coeur ouvert
Encore rĂȘvĂ© de toi et de mes mains effleurants ton visage souriant, ta peau souple emprise dans le pli de mes doigts. Encore rĂȘvĂ© de nos corps alcoolisĂ©s courants dans la chaleur de cette premiĂšre nuit dâĂ©tĂ© lyonnaise. Je peine Ă me souvenir de tous les dĂ©tails de mon rĂȘve, mais je me lĂšve remplie de cette drĂŽle de sensation. Jâai jamais eu autant de dĂ©goĂ»t Ă lâidĂ©e de partir mâinstaller dans une nouvelle ville. Le dĂ©sir brĂ»lant de nouveautĂ©, de dĂ©couverte et de rĂ©alisation que jâĂ©prouvait avant sâest Ă©teint. Puisque tu as changĂ© tout ça. Puisque tu mâas changĂ©e.Â
Tâas fait une entaille dans mon coeur, dans mes souvenirs, dans mon esprit et tây glisses des connexions Ă toutes les petites choses qui mâentourent pour les ramener Ă toi. Mon rĂ©pertoire, ma playlist, un t-shirt portĂ© lors dâune matinĂ©e paresseuse, une marque de cigarette, la façon dont tu aimes ton cafĂ© le matin, un film en âcontinuez la lectureâ sur mon compte netflix... Tâas laissĂ© tes indices un peu partout, sur un chemin quâon partageait autrefois.Â
LâidĂ©e mĂȘme de partir dĂ©finitivement loin de toi me dĂ©goute, me fait perdre tout espoir. Pourtant un seul signe de toi montrant que nos destins nâexisteraient que lâun dans lâautre et jâabandonne tout. Tout ce que jâai construit dans cette capitale de lâinhumain si austĂšre. Jâaurai jamais cru ça. Jâai envie de nous deux plus que tout au monde. Jâai envie quâon finisse nos Ă©tudes, quâon monte notre boĂźte de communication, quâon sâinstalle en banlieue, mĂȘme chez toi, Ă Valence. Quâon ai un joli pavillon avec piscine oĂč mon chat pourrait Ă©couler des jours heureux dans le jardin. Mais dans un futur plus proche, jâai envie de nous dĂ©foncĂ©s dans ton appart, matant un Ă©niĂšme film pourri aprĂšs avoir mangĂ© une Ă©niĂšme pizza de chez le napolitain. On se poserait sur ton canapĂ© en cuir, puis ma peau se collerait Ă la sienne Ă cause de la chaleur ambiante. Puis lorsque ma main se soulĂšverait pour rejoindre la tienne, le couinement du cuir se fonderait dans ton rire. Je te sourirais et tu mâembrassera, mais sans intensitĂ©. Non, tu laisses lâintensitĂ© Ă tes draps quâon rejoignera une fois les crĂ©dits du film passĂ©s. Tu ne mâas jamais embrassĂ©e en public, mĂȘme aprĂšs toutes ces semaines et tous ces amis plus ou moins proches qui savaient plus ou moins pour nous deux. Câest ce que jâaimais tout particuliĂšrement dans notre relation, et câest ce qui faisait sa singularitĂ© surprenante. Je me surprend Ă parler dâelle au passĂ©, je ne devrais pas puisque je lâaime encore plus quâavant. Bien que je ne savais pas que câĂ©tait humainement possible, dâaimer quelque chose dâirrĂ©el Ă ce point. Et moi jâaurais jamais cru ça, je te jure. Câest lâopposĂ© de ce que je voulais. Mais jâai pas choisi, non jâai pas choisi de vivre ça. Que ça me tombe dessus.Â
Mais putain, des fois jâai juste envie de tâen coller une. Que tu rĂ©agisses. Que tâarrĂȘtes de fuir par ce que tâes pas sĂ»r de toi, que tâaies peur, que tu saches pas oĂč tout ça va te mener, que tu sois effrayé de ce que tâes capable de ressentir, que tâaies envie de profiter. Que tu me parles. Putain depuis quand câest devenu difficile de me parler ? Pourquoi on le faisait tellement bien avant, et que maintenant, on y arrive plus?  Je prĂ©fĂ©rerai que tu mâinsultes plutĂŽt que ce silence toxique. Ce silence plein de toi. Et puis profiter de quoi ? De qui ? Comment ? Et le problĂšme il est lĂ . Putain, câest lâamour qui est tabou maintenant ? OĂč est-ce que ça a merdĂ© ? Tu vois pas. Tu vois pas ce que je vois. Tu vois pas ce que je vois en toi. Putain.Â
Pourtant tâes tellement. Câest fou, quand tu parles tu te rends pas comptes. Pourtant on dirait que tâes dĂ©passĂ© par toi mĂȘme. Tâes tout en rĂ©serve, dans lâintimitĂ©, dans la sensibilitĂ©, dans le dĂ©licat, dans la pudeur. Câest fou, jâai jamais rencontrĂ© quelquâun de semblable. Puis tout ça lĂ , cette distance que tu gardes, ça fait que tu touches pas physiquement les gens, non. Tu les regardent. Mais quand tu me regardes dans les yeux, en une fraction de seconde tu créés une infinitĂ©, un vortex dâĂ©motion. Puis tu composes cet instant oĂč tout est immobile, Ă part ton sourire qui croĂźt doucement, comme quelque chose de sacrĂ©, silencieusement, presque indiciblement. Tu te rends pas compte de lâeffet que ça fait. Cette sensation de chaleur diffuse douce et crĂ©meuse causĂ©e par ce regard, qui ondule lentement dans tout mon corps, jusque dans le pli de mes doigts. Câest indescriptible, câest un moment sacrĂ©, qui mâhabitera tant que je serais encore en vie pour mâen souvenir. Tâas Ă©lu domicile dans mes pensĂ©es, tây a fait ton territoire et sans mĂȘme que tu le saches, tu tây ballades encore.Â
Puis jâai rĂ©alisĂ©. Peut-ĂȘtre que tâes bien mon Ăąme-soeur ou tout ce que tu veux. Mais ça veut pas dire que je suis la tienne.Â
Et ça me tue. Lentement. Par ce que tu seras toujours lĂ , tant que ces cicatrices seront encore Ă coeur ouvert et que tous tes dĂ©tails ne remueront plus le couteau dans mes plaies, ça sera toujours lĂ . Et jâai bien peur que ça soit vouĂ© Ă ne jamais disparaitre.Â












