Une enfance heureuse II/II
Souvenirs d'une enfance que je n'Ă©changerais pour rien au monde avec quoique ce soit. C'est mon trĂ©sor Ă moi. Merci papa-maman, merci pĂ©pĂ©-bonne maman, merci mĂ©mĂ©, merci les taties-tontons ! Ils savaient, eux, trouver les petites joies simples de la vie ! La soupe au fromage familiale et traditionnelle, le cafĂ© au lait du matin dans lequel trempaient les cubes de pain beurrĂ©s, les grosses tartines d'Ă©cume de confiture encore chaude, les petits pains spĂ©ciaux, chacun le sien, au bord de son assiette, cuits par le tonton boulanger, mais pĂ©tris et mis en forme par nous-mĂȘmes qui arrivions au-dessus du pĂ©trin grĂące aux petits tabourets paillĂ©s fabriquĂ©s pour nous par le grand-pĂšre.
Et puis la récolte des fameuses pommes qui ne ressemblent à rien, mais tellement goûtues à nos papilles de propriétaires !
et hop ... trois pommes ramassées, une de mangée.
et hop ... trois pommes lavées, une de mangée.
et hop ... trois pommes dans la gueule de la machine, une de mangée
et hop ... un litre mis en bouteille, un verre bu Ă mĂȘme la sortie du pressoir
et hop... une journée bien remplie.
Retour au bercail, sales, fatiguĂ©s, souvent frigorifiĂ©s l'hiver, rouge-Ă©carlate et en sueur l'Ă©tĂ©, mais tellement heureux, impatients du dimanche suivant pour de nouvelles aventures en plein air, par n'importe quel temps ! Jouer Ă Paly, le fermier voisin, au milieu de son troupeau de vaches ; apprendre Ă faire du vĂ©lo sans frein, sur les chemins pentus et caillouteux ; faire de la luge dans le prĂ© de la porcherie oĂč nous allions nous rĂ©chauffer entre deux glissades et piĂ©tiner allĂšgrement le fumier qui sera rapatriĂ© dans le jardin de la ville afin de fortifier les lĂ©gumes au printemps. Macarel ! QuĂ© pudis !  mais habituĂ©s que nous Ă©tions Ă la frĂ©quentation des cochons, de leur naissance Ă leur 300 kilos, nous ne le sentions plus, les voisins si. Voler les Ćufs Ă gober dans le nid des poules ; farfouiller dans les granges alentours ou le grenier familial et dĂ©couvrir de vĂ©ritables trĂ©sors Ă nos yeux d'enfants Ă©merveillĂ©s, nous permettant d'inventer les histoires les plus folles. Quelle imagination fĂ©conde nous avions ! Une simple corbeille en osier devenait la caravelle de Christophe Colomb et nous voilĂ embarquĂ©s Ă sillonner mers et ocĂ©ans au milieu des prairies ou sous les tuiles de notre paradis perdu en pleine montagne ! Bref, comme dans la chanson ââ«âȘ je fais rien que des bĂȘtises quand t'es pas lĂ âȘâ«â. BĂȘtises ? quelles bĂȘtises ? qui a parlĂ© de bĂȘtises ? Pourquoi bĂȘtises ? Puis rentrer avec bosses et bleus, recevoir l'engueulade maternelle pour avoir salopĂ©, voire, dĂ©chirĂ© nos vĂȘtements : "voilĂ !!elle est foutue maintenant ta robe ! Ces drĂŽles alors ! Mais qu'est-ce-qu'on va bien pouvoir faire de vous ?! ". Quelle idĂ©e aussi de s'obstiner Ă nous attifer de la fameuse sempiternelle tenue du dimanche, de prĂ©fĂ©rence blanche du col aux chaussures, pour courir les bois et les champs et se frotter aux Ă©tables et Ă leurs occupants !