Quelques extraits de Charly 9 - Jean Teulé
" - Une seule nuit a dĂ©truit ma vie. Qu'Ă tous les diables soient donnĂ©es les religions. Une profonde Ă©motion de remords fermente sans cesse dans son esprit: - Vous, Coligny et mes amis, trop chĂšres victimes,pardon! Si vous Ă©tiez tĂ©moins de mes douleurs, Ă votre meurtrier, vous donneriez des pleurs. Il se lĂšve pour aller se contempler dans le reflet d'un miroir auquel il s'adresse: - Mais qu'as-tu ordonnĂ©, Charles? HĂ©las, hĂ©las! Les morts ne sont pas si morts que l'on croit. Dans ce Louvre qui maintenant lui fait horreur, il se reproche: - Tu as commis un grand crime. Tu n'es plus un roi mais un assassin. Un meurtre abominable ensanglante tes mains. Te voilĂ couvert du sang de tes sujets. Il tend l'index croĂ»teux, enflĂ© et tumĂ©fiĂ© (l'autre fois entaillĂ© par la lame de sa dague) vers la vitre de son miroir menace: - VoilĂ une souillure dont tu ne te laveras pas facilement. Ru as de tous les plus vils tyrans de l'Histoire rĂ©uni les forfaits! Les VĂȘpres siciliennes et le banquet "fraternel" oĂč Cesar Borgia fit Ă©trangler ses invitĂ©s sont innocentes bagarres de rue d'aprĂšs bals comparĂ©es Ă ton incroyable dĂ©lit." " Un matin, Charly 9, soixante et uniĂšme roi de France, tire de trĂšs bonne heure le cordon prĂšs de son oreiller en regrettant: - Ă, ce dĂ©couragement Ă voir se lever l'aurore encore! Quel sot rĂ©veil aprĂšs quel somme! Il ne faudrait  plus penser aux morts... - Toujours vos cauchemars, MajestĂ©? demande le grand chambellan qui pĂ©nĂštre dans la chambre, suivi d'un mĂ©decin, d'un moine et de quelques valets. - La conscience me ronge sur le soir et, la nuit me ronge. Au matin, elle siffle en serpent. Ma propre Ăąme me nuit. Elle-mĂȘme se craint. D'elle, elle s'enfuit. - Voulez-vous que je note tout cela pour le passer Ă Ronsard qui l'arrangera en harmonieux alexandrins? propose le chambellan alors que le moine qui l'accompagne remue, de haut en bas et de droite Ă gauche, un crucifix devant le visage du monarque qui le chasse: - Hors d'ici, tonsurĂ©! Il y a longtemps que je ne chante plus de messes." " - A la mort, mon compĂšre! lance Charly 9 au bourreau de la place de grĂšve en choquant un verre contre le sien. - A la mort itou! Ainsi donc, maintenant, vous voudriez faire tuer tout votre peuple, Sire? - Oui, entiĂšrement. - Oh, ça aurait de l'allure! apprĂ©cie en connaisseur de l'exĂ©cuteur de GrĂšve et Montfaucon. - Vous trouverez aussi, mon compĂšre? Vous ne dĂźtes pas ça pour me faire plaisir? - Ah non! C'est vrai que ce n'Ă©tait dĂ©jĂ pas mal la Saint-BarthĂ©lĂ©my mais tout le peuple! - Heureusement que vous ĂȘtes lĂ , bourreau, pour le comprendre parce que les autres... - Ah, je sais, MajestĂ©... Nous ne sommes, ni l'un ni l'autre, apprĂ©ciĂ©s Ă notre juste valeur et pourtant il n'y a pas de raison que les gens vivent. - C'est ce que je me tue Ă rĂ©pĂ©ter Ă tout le monde mais personne n'abonde dans mon sens. Ce n'est pas facile de rĂ©gner."













