Le coût de la gratuité dans la communauté afro
Avez-vous remarqué ?
Chaque fois que nous traitons entre Afro-descendants, c’est (au moins dans 99,99% des cas) sous forme de bénévolat, parfois convenu… souvent forcé.
Côté producteur
Cela me fait penser à un entrepreneur qui, soit par paresse, soit parce qu’il n’a pas confiance en la valeur de ses services, soit encore parce qu’il ne prend pas le temps de se poser les bonnes questions pour viser la bonne cible (celle capable de l’apprécier à sa juste valeur au point de la payer), accepte le modèle du “gratuit” :
Pour l’internet, ça se traduit par tous ces services gratuits pour l’utilisateur, et qui tentent de reproduire le succès de Facebook.
"In real life" (dans la "vraie vie"), ça se traduit par la tendance généralisée de notre communauté à créer des asbl subsidiées, plutôt que des entreprises.
Côté utilisateur
Cela me rappelle les différences d’attitudes observées, dans mon ancienne vie au barreau de Bruxelles, entre les clients qui paient la valeur du service et respectent le temps de l’avocat, et ceux pour qui c’était un tiers qui payait (la famille ou l’Etat), et qui consommaient beaucoup plus de temps que nécessaire et estimaient que tout leur était dû.
Vous pouvez aussi l’observer avec les utilisateurs de Facebook : c’est gratuit, les gens sont bien contents, mais passent leur temps à cracher sur Facebook, qui n’est jamais assez bien pour eux… en oubliant que, dès lors qu’ils ne paient pas, ils ne peuvent raisonnablement exiger d’être la priorité de Facebook.
Il n’y a pas que l’argent
Heureusement, Facebook a bien compris que d’autres formes de contreparties existent pour rétribuer la valeur qu’il offre à ses utilisateurs, indépendamment de leur gratitude : leur utilisation. Facebook se rémunère, auprès de marques et autres multinationales, en fonction de l’utilisation qu’en font ses membres.
En fait, toute forme de contrepartie peut rendre un échange équilibré : le bénéficiaire d’un service sans le sous peut toujours offrir ses compétences dans un autre domaine et dans la même proportion, ou encore s’employer à faire de la promotion du service rendu auprès de personnes qui peuvent rétribuer ce service,…
Mais il semble que dans notre communauté, cet aspect n’est pas à la fête : j’observe rarement qu’une personne qui n’a pas les moyens d’un service qu’elle souhaite obtenir, proposer en contrepartie ses propres services à valeur ajoutée.
Et pourtant, cette gratuité a un coût
Les Afro-descendants évitent par conséquent les autres Afro-descendants, qui ne rétribuent que rarement leur travail… Et vont traiter avec d’autres communautés.
A force de ne pas construire de relations économiques entre nous, alors que toutes les autres communautés le font (entre elles d’abord, avec nous ensuite), nous nous condamnons à la servitude économique, donc à la servitude tout court :
1. Pas ou peu de services dĂ©livrĂ©s dans notre seul intĂ©rĂŞtÂ
Les asbl subsidiées le sont par l’Etat, et donc travaillent dans l’intérêt de l’Etat.  Elles perdront leurs subsides à la seconde où leur action sera susceptible d'avoir un impact significatif sur l’émancipation économique de notre communauté.
2. Pas ou peu de producteurs pour nos besoins
Rares sont les entrepreneurs afro-descendants qui, Ă part pour le textile, peuvent prendre le risque de servir les besoins spĂ©cifiques de notre communautĂ©, parce que notre communautĂ© ne considère que rarement de payer un Afro-descendant Ă sa juste valeur.  RĂ©sultat : j’ai achetĂ© une boĂ®te d'infusion au bissap… produite industriellementen Afrique, par... des Français…Â
Et lorsque ces entrepreneurs afro-descendants prennent ce risque, ils n’ont que rarement les moyens de produire de la qualité, car cette qualité a un prix, qu’ils ne sont pas certains de voir payé le moment venu.
Aucun domaine clé de notre consommation (textile, cosmétique, alimentation, media) n’est aux mains de notre communauté.  Pire, nous trouvons normal et nous réjouïssons que L’Oréal tienne enfin compte de notre existence, alors que leur dédain représentait une réelle opportunité d’entreprise pour les entrepreneurs afro-descendants…
3. Pas d’employeurs, ni donc d’emplois
Qui dit pas d’entrepreneurs dans les domaines clés de notre consommation, dit pas d’alternative africaine à la discrimination à l'embauche caractérisée que nous subissons quotidiennement.
Ainsi, si nous n'agissons pas concrètement dès aujourd'hui, dans toutes les dimensions de notre vie, nous nous condamnons à maintenir notre dépendance au bon vouloir des autres communautés, alors même qu'elles nous ont démontré à plusieurs reprises que nous ne devrions pas compter sur elles pour assurer notre bien-être.
Recommandations
Les manifestations, indignations et autres slogans Facebook ne nous aideront pas. Ce qu'il faut, c'est :
1. Ne plus accepter de produire de la valeur sans contrepartie : cette contrepartie peut être de divers ordres, et à diverses échéances,… elle peut même être d’ordre karmatique, idéologique ou spirituelle, mais elle doit faire l’objet d’une discussion claire entre celui qui offre de la valeur, et celui qui la reçoit ;
2. Analyser, parmi ses propres compétences, celles qui sont “tradeables” : celles qui ont une valeur ajoutée telle qu’elles pourraient être échangée en cas de besoin d’un service sans moyen financier ;
3. Transformer son asbl subsidiĂ©e en asbl sur fonds propres, et Ă©tablir un “business canevas” de la valeur ainsi offerte, et de la contrepartie nĂ©cessaire Ă son dĂ©veloppement, ou du moins Ă sa pĂ©rennitĂ©. IdĂ©alement ensuite, muer cette asbl en sociĂ©tĂ© ; Â
4. Tracker ses dépenses mensuelles, et établir un plan de migration de ces dépenses vers des producteurs afro-descendants lorsqu’ils existent
5. Réaliser que l’argent dépensé dans sa communauté a plus de chance de revenir dans sa propre poche que celui dépensé à l’extérieur de sa communauté
6. Prendre le risque d’entreprendre dans l’intérêt de la communauté
7. Adopter le réflexe de se fédérer, que ce soit entre professionnels, ou entre défenseurs d’une même cause
VoilĂ . Vous pouvez fermer cette page et reprendre votre vie normale, ou procĂ©der, dès maintenant, aux changements nĂ©cessaires Ă titre personnel, afin d’éviter le pire.Â
L’heure est grave. Je compte sur vous.
(et sur vos commentaires et suggestions aussi ;))
image courtesy: The virtual revolution











