Invité par Yann Chevalier et Laurent Le Deunff ( Curators) sur l'exposition collective Natura Lapsa au Confort Moderne :
Fabienne Audéoud, Aline Bouvy, Calmets, Stéphanie Cherpin, Anne Colomes, Ann Craven, Tom De Pekin, Julien Dubuisson, David Evrard, Peter Fischli et David Weiss, Piero Gilardi, Damien Gouviez, Mark Handforth, Laurent Le Deunff, Ingrid Luche, Mirka Lugosi, Richard Monnier, Cécile NoguÚs, Aurélien Porte, Samuel Richardot, Torbjorn Rodland, Anne Laure Sacriste, Aurélie Salavert, Elmar Trenkwalder, Mathias Tujague, Marianne Vitale, Marnie Weber
Exposition Collective
EntrepĂŽt-galerie du Confort Moderne
Du 26 septembre au 30 novembre 2014
Des époques ont existé, pendant lesquelles la nature était crainte, perçue comme un domaine de perdition, le terrain de jeu du sauvage et du diable : la notion de natura lapsa. L'exposition se construit librement autour de cette idée de la nature, une image abstraite et inquiétante aux antipodes des représentations opportunistes et mercantiles qui traversent les medias, les offices du tourisme et le bien-penser écologique dominant.
Les Ćuvres d'une trentaine d'artistes composent un environnement immersif oĂč les sculptures deviennent arbres, branches ou rochers tandis que les peintures et les murs deviennent forĂȘt, iceberg ou lignes dâhorizon. Les choix de mise en espace rejouent en partie les codes musĂ©ographiques des musĂ©es dâhistoire naturelle ou de civilisation. Le diorama et son systĂšme de prĂ©sentation par mise en situation ou mise en scĂšne dâun modĂšle dâexposition agit comme schĂ©ma de rĂ©fĂ©rence mais en lieu et place de lâanimal disparu ou du personnage historique apparaissant dans son environnement habituel. Ce sont les sculptures qui prennent le premier rĂŽle de cette reconstitution fragmentĂ©e et atmosphĂ©rique.
La grande majoritĂ© des artistes invitĂ©s contournent la figuration et refusent des reprĂ©sentations trop Ă©videntes de la nature. On ne trouve que trĂšs peu dâĂ©lĂ©ments naturels dans les matĂ©riaux utilisĂ©s. Le cuivre, le graphite, le spray, la mousse expansĂ©e, les Ă©maux, les nĂ©ons remplacent le bois, la terre, la pierre ou la lumiĂšre. La main domine pourtant sur la production dĂ©lĂ©guĂ©e, la rĂ©cupĂ©ration et une certaine humilitĂ© dans les Ă©chelles crĂ©ent une ambiance, feintent lâhomogĂ©nĂ©itĂ©. Le modĂšle mĂȘme qui a prĂ©existĂ© Ă lâĆuvre semble avoir disparu, sâĂȘtre distordu jusquâĂ lâeffacement. Aux reprĂ©sentations naturalistes, nous prĂ©fĂ©rons les formes monstrueuses que seule la nature peut engendrer.
Laurent Le Deunff sâest livrĂ© au commissariat dâexposition dans une Ă©troite relation au lieu, Ă son histoire et Ă sa communautĂ© dâartistes. Il a su convoquer la sĂ©dimentation Ă lâĆuvre dans lâespace dâexposition, jouer avec les empreintes que les artistes ont laissĂ©es avec intuition. Pas de dĂ©cor trop appuyĂ©, de folklore surannĂ©, ni de rites remis au goĂ»t du jour mais le rĂȘve joyeux dâun paysage humide et sexuĂ© oĂč les ronces et les mauvaises herbes poussent librement : une exposition intuitive et manifeste. CrĂ©er cette exposition avec lui nous a permis de libĂ©rer nos positions rĂ©ciproques (artiste/commissaire), pour parler dâune seule voix : celle du plaisir, de lâattention aux artistes et de lâamour des expositions.