La nuit je vole - MichĂšle Astrud
(âŠ) Il est libre Max, il est libre Max! YÂŽen a mĂȘme qui disent quÂŽils lÂŽont vu voler(âŠ)
 Plus rien ne sâoppose Ă la nuit de MichĂšle, aussi magique et improbable soit-elle.
La nuit, elle vole.
Elle quitte les mĂ©andres de sa vie pourtant si bien agencĂ©e et prend lâair, littĂ©ralement.
Histoire dâelle, histoire dâailes, sans cire et sans plumes.
MichĂšle, lâascensionniste, mĂšne une vie diurne des plus conventionnelles.
Architecte, elle conçoit des bùtiments, envisage des perspectives et des lignes de fuites en deux dimensions.
Avec son mari, Guillaume, ils rĂšglent leur existence comme du papier millimĂ©trĂ©, et lâĂ©quilibre apparent de leur quotidien nâest troublĂ© que par la mauvaise grĂące que leurs locataires mettent Ă payer â ou pas- les loyers des appartements quâils ont rĂ©novĂ© avec soin.
Aussi quand MichĂšle rĂȘve dâapesanteur, et surtout se rĂ©veille loin des draps conjugaux, au sommet dâune montagne ou sur le clocher dâune Ă©glise, provoquant des attroupements de curieux, le pragmatisme de son mari est mis Ă lâĂ©preuve.
Dâautant quâĂ force de tutoyer les Ă©toiles, elle est en passe de devenir une star. Contre son grĂ©, dâabord, puis avec son timide mais ferme consentement. Une cour dâadmirateurs bienveillants et dâagents dâartistes avides de reconnaissance, aussi, lâapprochent, tandis que Guillaume sâĂ©loigne de cette fantaisie, qui nâa de militaire que le rythme imposĂ© Ă ses lĂ©vitations publiques.
Ecrite au prĂ©sent et Ă la premiĂšre personne du singulier, cette parabole moderne, sous la plume (la bien-nommĂ©e) fraĂźche, vive et dĂ©licate de MichĂšle Astrud, puise dans nos fantasmes et dans le rĂȘve ultime de tous les Icare que nous sommes pour traduire nos prĂ©occupations contemporaines et nos relations Ă ce monde qui nâen finit pas de tourner, avec ou sans nous, oscillant selon les jours entre dystopie et utopie.
Le labyrinthe de lâascensionniste-architecte nâa rien Ă envier Ă celui du cĂ©lĂšbre DĂ©dale et renferme au moins dâaussi lourds secrets de famille que lâexistence du Minotaure, des mythes que la narratrice distille au fil de ses envolĂ©es para-somniaques comme autant de fils qui pourraient lâempĂȘcher, ou la contraindre, Ă voler.
Lâunivers de lâauteure, dĂ©jĂ explorĂ© sous dâautres formes dans ses deux prĂ©cĂ©dents romans, demeure fidĂšle Ă ces sujets qui lui sont chers : la filiation, lâhĂ©rĂ©ditĂ©, la cupiditĂ© ou lâhumanitĂ© dans ce quâelle a de plus vil, ou de plus beau.
Digne hĂ©ritiĂšre de La Fontaine ou de Voltaire, MichĂšle Astrud, dans cette fable intime et solaire, sait transcender notre premiĂšre lecture pour nous donner Ă voir la lumiĂšre cachĂ©e derriĂšre le conte, apĂŽtre laĂŻque dâun Ă©vangile paĂŻen Ă©rigeant la libertĂ© et le lĂącher-prise comme uniques saluts.
(âŠ) et que ne durent que les moments doux (âŠ)
















