement des couvertures ponctuelles centrées sur l'ouverture et la clôture de la conférence. Cette relative discrétion médiatique contraste avec la présence d'instituts de recherche internationaux, dont plusieurs organismes agronomiques français, venus participer aux travaux techniques qui accompagnent les négociations diplomatiques. Certains grands pays émetteurs de gaz à effet de serre, davantage mobilisés sur l'agenda climatique de la COP30 turque prévue en novembre, envoient à Oulan-Bator des délégations de rang technique plutôt que ministériel, un choix qui, selon plusieurs diplomates présents sur place, illustre la hiérarchisation implicite persistante entre les trois conventions issues de Rio, la désertification restant perçue comme la moins prioritaire des trois malgré son impact économique et social considérable sur les zones les plus vulnérables de la planète.  Le multilatéralisme environnemental "Nous n'héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants", écrivait Matthieu Martinelli, une formule qui résume assez justement l'enjeu porté par cette conférence. Les deux semaines de négociations à Oulan-Bator devront déterminer si la communauté internationale parvient enfin à transformer les promesses financières accumulées depuis Riyad en un cadre juridique contraignant, capable de répondre à l'urgence des sécheresses qui frappent désormais l'ensemble des continents, de l'Afrique sahélienne aux steppes d'Asie centrale. Enfin, la Mongolie, en accueillant ce sommet sur un territoire dégradé aux trois quarts, prend un risque calculé : celui de voir sa propre vulnérabilité examinée en direct par la communauté internationale, mais aussi celui d'obtenir, en échange de cette transparence assumée, un appui diplomatique et financier renforcé pour ses propres politiques de restauration des terres. L'issue de cette COP17 se mesurera, comme souvent en matière environnementale, moins aux discours d'ouverture qu'aux engagements chiffrés effectivement tenus dans les années suivant la clôture de la conférence, le 28 août prochain, et à la capacité de cette convention longtemps restée dans l'ombre à conquérir enfin une place à la hauteur de l'ampleur réelle de son sujet. DB News, votre source d'information fiable, libre et indépendante sur l'actualité africaine et du monde depuis 18 ans. DB News Sources : - Xinhua (french.xinhuanet.com), "Ouverture de la COP17 à la CNULCD dans la capitale de la Mongolie, Oulan-Bator", 17 août 2026 - ONU Info, "La conférence sur la désertification s'achève à Riyad sans parvenir à un accord sur la lutte contre la sécheresse", décembre 2024 - CPCCAF / Groupe AFD, "Le groupe AFD à la COP17 sur la désertification", 2026 - Actualités News Environnement, "COP17 désertification : Oulan-Bator face au dzud", juillet 2026 - Espèces-menacées.fr, "La COP17 en Mongolie cherche un accord mondial contre la sécheresse alors que 82 % du pays est dégradé", août 2026 - UNCCD, communiqué de presse officiel "Restaurer les terres, restaurer l'espoir", 5 février 2026 - Ministère de la Transition écologique, "COP17 désertification : Restaurer les terres, restaurer l'espoir", 2026 - Xinhua, "La Mongolie accueillera la COP17 de l'UNCCD et fera progresser l'action mondiale contre la désertification", 21 février 2025 - Agropasteur, "Cérémonie de signature officielle de l'accord COP17 de l'UNCCD avec le gouvernement de la Mongolie", février 2025 - Cirad, "COP17 sur la lutte contre la désertification", 2026 © DB News 2026 — Tous droits réservés.  Read the full article












